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Billet de blog 14 févr. 2015

Fonds vautours et coût du capital

Pierre Sassier
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C'est à l'occasion de la lecture d'un article de Médiapart (les mésaventures d'une PME dépecée par les fonds vautours) que nous entamons ce billet : il y est question d'une entreprise de la Sarthe soumise au bon vouloir de trois fonds d'investissement qui en avaient pris le contrôle : ils ont démis de leurs fonctions les dirigeants de l'entreprise parce qu'ils ne voulaient pas endetter la société pour leur verser des dividendes à la mesure de ce qu'ils croyaient être leurs mérites !
En 2003, le patron de cette grosse PME, voulant augmenter sa capacité d'investissement, commet l'erreur de faire appel à trois fonds d'investissement qui prennent 70% du capital. Aujourd'hui, ceux-ci, qui ont de fait pris le contrôle de l'entreprise, exigent que celle-ci s'endette lourdement, à hauteur de 200 millions d'euro dont les 2/3 seraient servis en dividendes aux fonds actionnaires. C'est presque le chiffre d'affaires d'une année que les charognards de la finance entendent ainsi s'attribuer.  Le fondateur historique de l'entreprise - encore président - et la directrice s' opposent à ce non-sens économique. Nous pouvons au passage saluer leur prise de position, car ils auraient pu adopter la même démarche de ces "fonds vautours" et se goinfrer avec eux de 35 millions d'euro pour les 30% du capital qu'ils détiennent. Mais ils ne veulent pas participer à cette opération de dépeçage qui se terminera inmanquablement par la fermeture de l'entreprise et le licenciement des salariés - ce dont, naturellement, les charognards n'ont cure !

Cette affaire remet, une fois de plus, en lumière des pratiques  de destruction de l'économie réelle au profit des joueurs de casino boursier qui sont devenues courantes, sans qu'aucune autorité de régulation ne s'y attaque. On se souvient, l'année dernière, des tribulations de Mory-Ducros : appartenant au départ à DHL sous le nom de DHL express, elle avait été cédée au fonds de pension Caravelle et avait continué son activité sous le nom de Ducros (2011), impactant au passage plus de 500 emplois. L'Union Locale CGT dont dépend l'entreprise avait titré dans une de ses publications : "Ducros, le plus dur reste à venir". On n'aurait pu mieux dire ! Car, en 2014, Caravelle annonce le dépôt de bilan. Un autre article de Médiapart relate les dessous de l'affaire : Avec 5000 emplois menacés, c'est, pour les salariés, la plus grosse catastrophe depuis Moulinex ! Les offres de reprise ne se bousculent pas, et c'est Arcole, un autre fonds d'investissement,  qui va se porter candidat. Quand on sait qu'Arcole est un fonds appartenant à Caravelle, cela ne pue presque pas la magouille ! Cependanr, le repreneur se heurte à une difficulté : il ne maintiendra son offre de reprise que si la majorité des syndicats de l'entreprise l'approuve. Mais les syndicats CGT et CFDT de Mory Ducros sont vent debout contre toute reprise qui ne sauvegarderait que 1800 emplois. Qu'à cela ne tienne : c'est en plein tribunal qu'André Milan, responsable fédéral de la CFDT, va démandater arbitrairement les représentants du syndicat Mory-Ducros pour signer l'accord à leur place. Ainsi, Caravelle, par l'intermédiaire d'Arcole, va être désigné repreneur d'une entreprise qu'il a mise lui-même en cessation de paiement, avec la bénédiction d'Arnaud Montebourg, alors ministre du redressement productif, qui est prêt à se contenter de ces  1800 emplois sauvés ! Pourtant ce calcul lui-même s'annonce erroné : moins d'un an après, c'est l'entreprise Mory Global (qui a remplacé Mory-Ducros) qui est déclarée en faillite.

Les pratiques des fonds de pension sont mortelles pour l'économie, mais, en plus, elles se nourrissent des libéralités d'un état prêt à faire n'importe quoi pour alléger le soi-disant "coût du travail" : elles bénéficient, sans aucune contrepartie, du CICE ; Mory Global a touché de l'état 17,5 millions d'euro qui sont allés enrichir les fonds vautours ; Auparavant, Mory-Ducros a financé son plan de licenciement grâce à l'argent de l'AGS, fonds public de garantie des salaires qui prend le relais en cas de défaillance de l'entreprise. Mais il n'existe aucune loi interdisant aux entreprises de s'endetter pour rémunérer leurs actionnaires. Tant que ce sera ainsi, on pourra faire toutes les lois Macron que l'on veut pour améliorer la compétitivité sur le dos des salariés. On ne guérira pas cette gangrène de l'économie qui s'appelle coût du capital et qui est en train de tuer l'économie plus sûrement que les augmentations parcimonieuses du SMIC.

La conclusion de tout ceci : il devrait être interdit d'endetter l'entreprise pour rémunérer les actionnaires et toute transgression devrait être considérée comme abus de bien sociaux et sévèrement punie.

La reprise d'une entreprise par le fonds de pension qui l'a coulée devrait être proscrite par la loi : les "complices" de l'affaire Mory-Ducros - les dirigeants de Caravelle, Montebourg, la fédération des transports de la CFDT- n'ont fait que reculer pour mieux sauter, nous le savons mainenant, et ceci avec de l'argent public.

La loi Macron* n'est pas pertinente, car elle comporte des dispositions qui rendront encore plus faciles les magouilles décrites par les articles en lien et ceci, bien entendu, au détriment des salariés. Par contre, tous les partis à la gauche des socialistes devraient inscrire dans leur programme les dispositions légales énoncées ci-dessus.

* Une pétition contre la loi Macron a été lancée. Voir le lien

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