Europacity, après le débat public

Le débat public sur Europacity a pris fin. Le site de la Commission a donc publié un bilan. Celui-ci ressemble plutôt à un catalogue des questions posées au maître d'ouvrage et des différents points de vue exposés (cahiers d'acteurs, délibération des collectivités locales, avis individuels) relevés semaine par semaine.

Pour répondre à ce bilan, nous préférons, pour notre part, nous appuyer sur le travail de romain accompli par Frank Deboise, qui, par deux fois, a analysé les opinions exprimées par les pour et les contre, suivant une méthodologie explicitée dans sa première contribution. Il ressort de cette première contribution que :
- Parmi les opinions clairement exprimées, réparties en trois groupes "particuliers" (87), "collectifs" (11) et "collectivités territoriales" (6), une écrasante majorité (73%) est contre le projet. Le seul groupe où les "pour" sont plus nombreux sont les collectivités territoriales.
- Les motifs avancés sont listés et dotés d'un score en fonction de leur fréquence. Il y a beaucoup d'arguments pour lesquels les "pour" n'ont aucune réponse à donner, notamment sur des questions aussi importantes que l'utilisation de l'argent public, la sauvegarde des terres agricoles, l'absence de plan d'urbanisme, les accusations de débat faussé, l'évaluation du risque commercial et financier, les nuisances aériennes.

La deuxième contribution de Frank Deboise, rédigée le 7 juillet, reprend la méthodologie affichée dans la première, reporte à celle-ci pour ce qui est des thèmes qui sont restés les mêmes et dresse des tableaux synthétiques qui rendent compte des résultats. Il en ressort :
- que sur les 164 contributeurs (121 particuliers, 29 associations, syndicats et partis politiques, 14 collectivités locales), l'opposition exprimée au projet Europacity se renforce encore : à une écrasante majorité, les participants se prononcent contre (130, soit 79%). L'opposition vient en grande majorité des particuliers (80%) et des associations (84%), mais il est à noter que les collectivités locales, en majorité favorables au projet dans le premier bilan, sont aujourd'hui majoritairement opposées (57%). Un regard sur les contributions montre qu'une des préoccupations principalse de ces collectivités locales est la destruction d'emplois sur leur territoire et marque l'opposition entre les collectivités du 95, majoritairement favorables au projet, et celles du 93, majoritairement opposées, ce qui accrédite l'idée d'une guerre entre territoires cristallisée autour du projet Europacity.

Maintenant que le débat public a livré ses conclusions, quelles suites faut-il en attendre ? Alors que la loi donne trois mois au maître d'oeuvre pour juger de l'opportunité de son projet et modifier ses plans en conséquence, celui-ci a immédiatement annoncé la poursuite du projet. Autant dire que, comme le craignaient certains participants, le débat public n'a servi à rien !

Les pouvoirs publics encouragent la posture du maître d'oeuvre, car le préfet du Val d'Oise vient d'accorder l'autorisation de création de la ZAC. Aujourd'hui, une convergence d'associations envisage de déposer un recours contre cette décision. Celui-ci sera la deuxième action juridique déposée contre le projet, après l'action intentée avant les vacances par le Collectif Pour le Triangle de Gonesse (CPTG), devant la commission des pétitions du parlement européen. Il s'agit également de créer d'autres convergences, à l'occasion d'une réunion publique avec travail en atelier prévue pour le 8 novembre.

D'éventuelles procédures judiciaires seront traités par des avocats, militants contre Europacity, qualifié par eux de "cas emblématique". Non, Auchan n'a pas encore gagné et oui, nous allons nous battre.

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