Triangle de Gonesse : nouvelle alerte aux bétonneurs

Face aux critiques de CyrIl Dion, Macron disait "je n'ai pas de leçons à recevoir" et citait, parmi toutes ses opérations de Green washing, l'arrêt d'EuropaCity. Mais la destruction des terres agricoles est toujours au programme, reléguant la parole présidentielle au rang de vantardise.

L'abandon d'EuropaCity, après celui de Notre-Dame des Landes, aurait pu mettre un coup d'arrêt à l'artificialisation des terres. Mais il n'en est rien : il y a toujours, un peu partout, de bonnes terres agricoles menacées par les bétonneurs compulsifs et, en particulier, en Ile-de-France, les terres du plateau de Saclay. Et ceux qui ont cru que l'enterrement de première classe d'EuropaCity écartait la menace sur le triangle de Gonesse se sont lourdement trompés : Le projet de gare du triangle n'est pas abandonné ouvrant la voie à l'urbanisation des terres.

Dans les derniers mois, le sort du triangle de Gonesse a fait l'objet de deux rapports : celui de Francis Rol-Tanguy, qui présentait trois scénarios possibles sans se prononcer pour l'un d'eux : soit poursuite du projet actuel d'urbanisation sur 280 hectares ; soit urbanisation "modérée" de 100 hectares ; enfin, renoncement à toute urbanisation et conservation de l'activité agricole. Pour chacun des scénarios, il y a un commentaire : l'urbanisation totale "fait maintenant courir un risque sérieux [économique] à l'aménageur public qu'est Grand Paris Aménagement (GPA)" ; l'urbanisation "modérée"serait assortie d'une priorité "donnée à ce territoire dans le cas où des décisions de relocalisation productive seraient prises". L'absence d'urbanisation, qui aurait pour corollaire l'abandon de la gare, présente deux avantages : " Préserver des terres agricoles" et "ne pas augmenter l'offre de zones d'activités dans un secteur qui compte encore beaucoup de disponibilités".
Francis Rol-Tanguy reste très imprécis dans ses préconisations et ne prend explicitement pas partie pour l'une de ces trois solutions. C'est pourquoi le préfet du Val d'Oise est mandaté pour fournir un deuxième rapport. Celui-ci préconise l'urbanisation "modérée". Et chaque élu local y va de son projet,  : le maire de Gonesse, surfant sur les velléités d'indépendance sanitaire consécutives à la pandémie préconise l'implantation d'un pôle pharmaceutique sur le triangle ; la Présidente du conseil régional y verrait bien une cité scolaire à vocation internationale ; d'autres préconisent un pôle d'archivage de la bibliothèque de France, d'autres l'implantation de la philharmonie des enfants. Aucun ne se demande si son projet sera créateur d'emploi et si ceux-ci seront en adéquation avec les qualifications du territoire. La leçon d'ADP, qui n'emploie que très marginalement des habitants du territoire ne leur a donc pas suffi. A l'inverse, Aurélien Taché manifeste son opposition à toute implantation qui pourrait se faire sur des friches déjà existantes et se prononce en faveur du projet CARMA qui préservera les terres, répondra à l'objectif des 40% de bio dans les cantines scolaires ( inatteignable si l'on ne met pas à contribution les terres agricoles) et créera des emplois agricoles non-délocalisables.

Alors qu'il n'y a aucune urgence, la société du Grand Paris a déjà annoncé, avant même que les arbitrages gouvernementaux soient exprimés, vouloir commencer les travaux de construction. Cela ne peut être interprété par les opposants du CPTG que comme une tentative de les mettre devant le fait accompli, qui les a incités à se rassembler, malgré la neige et le froid, pour signifier qu'ils ne veulent pas d'une gare, qui ouvrirait la boîte de Pandore vers l'urbanisation. Parmi les prises de paroles de ce rassemblement, celle de Patrick Leclerc, maire de Gennevilliers, résume bien les enjeux : " La métropole n’a pas besoin qu’on minéralise des terres autour d’elle. Il est indispensable de développer une ceinture d’agriculture bio autour de Paris" . Il faut relever que l'expérience, déjà en cours dans plusieurs métropoles européennes, n'a rien d'anecdotique et pourrait être conduite en région parisienne sous l'égide du projet CARMA. Mais, au lieu de cela, le Préfet du Val d'Oise se rallie à l'urbanisation "modérée" et préconise la destruction de 110 hectares de terres agricoles. 
Les opposants ne sauraient se contenter de cet arbitrage en demi-teinte, qui se voudrait un jugement de Salomon. La raison  en est exprimée par Aurélien Taché, député dissident de LREM, : "Le choix retenu par le préfet de la demi-mesure, est un mauvais scénario qui revient à mobiliser toute la zone et ne préserve pas les terres agricoles, car on sait très bien que le reste de l'urbanisation suivra". Elle est déjà en marche avec le projet Triango, "vendu comme un écoquartier, mais on est bien sur un quartier dense, tout ce qu'il y a de plus classique, avec des bureaux". Ainsi, l'urbanisation "modérée" n'est que la boîte de Pandore ouverte, sous d'autres gouvernements, à de futures extensions de l'urbanisation. Quand la Convention Collective pour le Climat nous apprend que la surface d'un département comme la Drome disparaît tous les 10 ans sous le béton, on ne peut pas se satisfaire de la bétonisation rampante proposée par le Préfet.

EuropaCity aussi se vendait comme un projet respectueux de l'environnement. Y aura-t-il un conseiller présidentiel qui saura convaincre Macron que s'il autorise la bétonisation du triangle, il perdra tout le bénéfice électoral (car dans toute opération de Greenwashing, c'est bien de cela qu'il s'agit) qu'il pensait tirer de l'annulation ?

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