Toulouse-Blagnac : le pillage continue

A la suite de la dernière réunion de Davos, Bruno Le Maire twettait : "Il faut bâtir un nouveau capitalisme, qui respecte les ressources de la planète, qui donne sa dignité aux personnes qui travaillent et qui fait preuve de plus de solidarité". Cette phrase, qui exprime la prétention de changer la nature même du capitalisme, sans toutefois vouloir s'en donner les moyens, fait figure d'oxymore.

La preuve par l'aéroport de Toulouse-Blagnac : on se souvient de cette brillante opération de privatisation, pilotée par Emmanuel Macron quand il était encore ministre des finances : il cédait au fonds d'investissement chinois la plus grande partie des parts de l'état actionnaire, portant ainsi la participation de ce dernier à 49,9%. Selon la cour des comptes, qui qualifie l'opération du doux euphémisme" d'inaboutie", "les critères de recevabilité des candidats étaient peu exigeants et limités à leur capacité financière. De fait, l'acquéreur retenu, Casil Europe, a suscité des inquiétudes, en raison de son absence d'expérience en matière de gestion aéroportuaire, de son manque de transparence financière et de ses liens avec la puissance publique chinoise".  Cela n'a pas empêché l’État, qui devenait actionnaire minoritaire à 10% des parts, de signer un "pacte d'actionnaires" l'engageant à soutenir les décisions et revendications de l'actionnaire principal. Et il a tenu parole, permettant au chinois de faire main basse, à titre de dividende exceptionnel, sur une partie des réserves monétaires de l'aéroport (qui étaient conséquentes, l'opération de privatisation n'étant même pas justifiée par des difficultés financières !).

Comme si cela ne suffisait pas, le ministre des finances, de façon totalement incompréhensible, vient de donner son aval à une nouvelle opération de prédation : après s'être gavé en 2016 et 2017 d'un montant total de 28 millions d'euro, dont 21,5 pris sur les réserves, le fonds d'investissement Casil Europe, sur le point de revendre ses parts, a voulu réaliser un dernier hold up sur les ressources de l'aéroport : il vient de s'attribuer en dividendes la totalité des bénéfices réalisés par l'aéroport en 2018, soit 16 millions d'euro. La simple comparaison entre ce bénéfice annuel et les 44 millions de dividendes prélevés par l'actionnaire principal montre bien l'ampleur du pillage. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : en trois ans, Casil Europe s'est attribué les bénéfices de deux années trois quarts, avec la bénédiction de l'état macronien ! Et maintenant, il part avec la caisse.

Cet état de choses a fait l'objet d'un communiqué de la part des actionnaires minoritaires : "Depuis son entrée dans le capital en 2015, Casil Europe n’a eu de cesse de ponctionner les réserves de l’aéroport de Toulouse Blagnac, dans une logique de rendement immédiat, déconnectée du développement à long terme de la société et de l’intérêt général du territoire". C'est résumer en une phrase le vrai visage de ce "nouveau capitalisme" que Bruno Le maire entend instituer et du "plus de solidarité" qu'il prétend lui imposer, au sujet duquel Médiapart a récemment exprimé son scepticisme.

Pour que l'opération ne se répète pas avec ADP, il est nécessaire d'apporter son soutien au référendum d'initiative citoyenne rendu possible par les signatures de parlementaires qui l'ont demandé, mais par encore obtenu puisqu'il faut plus de 4,7 millions de signatures citoyennes. Le Gouvernement ne souhaite pas voir la démarche aboutir et a organisé une opération de sabotage systématique : absence d'informations dans les média, alors que le grand débat avait fait l'objet de nombreux spot, mauvaise conception du site d'enregistrement, absence de décompte officiel des signatures déjà enregistrées, ont tous eu un effet démobilisateur, surtout chez les provinciaux à qui il faut expliquer en quoi ils sont  concernés par le sujet. Mais tous ceux qui auront raté cette occasion unique de faire entendre leurs voix ne pourront s'en prendre qu'à eux mêmes quand viendra l'heure d'en évaluer les conséquences. Nous terminerons donc par un appel à signer le demande de référendum, selon les modalités décrites dans l'article en lien.

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