A la rentrée, du sang et des larmes

A titre de baromêtre du climat économique, le mot qui revient le plus souvent dans les journaux est le mot "déflation" : la déflation est un cercle vicieux, dans lequel l'insuffisance de la demande entraîne une contraction des prix, qui, elle-même, entraîne une dégradation des salaires, qui affaiblit encore la demande, etc... L'unique mission de la BCE (lutter contre l'inflation) a été couronnée d'un tel succès que c'est aujourd'hui le risque inverse qui nous guette, avec des conséquences économiques encore plus catastrophiques. La banque centrale a bien pris quelques mesures (abaissement du taux directeur, institution de taux négatifs pour les banques qui déposent de l'argent), mais, comme toujours, trop tard et pas assez !

Mais, au fait, en quoi le fait que les prix baissent est-il défavorable aux citoyens "ordinaires" ? D'abord parce que, comme l'explique Marianne, la déflation équivaut à une revalorisation de la monnaie, qui va d'abord profiter aux riches (comme toujours). Ensuite parce que la baisse de la demande aura pour conséquence finale une baisse généralisée des salaires. C'est donc une politique de la demande qu'il faudrait pratiquer et le Gouvernement, avec son pacte de responsabilité et le coup de frein sur les salaires qui va s'en suivre, les baisses de charge pour les entreprises, va exactement dans le sens inverse : stimuler l'offre sans que la demande puisse suivre. Quant aux réponses préconisées par l'Union Européenne sont toujours aussi inapropriées : aggravation de l'austérité budgétaire pour faire face à une dette dont la source, en Europe comme aux Etats-Unis, est liée aux cadeaux fiscaux faits aux plus riches, dont le début, sous  Reagan et Tatcher,coincide exactement avec l'explosion de la dette,  au dumping fiscal, aux possibilités d'évasion fiscale offerte par les paradis du même nom. Cela, tout le monde le sait, mais pas question de s'attaquer aux véritables causes ! 

Aussi, lorsque Hollande, après nous avoir menti pendant deux ans (ex : inversion de la courbe du chômage), se décide enfin à dire la vérité (tout au moins il l'affirme), il n'a pas la même crédibilité que Churchill lorsqu'il disait n'avoir à offrir aux britanniques que "du sang et des larmes". Il cherche bien a se doter d'une posture par ses démarches auprès d'Angela Merkel dont - à moins d'être complètement stupide - il pouvait prévoir d'avance la réponse. Il s'apprête à faire la même démarche auprès de la Commission Européenne, une façon pitoyable de pouvoir désigner ensuite des boucs émissaires pour justifier ses échecs. Dans un récent entretien, il nous dit : non, le pacte de responsabilité n'a pas de plomb dans l'aile, il sera appliqué contre toute légitimité démocratique. Il nous annonce aussi son intention de continuer à aller dans le mur, mais -selon ses propres termes- sans "godille" et sans "zig zag". A tel point que, dans un article récent, Médiapart clame l'urgence du débat et de l'imagination.

Car c'est bien de débat et d'imagination qu'il s'agit : les propositions des syndicats et des partis politiques sont sur la table, en particulier celles de Nouvelle Donne, expliquées et commentées tout au long de ce blog. Il convient d'en débattre. Il convient d'étudier les arguments et les préconisations des économistes anti-austéritaires (Reich, Stiglitz, Krugman) qui sont unanimes à dire que la zone euro va à la catastrophe, car l'Europe s'est dotée d'une monnaie unique sans se donner les moyens de la gérer. Il convient, enfin, d'agir avec imagination pour éviter la catastrophe annoncée, si cela est encore possible !

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.