Adélaïde Hautval, le refus de l'ignominie

L'entrée de Simone Veil au Panthéon révèle surtout combien les femmes y sont minoritaires. Toutes les femmes panthéonisées l'ont été au cours du 20ème siècle et au début du 21ème. Nous suggérons ici le nom d'une femme, dont la vie et l'action méritent cette distinction : Adélaïde Hautval.

hautval
Sylvie Berthelot, Marie Curie, Germaine Tillon, Geneviève Antonioz-De Gaulle. Le nombre des femmes panthéonisées a soudainement augmenté de 25% avec l'hommage de la nation à Simone Veil. Mais le moins qu'on puisse dire, c'est que l'institution est en mal de cette parité hommes/femmes, tant vantée par les politiques et si mal mise en pratique, car sur les 77 panthéonisés, 5 seulement sont des femmes.

Depuis la fondation de l'institution, sous la révolution française, jusqu'au début du 20ème siècle, seuls des hommes y avaient été admis. Cela tient probablement au fait que les femmes, maintenues dans un état de dépendance, ont été complètement écartées de la vie publique jusqu'au moment où, par le droit de vote, elles sont devenues des citoyennes électrices et éligibles, ce qui leur a enfin permis de révéler leur potentiel. Mais les choses  ont changé avec Marie Curie, qui a fortement contribué à imposer une autre vision des femmes, bien que n''ayant jamais, à notre connaissance, milité pour la cause féminine : elle a été la première femme à être nobélisée en physique (1903), puis en chimie (1911) et reste aujourd'hui la seule personnalité à avoir eu le Prix Nobel dans deux disciplines scientifiques différentes. Les féministes américaines ne s'y sont d'ailleurs pas trompées, qui lui ont déroulé le tapis rouge lors de sa visite outre-atlantique.

On sait maintenant que les femmes ont les mêmes ressources morales et intellectuelles que les hommes et sont, par conséquent, capables des mêmes choses : elles ont révélé par leur participation à la résistance qu'elles avaient le même courage et, par la suite, qu'elles étaient capables des mêmes exploits : il y a aujourd'hui des femmes pilotes de chasse et l'une d'elle, Virginie Guyot, a même dirigé la Patrouille de France.
Le nombre des grands noms féminins dans les épreuves sportives  notamment dans les courses transocéaniques (Florence Artaud, Ellen McArthur, Isabelle Autissier, Samantha Davis...) et en alpinisme (Catherine Destivelle, Gerlinde Kaltenbrünner, Chantal Mauduit...) montre leur capacité à rivaliser avec les hommes.

Mais venons en à l'objet de cette contribution : il s'agit de suggérer une autre candidate pour le Panthéon, Adélaïde Hautval.

Cette femme psychiatre, d'abord internée au camp de Pithiviers pour avoir tenté de franchir la ligne de démarcation, est déportée en Allemagne, affublée d'une étoile jaune avec la mention "amie des juifs". Un an après son arrivée à Birkenau, où elle est d'abord affectée comme médecin au Revier de Birkenau, le médecin-chef du camp, un nazi adepte de l'expérimentation humaine sur les détenues, lui ordonne de l'assister. Mais Adelaïde fait partie de ces rares personnes capables de risquer leur vie pour pouvoir conserver l'estime d'elles même et elle refuse. La perspective d'être exécutée le lendemain ne la fait pas changer d'avis et elle n'échappe à la mort que grâce à l'aide d'autres détenues qui la font passer pour morte et font passer un cadavre pour le sien. Classée "Nuit et Brouillard", elle est envoyée en Aout 1944 à Ravensbrück, où elle sera libérée en 1945 et susceptible d'être rapatriée. Avec Marie-Claude Vaillant-Couturier, elle continuera à manifester sa solidarité avec les autres déportées en restant au camp pour s'occuper des personnes intransportables. Elle recevra par la suite la distinction de "juste parmi les nations".

J'ai découvert l'histoire d'Adélaïde Hautval à l'occasion d'une rencontre avec la journaliste et écrivaine franco-allemande Florence Hervé, qui m'a fait cadeau d'un livre dont elle était l'auteur, intitulé "Medizin gegen die Menschlichkeit" (la médecine contre l'humanité). Il m'est apparu que la panthéonisation d'une personne capable d'un tel courage et d'une telle abnégation était tout aussi méritée que celle des grands résistants Jean Moulin, Pierre Brossolette, André Malraux, etc. Mais les noms que nous avons cités plus haut montrent surtout que ces femmes n'ont pu s'imposer que sur des valeurs considérées jusqu'alors comme masculines. Et dans un Panthéon où les femmes sont ultra-minoritaires, l'entrée d'Adélaïde Hautval apporterait un plus, car ce serait une reconnaissance de ces vertus d'attention aux souffrances individuelles et d'altruisme, beaucoup plus souvent des valeurs féminines que masculines, qui, de tout temps, ont été trop oubliées.

 

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