Aux origines de la question palestinienne

Une récente émission de la télévision retrace l'histoire du sionisme et les origines de la question palestinienne. Cette question est plus que jamais d'actualité eu égard aux récents évènements de la bande de Gaza. Il y a pourtant en Israël même des personnalités très critiques à l'égard de la politique de leur pays. Dommage que cette opposition ne parvienne pas à se concrétiser dans les urnes.

Le mouvement connu sous le nom de "sionisme" est né à la fin du 19eme siècle, lorsque l'austro-hongrois Théodore Hertzl exprime l'idée que, pour mettre fin aux pogroms ou aux persécutions dont sont chroniquement victimes les juifs dans les pays chrétiens, il faut que ceux-ci aient leur propre foyer national. Il n'était alors nullement question de fonder cet état en Palestine, mais, plutôt, le fondateur du mouvement avait pensé à l'Ouganda ou au Kenya. Mais, bien entendu, la symbolique de ces pays d'Afrique ne pesait pas lourd en regard de celle de la traditionnelle "terre promise". Et le débat autour du foyer national juif s'est rapidement recentré sur la phrase traditionnelle qui caractérise l'espérance de toute une religion : "l'an prochain à Jérusalem". L'idée sionisme est portée par un slogan simplificateur : "une terre sans peuple pour un peuple sans terre". Comment ne pas penser qu'il s'agit là d'un double mensonge ? En effet, la Palestine, habitée par une population de plus de 1 million d'âmes, n'est nullement une terre sans peuple, mais une terre aujourd'hui vidée de ses habitants autochtones. De plus, selon les propos de Nurit Peled-Elhanan, universitaire israélienne plus lucide que la plupart de ses compatriotes, "le sionisme est une idéologie occidentale, blanche, laïque qui se sert de la religion à des fins politiques". Pour elle, "Israël est le seul pays au monde qui fait venir des gens pour ensuite les discriminer". Cette discrimination se fait sur des bases raciales. Alors les juifs, un peuple ? Non, tout au plus un agrégat de communautés d'ethnies et de cultures dissemblables, avec pour seul point commun la religion. C'est comme si on disait que les catholiques ou les protestants constituent "un peuple".

Terre promise oui, mais promise à qui et par qui ? En 1917, dans une lettre ouverte, le ministre britannique des affaires étrangères Arthur Balfour se déclare, au nom de son Gouvernement, favorable à la création d'un foyer juif en Palestine, "étant clairement entendu que rien ne sera fait qui puisse porter atteinte ni aux droits civiques et religieux des collectivités non juives existant en Palestine, ni aux droits et au statut politique dont jouissent les Juifs dans tout autre pays". Ainsi, 4000 ans après la promesse biblique faite aux juifs réduits en esclavage par les égyptiens, la Palestine était élevée au statut de "terre deux fois promise" par la grâce du gouvernement de Sa Majesté britannique, comme le rappelle le titre d'une émission récente diffusée sur Arte.

Entre les deux guerres, les juifs, encouragés par la déclaration Balfour, se sont mis à acheter des terres aux occupants palestiniens, que ceux-ci leur ont cédées sans prévoir les conséquences. Ainsi, dès 1920, l'immigration juive prend de l'ampleur et, déjà, des révoltes éclatent, suivies par des massacres. La grande révolte arabe, de 1936 à 1939, est suivie d'une répression sanglante qui vise les élites arabo-palestiniennes. Les insurgés n'obtiendront que l'engagement réitéré de la part des britanniques qui exercent le mandat sur la région, celui d'un état unique judéo-arabe, dans un "livre blanc" qui n'est que le troisième sur la question des juifs en Palestine (!!!). Ce sont les signes avant-coureurs des futures guerres israélo-arabes, que les puissances occidentales choisissent superbement d'ignorer pour continuer la politique d'installation des juifs en Palestine.

Après la guerre, le mouvement prend de l'ampleur du fait de la Shoah et du sentiment de culpabilité omniprésent en Europe : ce sont les opinions publiques qui vont se révéler favorables à une "réparation", sur le dos des arabes de Palestine, bien évidemment. L'immigration juive se poursuit, malgré les bien timides tentatives du gouvernement britannique mandataire sur la Palestine pour la réfréner. Ce sont des échauffourées, suivis de massacres. Ainsi, celui de Deir Yassine (1948), perpétré par une milice israélienne dans un village arabe, et d'autres exactions contre les palestiniens aboutissent à un exode massif de 750000 personnes. Cette série d'évènements a profondément marqué la conscience collective des palestiniens, qui la désignent sous le nom de "Nakba" (cataclysme). La suite est connue, c'est l’expansionnisme israélien qui se révèle à la suite des trois guerres israélo-arabes qui ont suivi et des annexions et colonisations qui en ont été la conséquence.

Les autorités israéliennes reconnaissent le massacre de Deir Yassine, mais tentent d'en minimiser la signification en l'attribuant à des milices armées incontrôlées, ce qui est une façon commode de se dédouaner. Mais il existe en Israël même une ONG du nom de Zochrot, qui déconstruit le tissu de mensonges et de sophismes de la propagande israélienne : les massacres seraient un acte de guerre destiné à répandre la terreur dans la population arabe ? Sur ce point, c'est réussi, car c'est à la suite du massacre de Deir Yacine que s'est amplifié l'exode arabe, mais n'est-ce pas la définition exacte du terrorisme. A côté de cette "justification", d'autres, dans l'émission "une terre deux fois promise", allèguent que ce massacre n'était rien à côté de la Shoah. Dit autrement, la tentative d'extermination des juifs d'Europe nous donne le droit de perpétrer des Oradour-sur-Glane en Palestine, ainsi que des Guernica au Liban (Sabra et Chatila). Point n'est besoin d'insister sur l'ignominie de ces allégations !

Revenons à l'actualité la plus immédiate : Lorsque l'incendie couve, il se trouve toujours des pompiers pyromanes pour souffler sur les braises : c'est le sens du transfert de l'ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem, qui a été suivi par les émeutes de Gaza, cette prison à ciel ouvert voulue par les israéliens. La riposte sanglante de Tsahal au moment même où, à 100 kilomètres de là; on faisait péter les bouchons de champagne pour fêter la nouvelle ambassade,  n'est pas justifiable par la légitime défense face à des manifestants qui n'avaient que des pierres. Netanyahou n'est rien d'autre qu'un criminel de guerre. Mais, grâce au droit de véto des américains au conseil de sécurité, il ne risque même pas une condamnation par l'ONU, dont, au demeurant, il se fout complètement.

A partir d'un article publié dans le monde par un universitaire israëlien, nous avions pointé plusieurs caractéristiques communes à l'Allemagne hitlérienne et à l'état hébreu : le racisme, dont nous découvrons avec Nurit Peled-Elhanam qu'il n'est pas seulement dirigé contre les arabes, mais également contre des citoyens juifs ; la recherche de l'espace vital qui se traduit par la politique d'expansion ; le mythe du "peuple élu" qui justifie toutes les exactions au même titre que celui de la "race des seigneurs". On peut aujourd'hui ajouter à ce tableau l'endoctrinement massif de la jeunesse dès l'âge scolaire, mentionné par Nurit Peled-Elhanan, une propagande à la Goebels et la perpétration des Guernica et Oradour-sur-Glane version palestinienne.

Avraham Burg, alors président de la Knesset, a lancé (2002) sous les huées de la droite : "Un peuple d'occupants finit par être changé et défiguré par les tares de l'occupation". Mais Israël ne peut pas perdre des valeurs qu'il n'a jamais eues et c'est dès son origine qu'il était défiguré.

 

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