Réponse du CPTG à l'écotartuffe de Gonesse

Ce billet est la réponse du CPTG au billet de (mauvaise) humeur que le maire de Gonesse a fait paraître sur son site Facebook (voir le lien à la fin du texte). Elle figure également sur celui-ci.

Si les décisions du tribunal administratif sont constamment favorables aux opposants à EuropaCity, Monsieur le maire de Gonesse ne s’est-il jamais demandé s’il ne devrait pas s’en prendre qu’à lui-même et à l’incohérence de ses prises de position ?


En effet, voilà un maire qui dénonce l’augmentation des nuisances sonores que provoquerait l'extension du terminal T4 de l’aéroport Charles de Gaulle, alors que l'équilibre économique d'Europacity dépendrait d’une augmentation du trafic aérien liée à l'afflux de clients. De deux choses l'une, Soit le projet "marche" et on augmente le trafic aérien et, par conséquent, on justifie le T4 soit le projet ne marche pas et alors « adieu veaux vaches, cochons, couvées ». Si monsieur Blazy croit au projet et à ses promesses d'emploi, il ne peut que souhaiter l'augmentation de la capacité de l'aéroport, en sacrifiant si nécessaire le confort acoustique des riverains. Concernant ce dernier point, le nouveau PLU aurait également permis la construction de 500 logements sur des parcelles jouxtant la ville alors même que, comme l'a souligné le tribunal en annulant le PLU, ces terrains sont  en zone C, la plus exposée aux nuisances aériennes. Monsieur Blazy a bien gagné le surnom « d’Ecotartuffe », dont l’a affublé le site « nonaeuropaCity.com » du collectif pour le triangle de Gonesse (CPTG).


Ce qui disqualifie aussi le maire de Gonesse, c’est sa dérision envers ceux qu’il qualifie « d’écologistes intégristes » et « chevaliers du bio » qui n’auraient, selon lui,  aucune considération pour les besoins du territoire. Si la vision de monsieur Blazy était moins limitée dans l’espace et dans le temps,  il verrait ces milliers de manifestants – en grande majorité des jeunes – qui réclament que soient enfin prises des mesures sérieuses pour lutter contre le réchauffement climatique, contre l’emploi criminel de pesticides qui altèrent la santé des populations, contre la famine que prépare pour les générations futures la destruction des terres agricoles. Plutôt que de déverser sa hargne sur un site Facebook, aurait-il le courage d’argumenter avec eux son projet, lui qui ambitionne de participer activement  au réchauffement par l’implantation d’une structure pharaonique qui concentrerait sur 80 hectares l’empreinte carbone d’une ville comme Clermont-Ferrand ?


Et c’est sur ces différents points que le tribunal administratif a statué : il relève « une erreur manifeste d’appréciation » concernant l’impact sur l’environnement, et y ajoute deux points inédits jusqu’alors : la perte des meilleures terres agricoles d’Ile de France et l’absence de certitude des créations d’emploi. Mais il est trop facile de faire fantasmer les hommes politiques en leur promettant de créer des emplois et le maire de Gonesse ne fait pas exception. Qu’on ose mettre en doute une capacité de création nette d’emplois qui ne repose sur aucune étude sérieuse tant en ce qui concerne les emplois créés que ceux qui seraient détruits ailleurs par la seule existence d’EuropaCity, on est immédiatement accusé par le maire de Gonesse d’être un « écologiste intégriste », opposé à « toute tentative de développement par le privé ». Un « privé » qui, par ailleurs, ne se priverait pas de faire assumer par l’argent public la réalisation d’infrastructures de transport dont le projet aurait besoin, en particulier la construction d’une gare qui, à près de deux kilomètres de la première habitation, assurerait exclusivement la desserte d’EuropaCity, mais ne servirait nullement à désenclaver le territoire, si tant est que celui-ci soit réellement enclavé. Alors, quelque part dans ses accusations, monsieur Blazy ment par omission, pour imposer une vision de court terme : des emplois maintenant – mais combien et pour qui - et peu importe ce qui adviendra dans dix ans.

Quant à l’envolée lyrique sur « l’agriculture intensive qui prospère sur le cadavre des projets abandonnés », elle montre bien la psychorigidité du maire qui n'est pas capable d'imaginer une autre agriculture que celle qui règne aujourd'hui sur ces terres et  refuse de s'intéresser à  notre projet alternatif CARMA, un projet  d'économie circulaire qui a pour ambition d’exploiter la terre avec des moyens écologiques, en privilégiant les cultures maraîchères plutôt que les cultures céréalières et en pratiquant le recyclage plutôt que l’accumulation de déchets. La rénovation du territoire passe par des projets de ce genre, plutôt que par des projets de bétonisation  qui, tôt ou tard, eux, finiront en friche industrielle. Mais, enfermé dans sa logique de court terme, le maire de Gonesse ne peut pas – ou ne veut pas – le comprendre.

https://www.facebook.com/jeanpierre.blazy

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