Commençons avec l'histoire du mouvement sioniste, déjà évoquée dans un précédent article de blog : c'est une idée datant de la fin du 19ème siècle que les juifs de toutes origines puissent s'installer sur un territoire qui, selon leur tradition, est le leur : la Terre Promise, c'est-à-dire une partie de la Palestine ayant les contours de l'ancien royaume de Salomon. Mais l'histoire était passée par là et, au moment de l'émergence du sionisme, ce territoire était habité par des populations en majorité arabes et la plupart des personnes de confession juive appartenaient à une Diaspora qui, selon la tradition, avait commencé avec la prise de Jérusalem par les Assyriens et la destruction du temple de Salomon. Mais la nostalgie de la Terre Promise hantait encore la culture des synagogues, comme le montre la formule "l'an prochain à Jérusalem".
Après les crimes nazis, le sionisme a pris une autre dimension car, pour les juifs ayant échappé au pogrom méthodiquement industrialisé par les nazis, c'était la promesse d'un état ouvert à tous les juifs du Monde, où ils pourraient s'installer et vivre en toute sécurité. Mais la suite a prouvé que cette promesse était une illusion : il a fallu alors déménager de force les populations autochtones et cela s'est fait par des méthodes terroristes, allant jusqu'à des massacres de villageois dignes d'Oradour-sur-Glane. L'état d'Israël s'est donc imposé par la violence, avec l'appui de l'Europe, qui croyait se dédouaner des persécutions contre les juifs en favorisant leur installation dans un territoire qui ne lui appartenait pas, et des États-Unis, trop heureux d'avoir un "porte-avions" permanent dans cette région stratégique.
On peut dire que la fondation de l'état d'Israël est le premier acte d'une déstabilisation du Moyen Orient, porteuse de nombreuses guerres : d'abord les quatre guerres israélo-arabes, dont la dernière se déroule en ce moment même sous nos yeux, mais aussi les deux guerres du Golfe, l'intervention en Libye, la tentative d'imposer un califat musulman en Syrie et la décomposition du Liban, autrefois un pays prospère.
Ainsi, les palestiniens ont - à juste titre - le sentiment d'avoir payé pour le génocide qu'a commis l'Europe contre les juifs, mais jamais la question n'a été évoquée en ces termes dans les pays d'Europe et jamais les palestiniens spoliés, qui n'avaient pas d'état, n'ont pu faire entendre leur voix dans les instances internationales, y compris l'ONU. Il ne s'agit pas d'excuser les massacres du Hamas et les prises d'otages dont il se sert maintenant comme boucliers humains car - quoi qu'en dise Jean-Luc Mélenchon - ils sont bien à ranger dans la catégorie des actes terroristes, mais de tenter d'expliquer pourquoi on en est arrivé là. Car il faut reconnaître que le refus d'entendre les choses les plus raisonnables ouvre la voie aux méthodes les plus extrémistes et c'est ce qui se passe aujourd'hui entre Israël et le Hamas.
On ne peut pas souscrire à l'idée que le territoire d'Israël est une terre promise qui appartient aux juifs depuis Moïse, car cela relève plutôt de la mythologie que du droit international et le sionisme n'a aucune base juridique. Surtout quand cela sert à justifier les attaques contre les civils commises par Tsahal dans la bande de Gaza et par les colons israéliens en Cisjordanie . On peut donc être antisioniste sans être antisémite et la confusion entre l'un et l'autre relève d'une malhonnêteté intellectuelle, pourtant longtemps entretenue dans nos esprits, à commencer par certaines institutions juives de France. A la faveur de cette confusion et dans le contexte actuel, les participations à une manifestation contre l'antisémitisme - bien que ce soit majoritairement le fait de personnes dont les raisons sont respectables - pourraient passer pour un soutien à la politique d'expansion israélienne. Aussi - que mes amis de confession juive me le pardonnent - tout en reconnaissant le droit de nos compatriotes juifs a être des citoyens français comme les autres, je ne veux pas à mon tour contribuer à entretenir cette confusion par ma participation à ces manifestations.