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Billet de blog 8 mai 2014

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Reprendre la main sur la finance

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

"Reprendre la main sur la finance" dit le programme de Nouvelle Donne. Mais d'abord, qu'est-ce que la finance ? Globalement, on pourrait répondre un ensemble de pratiques nuisibles, légales ou illégales.
Les entreprises sont les premières à souffrir de ces effets néfastes : ce qui peut leur arriver de pire, c'est de devenir la propriété d'un fonds de pension, dont l'exigence est un rendement à 15%. Ces fonds de pension peuvent être des fonds d'investissement ou des fonds de retraite (pas plus sécuritaires que notre système par répartition, parce que soumis aux aléas boursiers, voyez Enron). Pour arriver à leurs fins, ils vont commencer par des licenciements massifs dans les entreprises qui viennent de tomber dans leur escarcelle. Ils vont pressurer les salariés "rescapés" puis vont finalement fermer l'entreprise ou une partie de celle-ci avec des licenciements massifs à la clé. L'entreprise de transport Ducros-Mory en a fait récemment l'amère expérience.
La finance, c'est la spéculation avec les avoirs des déposants : lorsqu'une banque a le choix entre prêter de l'argent à une entreprise qui veut s'agrandir ou faire des "investissements" qui peuvent rapporter gros, qu'est-ce que vous croyez qu'elle a choisi jusqu'ici et qu'elle continuera à choisir dans l'avenir si les règles ne changent pas ? Mais ces investissements qui peuvent rapporter gros peuvent aussi faire perdre gros, comme l'ont montré la crise de 2008 et, plus récemment, le sauvetage des banques chypriotes. Cette dernière a révélé les "méthodes" de la Troika, qui a envisagé un moment comme normal de faire payer les déposants ! Cette absence de déontologie n'a pas eu l'air de les gêner car vouloir moraliser la finance, c'est comme essayer de convertir un vol de vautours aux cinq fruits et légumes par jour !
La finance, c'est d'autres pratiques douteuses quoique légales, comme la vente à découvert, qui consiste à vendre un actif qu'on ne détient pas, mais qu'on peut acquérir au moment de la livraison. Cela s'applique par exemple aux valeurs qui sont surcotées, en espérant que leur baisse fera engranger une plus-value. La crise grecque a montré le côté nuisible de ces pratiques, qui, à cette occasion, ont fait l'objet de mesures restrictives, sans pour autant être tout à fait interdites ! 
La finance, c'est une imagination débridée en ce qui concerne la création de nouveaux produits financiers. Certains de ces produits peuvent se révéler de vrais marchés de dupes quand, par exemple, il s'agit de taux d'intérêts à remboursement variable. C'est ce qui a créé la crise des subprimes aux Etats Unis, lorsque les emprunteurs immobiliers n'ont plus pu faire face aux remboursements et que leurs banques ont procédé à des saisies massives de logements, qui se sont révélées invendables par la suite. Et c'est ainsi qu'il a fallu sauver les banques en sollicitant l'état, donc le contribuable. Les pertes sont ainsi assumées par les états mais, lorsque les profits reviennent, ce sont ceux des banques - c'est ce qui s'appelle mutualiser les pertes et privatiser les bénéfices.
La finance, c'est de nouvelles pratiques dans le domaine de la décision : sait-on qu'une action, dans les années 50, était détenue en moyenne 3 à 4 ans par son détenteur, mais qu'aujourd'hui, la spéculation assistée par ordinateur a accéléré le "turn over" jusqu'à quelques secondes ? Evidemment, l'humain n'a plus sa part à la prise de décision ! On peut se demander s'il y a encore un pilote dans l'avion !

Tout cela explique les différents points du volet "reprendre la main sur la finance" du programme de Nouvelle Donne : partant du principe que les lois de séparation bancaire prises dans les pays de l'Union et en particulier en France sont de véritables bouffonneries qui ne séparent rien du tout, Nouvelle Donne proclame que l'argent des déposants ne doit pas être soumis aux risques de la spéculation, qu'il doit servir à remplir ce rôle qui est normalement le leur et auquel les banques ont depuis longtemps renoncé - faire marcher l'économie réelle. C'est pourquoi elle prône une séparation stricte des activités bancaires, l'actionnaire devant être seul à assumer les conséquences de ses pertes spéculatives.
En ce qui concerne la création de nouveaux produits financiers, Nouvelle Donne propose un contrôle strict, qui se ferait par l'intermédiaire d'une autorisation de mise sur le marché, similaire à ce qui se pratique aux Etats-Unis avec la food and drug administration ou en France avec l'agence du médicament.
Enfin certaines pratiques spéculatives douteuses comme le trading haute-fréquence doivent purement et simplement être interdites.

A tout ceci s'ajoute la lutte contre les paradis fiscaux, la levée du secret bancaire et la mise en place d'une taxe sur les transactions financières beaucoup plus ambitieuse que ce qu'on nous prépare. On voit ainsi que d'un item à l'autre, le programme de Nouvelle Donne est un tout cohérent !

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