Europacity en dix planches

Il s'agit ici d'une présentation Power Point destinée à être présentée au cours d'une table ronde sur le Grand Paris organisée par la fédération de la fonction publique de la CGT. Les arguments présentés ici viennent de sources précises, mentionnées en pied des planches correspondantes.

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D'abord, les caractéristiques du projet : EuropaCity s'étend sur une surface de 80 hectares, à laquelle s'ajoute un centre d'affaires, alors que ceux de Paris Nord 2 ne sont pas remplis. C'est une surface totale de 300 hectares qui sera ainsi sacrifiée à la cupidité des promoteurs.
Plus du quart des surfaces sera dédié au commerce. Il faut y ajouter 20 hectares de loisirs et d'activités culturelles.
L'objectif est d'attirer 31 millions de visiteurs par an, soit plus du double de la fréquentation d'Eurodisney.

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Trois consultations publiques entre 2016 et 2018 permettent de prendre la température de l'opinion vis-à-vis du projet.
Entre le débat public de 2016 et l'enquête de 2017 pour approbation du plan local d'urbanisme (PLU), on note une participation très faible, avec cependant, dès le début, une majorité écrasante d'avis négatifs sur le projet. La participation élevée à l'enquête de 2018 sur la déclaration d'utilité publique (DUP) est le résultat d'une campagne de sensibilisation réussie, également attestée par le nombre d'articles parus dans la presse sur le sujet Europacity. On peut même dire que l'enquête de 2018 a valeur de sondage, car le nombre d'avis est très supérieur aux échantillonnages des sondages.
Les motifs mis en avant par les opposants sont d'ordre environnemental (destruction de riches terres agricoles et bilan carbone très défavorable). Au contraire des avis favorables au projet, les opposants mettent en avant les destructions d'emploi provoqués par EuropaCity.
C'est ce que nous allons discuter dans les planches suivantes.

 

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Le premier de ces motifs est le sacrifice de terres agricoles parmi les plus fertiles d'Europe.
Le dessin de Cabu décrit les projets d'un urbaniste en herbe, qui rêve de tout bétonner. C'est à peine une fiction, car au rythme de bétonisation actuel, c'est la surface agricole de deux départements qui aura ainsi disparu en 2050. C'est donc une menace pour la sécurité alimentaire et pour la biodiversité. C'est aussi une menace pour le climat de la région parisienne, comme le suggère la planche suivante.

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C'est une étude de Météo France qui révèle qu'au centre-ville de Paris, la température est environ 4°C plus élevée qu'à la périphérie (courbe claire). Une augmentation de 30% des espaces agricoles ou forestiers atténuerait cette différence de façon signicative (courbe foncée). Paris est particulièrement sensible au réchauffement, cat elle possède beaucoup moins d'espaces verts que Londres ou Berlin. Et les canicules de l'été dernier montrent que Paris n'a pas besoin de réalisations qui aggravent cet état de choses.

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S'agissant de l'empreinte carbone d'EuropaCity, celle-ci méritera de figurer dans le livre Guiness des records, car le projet réaliserait le tour de force de concentrer sur une surface de 80 hectares le bilan carbone d'une ville de 140000 habitants. Le projet est donc clairement incompatible avec les objectifs de la COP21.

 

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Les décideurs vendraient leur âme au diable pour qu'on leur promette des emplois. C'est donc sur cette corde que joue la communication d'Europacity.
La promesse de 10000 emplois créés sont fallacieuses pour au moins trois raisons : d'abord parce que les précédents comme le Millénaire, Aéroville ou même Eurodisney montrent que ces promesses ne sont jamais tenues. 
L'estimation de 10000 emplois est entachée de deux erreurs méthodologiques : elle est obtenue par additions d'emplois successifs et c'est aussi absurde que de prétendre qu'un litre d'eau à 20° plus un litre d'eau à 20° font deux litres d'eau à 40°. De plus, cette estimation résulte d'une confusion entre emplois et postes de travail, alors que c'est en équivalent temps plein qu'il faudrait raisonner.
Enfin, ces estimations ne jamais compte des emplois détruits ailleurs, quelquefois sur des sites lointains. La question de l'emploi est un problème national, trop sérieux pour être traité à l'échelon local.

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Uu argument des "pour" est le désenclavement du territoire de Gonesse par la ligne 17 qui passerait sur le triangle de Gonesse, soit à 2 km de la première habitation au prix d'une déviation qui va profiter à EuropaCity, mais non aux habitants. Tout cela au prix d'un milliard d'euro payés par le contribuable. Ces montants seraient employés de façon beaucoup plus utile pour la construction des équipements qui protégeraient nos compatriotes du sud des inondations qu'ils subissent de façon répétitive.

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La réalisation du projet est conditionnée par trois démarches administratives, soit du ressort de la préfecture de région, soit d'une délibération communale. La création d'une zone d'aménagement concertée (ZAC) conditionne la faisabilité du projet. La modification du plan local d'urbanisme (PLU) prélude à l'obtention du permis de construire. La déclaration d'utilité publique permet les expropriations.
Ces deux dernières mesures ont fait l'objet d'enquêtes préalables. Les rapports qui en résultent ne sont nullement contraignants : le PLU a été modifié malgré l'avis défavorable du commissaire enquêteur.
Il faut mentionner que le rapport DUP a été favorable au projet et que l'arrêté de création de la ZAC a été invalidé par le tribunal administratif, jugement dont l’État a fait appel.

 

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Le collectif pour le triangle de Gonesse (CPTG) est le fer de lance de l'opposition à Europacity. Il regroupe des associationa aussi diverses que leq AMAP, les amis de la terre, ATTAC et même notre Union Locale de Paris Nord2. Il s'oppose au projet par tous les moyens classiques : information, manifestation, procédures. Trois procédures sont actuellement en cours ou en projet et le CPTG a mis plusieurs avocats sur le coup.

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 Mais il ne suffit pas de s'opposer, il faut aussi proposer. Le projet alternatif est basé sur un concept déjà en application dans plusieurs villes, celui d'une agriculture périurbaine faisant partie intégrante de la politique d'urbanisation. C'est ce que propose le projet CARMA, basé sur un cycle vertueux associant production bio et recyclage. Ce projet, proposé d'abord pour le triangle de Gonesse, mais ayant vocation à s'étendre, à pour ambition de réduire la dépendance alimentaire de l'Ile de France, en particulier en fournissant les cantines scolaires.

 

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