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Billet de blog 23 janv. 2022

Le plan de prévention du bruit, une supercherie dénoncée par les associations

Le plan de prévention du bruit élaboré par la Direction Générale de l'aviation civile est une véritable coquille vide, rejetée par la Commission Consultative de l'Environnement. Mais, comme son nom l'indique, son avis n'est que "consultatif", laissant à l’État et à la DGAV toute latitude pour passer outre.

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Nous étions une cinquantaine  à être rassemblé.e.s ce jeudi 20 Janvier devant la préfecture de Cergy-Pontoise, représentant quinze associations de défense de l'environnement. Mais, après tout, fussions-nous cinquante, cinq cents ou cinq mille, le nombre fait-il quelque chose à l'affaire ? C'est 1,4 millions de riverains des aéroports parisiens qui sont impactés, dans leur santé et dans leur vie, par les nuisances aéroportuaires et c'est ce nombre là qu'il faut retenir. Le fait d'avoir été (plutôt mal) élus confère-t-il à nos prétendus représentants et aux lobbies économiques qui les mènent à la baguette le droit de vie et de mort sur un nombre aussi important de citoyens, même si ces derniers sont arithmétiquement une minorité en Ile-de-France ?  ce qui compte, beaucoup plus que le nombre, c'est la légitimité des revendications. Or il est légitime de demander que soit mis un terme au développement anarchique et incontrôlé des extensions aéroportuaires qui imposent, au nom d'une croissance sauvage qui ne sert que les plus riches, des nuisances de plus en plus insupportables aux riverains des aéroports. Ceux-ci ne peuvent défendre leur qualité de vie qu'au travers des associations.

C'est dans cet esprit que celles-ci ont rejeté à l'unanimité le  nouveau plan de prévention du bruit dans l'environnement (PPBE). Quinze associations exprimaient leur ras-le-bol de ne jamais être écoutées, même quand elles s'appuient sur les données officielles de BruitParif ou du rapport DEBATS. Dans le communiqué de presse élaboré à cette occasion (voir pièce jointe ci-dessous), les associations signataires ne peuvent que constater l'échec de celui qui vient d'expirer : entre 2013 et 2019, le trafic aérien est passé de 478000 vols annuels à 505000. Le nombre d'habitants surexposés au bruit à cause du seul aéroport de Roissy s'établit à 1,4 millions. Malgré cela, le prochain PPBE prévoit un accroissement de 180000 vols annuels. C'est exactement ce que prévoyait l'extension du T4, qui n'est en réalité abandonné que dans les discours mensongers de Barbara Pompili. “Nous ne sommes pas dupes, commente Audrey Boehly, porte-parole du collectif  Non au T4, et la perspective de croissance du trafic à Roissy inscrite dans le PPBE montre qu’après avoir annoncé l’abandon du Terminal 4, L’État compte faire revenir ce projet par la fenêtre.” Face à cette menace, les associations revendiquent un plafonnement des vols de Roissy à 500000 par an. Cette revendication brille par sa modération : elle n'implique aucune décroissance, seulement le maintien du nombre de vols au niveau de 2019. Et pourtant, c'est encore trop demander !

Comme cela semble être trop demandé que soient appliquées des mesures simples qui, à défaut de les supprimer, allégeraient les nuisances sonores autour des aéroports. Françoise Brochot, présidente de l'ADVOCNAR, énumère : « Un décollage en seuil de piste, l’augmentation de l’angle d’atterrissage et ne pas sortir les trains d’atterrissage trop tôt, mais aussi l’application d’une véritable descente continue pas seulement pour certains vols, comme c’est le cas. »

D'autres lacunes de ce plan sont à déplorer : Françoise Brochot mentionne que les cartes de bruit qui servent de base au débat sont entachées d'une "erreur de modélisation" et donc à retravailler complètement selon les normes de l'OMS. La question d'un couvre-feu assurant huit heures par nuit de sommeil aux riverains brille par son absence, malgré les avertissements de l'ACNUSA qui prévoit l'augmentation des vols de nuit en 2022. Françoise Brochot commente : « On sait qu’en Europe il existe des couvre-feux, même partiels [Heathrow, Francfort, Madrid], sauf à Roissy. C’est pourtant une mesure que l’on est en droit de demander, comme l’exige une réglementation européenne ». Mais la DGAC qui a élaboré ce PPBE se moque ouvertement des directives européennes. C'est pourquoi trois des revendications énoncées par les associations dans le communiqué de presse en pièce jointe concernent les décollages de nuit : il s'agit d'interdire les avions bruyants de 22 heures à 6 heures. Quant au couvre-feu, il est préconisé de l'installer en deux temps : d'abord une limitation des mouvements à 30000 par an, puis la mise en place d'un échéancier de réduction du trafic nocturne, devant aboutir à un véritable couvre-feu entre 22heures et 6 heures. Mais là aussi, c'est encore trop demander !

Le problème de l'impact du bruit sur les riverains ne concerne pas que Roissy : à Lyon, une thèse de médecine en forme de méta-analyse cible les nuisances aériennes de l'aéroport Saint-Exupéry et aboutit à des conclusions similaires à celles du rapport DEBATS. A Toulouse, le survol de l'hôpital Purpan par les avions au décollage, de jour comme de nuit, ne semble poser aucun problème de conscience aux autorités aéroportuaires et à la DGAC. C'est la vie humaine qui est prise en otage par la doctrine capitaliste de la croissance à tout prix.

Bienvenue au royaume du père Ubu : pour le seul maintien de leurs créneaux horaires, qui seraient supprimés s'ils ne sont pas utilisés, les

compagnies aériennes proclament aux yeux et aux oreilles de tous une totale indifférence aux conséquences écologiques et sanitaires de leurs pratiques, en faisant décoller des avions à vide. Ainsi, à l'aéroport de Francfort, il est prévu d'effectuer cet hiver 18000 vols sans passagers. Ce scandale des "vols fantômes" voulu par l'Union Européenne est une véritable provocation, un pied-de-nez aux militants qui se battent pour que la terre reste vivable pour les générations à venir !

Malgré les demandes réitérées, les associations n'ont pu obtenir d'être reçues par le préfet en personne et il a fallu se contenter du chef de cabinet. Audrey Boehly et Françoise Brochot faisaient partie de cette délégation, ainsi qu'Alain Chabanel, maire adjoint de Deuil-la-Barre, qui parlait au nom des élus présents au rassemblement. Françoise Brochot commente : « Nous devons attendre pour savoir si nous serons reçus par le préfet. Nous restons mobilisés ». Mais il ne faut pas se faire trop d'illusions en ce qui concerne une entrevue avec le préfet : dans la voiture qui nous ramenait de Pontoise, elle dit avoir perçu un profond ennui et même une pointe de mépris de la part du chef de cabinet. C'est ainsi, à l'instar de celui qui veut "emmerder" le plus de français possible, que les représentants de l’État prennent en considération leur mission de protection des citoyens !

Le rassemblement du 20 janvier est marqué par le début d'une consultation publique, ouverte à tous jusqu'au 20 mars. Soyons nombreux à y exprimer notre colère ! (lien)

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