L'invasion du Venezuela et la destitution du président Madero suscite un grand nombre de questions : rien ne peut arrêter le rouleau compresseur américain lorsque le Président a décidé une opération militaire, et surtout pas le Congrès, puisque, en violation de la Constitution américaine, il n'est même pas consulté. Alors on se demande : à qui le tour ? Donald Trump ayant encore proclamé ses visions expansionnistes sur le Groenland, ce territoire autonome rattaché à la couronne danoise semble être en première ligne. Mais il y a aussi le Canada. Et pourquoi ne pas régler à sa façon le vieux contentieux entre Cuba et les Etats-Unis ? A l'issue de la crise de Cuba en 1963, les Etats-Unis s'étaient engagés à ne pas envahir l'île contre le retrait des missiles russes et ont, jusqu'à ce jour, tenu parole. Mais Donald Trump pourrait d'autant moins se sentir lié par cet engagement que l'autre partie prenante - l'Union Soviétique - n'existe plus !
Donc les bruits de bottes actuels viennent d'outre-Atlantique et, aux yeux de beaucoup de nos concitoyens, les Etats-Unis ne sont plus nos alliés, mais des ennemis déclarés . Pour écarter l'épée de Damoclès qui pèse sur le Groënland, cinq pays d'Europe viennent de décider d'y envoyer des troupes. Cette mesure - qui porte sur quelques dizaines de militaires - est purement symbolique et n'empêcherait sûrement pas le président américain d'envahir ce territoire arctique s'il en a décidé ainsi. Et on peut penser que les pays qui ont fait ce choix ne nourrissent aucune illusion sur ce point. Mais cette mesure est nécessaire pour marquer l'opposition de l'Europe à la politique d'expansion de Donald Trump. Et elle peut ne pas être inopérante, car cette décision a été prise dans un contexte où les sondages aux Etats-Unis montrent l'opposition majoritaire des citoyens à cette annexion. Même l'Etat-Major du Pentagone, auquel Donald Trump a demandé de préparer un plan d'invasion du Groënland, se montre réticent. Au vu de ces nouvelles, je comprends mieux les propos d'un de mes amis - américain ayant acquis la nationalité française - qui pense qu'une invasion du Groënland serait suivie d'une procédure de destitution du président américain, qui aurait toutes les chances d'aboutir.
On peut interpréter ce contexte comme un signal selon lequel l'autorité du président américain est en train de se déliter. Et Donald Trump réagit de façon tout à fait inappropriée par une nouvelle forme de chantage que l'on pourrait appeler la "diplomatie des droits de douane". C'est l'application de surtaxes douanières à tous les pays qui refusent de passer sous les fourches caudines trumpiennes. Aux pays européens qui envoient des troupes au Groënland, on promet une augmentation des droits de douane ; quand Emmanuel Macron refuse la présence de la France au conseil de la paix, cet ersatz d'ONU pensé par Trump pour vassaliser les pays qui y adhéreront, on brandit la menace d'une augmentation de 200% des droits sur les champagnes et les grands crus. A tel point que l'Europe suspend l'accord récemment signé par Ursula van der Leyen pour cause de non-respect de ses clauses par l'administration Trump (en espérant qu'il ne reviendra jamais sur la table !). Et, plus encore, le sénat américain envisage de bloquer ces droits de douane qui nuisent avant tout à l'économie américaine. La baisse du Dow Jones conduit à la suspension de ces mesures coercitives, suggérant que la politique américaine est pensée pour se faire "à la corbeille" : l'annonce est suivie d'un recul de Trump, sous la forme d'une suspension des mesures coercitives contre les pays qui s'opposent à son délire géopolitique.
De plus en plus, le président des Etats-Unis fait figure de sale môme boudeur et capricieux, comme en témoignent encore les termes de cette lettre surréaliste qu'il a adressée au gouvernement norvégien au sujet du prix Nobel qu'il convoite et qu'il n'aura jamais : « Étant donné que votre pays a décidé de ne pas [me l’]attribuer pour avoir mis fin à PLUS de 8 guerres, je ne me sens plus obligé de penser uniquement à la paix ». La contribution des Etats-Unis au maintien ou à la restauration de la paix serait-elle conditionnée par l'obtention d'un prix Nobel ?!
Espérons que les électeurs américains s'en souviendront au moment des élections de mi-mandat !