Stiglitz et Reich : lectures de vacances

Le constat dressé par Stiglitz (le prix de l'inégalité) et Reich (beyond outrage) sur l'économie américaine est en droite ligne de ce que dit Pierre Larouturou (la grande trahison) :
- Ils mentionnent tous deux le 1%, cette classe de superprivilégiés qui, à eux seuls, possèdent le tiers de la richesse des Etats Unis et ne paient, en pourcentage de leurs revenus, que la moitié des impôts auxquels sont soumis lesclasses moyennes
Ils pratiquent un lobbying intense auprès des élus des deux chambres (sur certains sujets, 5 lobbyistes par élu) pour faire passer des lois utiles aux profits de l'industrie pharmaceutique (le film de Michael Moore "Sicko" décrivait déjà cela très bien il y  quelques années) et aux banques (comme en France, ils empêchent l'adoption de lois pour une véritable séparation des banques) avec des méthodes allant jusqu'à la corruption pure et simple. 
 Ils ont réussi à faire repousser par la cour suprème une loi limitant les dons pour les campagnes électorales : il n'y a aucune limite à ce que des personnes physiques peuvent donner pour "pousser" leurs candidats et, de plus, les entreprises, les banques, sont assimilées à des personnes physiques. On imagine facilement que le 1%, de cette façon, contrôle tout le processus électoral. Stiglitz et Reich n'hésitent pas à dire que c'est ainsi tout le processus démocratique qui, dans de pareilles conditions, est en danger !
Ils font tout pour freiner la dépense et les investissements publics, notamment dans le domaine de la santé et de l'éducation : les droits d'entrée dans les universités ont explosé, dans le secondaire les moyens alloués, les dépenses de recherche et de santé subissent des coupes sombres dans tous les états.

Ce n'est que quelques exemples des moyens utilisés par le 1% pour asseoir leur influence et attirer vers le 1% toute la richesse du pays. Tout ceci est supporté par un intense travail de "propagande", visant à faire passer auprès de l'électorat un certain nombre de théories fumeuses et d'idées fausses, pour justifier l'emprise du 1% sur le reste de la population : deux exemples :
-la théorie du "ruissellement" selon laquelle tout enrichissement du 1% profite à l'ensemble de la population : cela est démenti par les faits, car on assiste à un appauvrissement rapide des classes moyennes avec des conséquences économiques importantes, car ce sont ces classes moyennes qui soutiennent la consommation.
-l'idée selon laquelle les salaires colossaux seraient justifiés par une "prise de risque". Au contraire, les banques ne prennent aucun risque puisque les conséquences de leurs errements sont pris en charge par le contribuable. Quant au patronat, très rares sont ceux à qui on demande des comptes lorsqu'ils ont amené leur entreprise à la faillite. Au contraire, par le jeu des "golden parachutes", il faut avoir bien nui à son entreprise pour avoir droit à une récompense.

Quant à l'Europe, le constat n'est pas plus rassurant ": l'Europe a ses propres problèmes, essentiellement parce que certains pays ont constitué une union monétaire sans prendre les dispositions nécessaires pour la faire fonctionner et ils vont payer très cher cette omission". C'est la raison pour laquelle, à la crise de 2008, s'ajoute en Europe une crise de la dette qui "justifie" les politiques d'austérité et nous amène peu à peu à la spirale de la déflation.

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