Euro et euro-franc

Cela peut sembler un paradoxe : la proposition faite par Nouvelle Donne de créer une monnaie nationale (l'euro-franc) est une marque d'attachement à l'euro.
On vise ici les insuffisances du traité de Maastricht : la monnaie commune n'est pas un instrument cogeré par les pays d'Europe car aucune des instances démocratiques européennes - à supposer qu'il y en ait - et encore moins les états  n'ont de prise sur la BCE, qui est un organisme indépendant : elle seule définit la politique monétaire et celle-ci est axée sur sa principale mission : éradiquer l'inflation (obsession allemande). La BCE est bien la seule banque centrale dans le monde qui définit sa politique indépendamment des états !
Et pourtant, Nouvelle Donne considère qu'une sortie de l'euro serait catastrophique dans un monde ouvert aux concurrences internationales et se traduirait par de lourdes conséquences en termes d'inflation,  d'alourdissement du poids de la dette, de compétitivité des entreprises, ce qui toucherait principalement ce que de Villepin appelait non sans une dose de mépris la France d'en bas. L'attachement à l'euro se manifeste aussi dans le volet "plus ou moins d'Europe", en limitant la "zone d'action" aux pays membres de la zone euro.
La BCE remplit tellement bien sa mission que le risque d'inflation est contenu, au point que c'est même la déflation qui menace. Olivier Blanchard, économiste en chef du FMI, passe en revue le cortège d'effets néfastes entraîné par ce phénomène, sans pourtant mentionner que c'est l'austérité dont le FMI est un des chiens de garde qui a déjà précipité le sud de l'Europe dans la spirale déflationniste en Grèce, à Chypre, au Portugal, en Espagne.
En France, les salaires sont stagnants et les hausses d'impôt visent surtout à financer l'austérité, c'est à dire à entretenir le cercle vicieux puisque cela va avoir une répercussion sur la consommation et les carnets de commande des entreprises. En parallèle, l'économie réelle va manquer de fonds pour investir et ceci va aggraver le chômage et gréver encore le pouvoir d'achat, donc la consommation et Nouvelle Donne fait le constat que toute la création de monnaie est confisquée par les banques qui l'utilisent à des fins spéculatives. C'est l'économie toute entière qui risque de sombrer dans le maelstrom d'Edgar Poe, ce courant tourbillonnaire dont on ne peut se sortir.
Il y a un risque réel qu'il faut conjurer de toute urgence. Pour cela, Nouvelle Donne propose d'instituer l'euro-franc, non pas pour se substituer à l'euro, mais en complément à celui-ci. L'idée n'est pas nouvelle, car il existe déjà des monnaies locales qui ont cours en parallèle aux monnaies officielles. Ce qui est nouveau, par contre, c'est de s'en servir comme un outil pour conjurer le risque de déflation.
Dans la pratique, il s'agirait  d'une monnaie émise par la banque de France, avec une parité de un euro-franc pour un euro. Cette monnaie ne serait pas convertible en euro, sauf dans le cas d'entreprises qui devraient utiliser ces fonds pour faire des achats en euro et, dans ce cas, seule la banque de France serait habilitée à opérer cette conversion. En outre, cette monnaie sera dédiée à l'économie réelle, c'est à dre qu'elle ne serait pas utilisable pour l'acquisitions d'actifs financiers ou immobiliers, mais seulement pour les dépenses courantes.
Une fois émise cette monnaie, elle serait répartie à titre gratuit sur l'ensemble des citoyens de plus de 18 ans, à raison de 150 euro-francs par citoyen de plus de 18 ans et par mois - la même somme pour tous -, ce qui  contribuerait à injecter environ 70 milliards d'euro par an dans l'économie réelle. Vous avez cessé de croire au Père Noël et ne croyez pas à ce cadeau ? Cela se fait pourtant déjà en Alaska où tout résident de plus d'un an perçoit une allocation équivalente à un mois de salaire sous le nom de revenu d'existence et fait l'objet de projets de loi au Brésil et en Catalogne. 
Pour Nouvelle Donne, l'institution pérenne d'un revenu d'existence n'est pas à l'ordre du jour : nous ne serions pas contre, mais cela  ne peut se faire que dans le cadre d'une loi mûrement élaborée. Par contre, il s'agit, comme nous l'avons dit plus haut, d'une mesure pour répondre à une situation d'urgence.
Cette mesure n'entrerait pas en violation des traités : aucun article ne l'interdit, même si aucun article ne le permet non plus, mais en droit, tout ce qui n'est pas interdit est permis. Aussi, pour une fois que nous n'avons pas à demander l'autorisation à madame Merkel, il ne faut pas hésiter à prendre cette mesure qui aurait un pouvoir de relance sur l'économie réelle, en espérant qu'elle fera tache d'huile dans les autre pays menacés par la déflation.

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