ZAD de Gonesse: une bataille perdue, mais pas la guerre

Deux jours après la notification d'un jugement d'expulsion, la ZAD de Gonesse, mise en place contre la construction d'une gare sur les terres fertiles du triangle, est évacuée. Pourquoi cette précipitation quand d'autres ZAD tiennent plusieurs mois et quelles en seront les suites ?

Le jugement du tribunal de référé de Pontoise, défavorable sur toute la ligne aux zadistes, rendait ceux-ci expulsables dès la notification d'huissier. Mais une incertitude demeurait sur la date de l'exécution : en effet, le jugement n'est exécutoire qu'après un arrêté préfectoral ordonnant l'expulsion. Celui-ci peut se faire attendre des semaines, voire des mois comme cela s'est passée à Bures. Dans le cas de la ZAD soutenue par le CPTG, l'expulsion a eu lieu dès le lendemain.

Depuis le moment où la Société du Grand Paris (SGP) a décidé de commencer les travaux de la gare, on se demande "pourquoi une telle hâte" ? La gare, si elle est construite, sera prête au mieux (ou au pire !) en 2030. Faut-il neuf ans pour construire une gare, au moment même où tous les arbitrages juridiques concernant l'insuffisance des études d'impact ne sont pas rendus ? Était il nécessaire, alors que d'autres ZAD (le Canet, Bures...) n'ont pas été tuées dans l’œuf, de réserver un traitement particulier à celle-ci et pourquoi ? Une réponse possible apparaît dans le communiqué de Marie-Georges Buffet, postérieur au jugement (vendredi), mais antérieur à l'expulsion (mardi) : "La création de cette gare, en lieu et place de parcelles nourricières, a été validée alors qu’aucun nouveau projet n’a été arrêté. Ce choix démontre la volonté de l’exécutif régional de faire de ces parcelles agricoles un énième lieu de spéculation foncière"Ces deux phrases reflètent à la fois l'inutilité de cette gare  - dont les partisans recherchent désespérément, après l'abandon d'EuropaCity, un projet qui justifie sa réalisation - et le rôle important de la spéculation dans toute l'affaire. Ce n'est pas une découverte, la puissance publique et ses décisions sont aux mains de lobbyistes et ceux-ci sont pressés de s'accaparer, sous le couvert de lois qui sont faites en leur faveur, toutes les ressources que la nature nous prodigue, comme l'eau en Australie ou les terres agricoles chez nous. Et c'est cela que refusent les citoyen.nes qui ont occupé cette parcelle de terrain appartenant à l’Établissement Public Foncier d'Ile de France (EPFIF), dont madame Pécresse assure la présidence.

Il y a aussi le fait que cette ZAD de Gonesse était la première en Ile-de-France et que les autorités régionales n'ont aucunement envie de voir des Notre-Dame-des-Landes et autres se développer à Gonesse ou à Saclay. Aussi les autorités ont-elles déployé des forces cent fois supérieures à celles qui étaient nécessaires pour déloger 24 militants qui dormaient sur place : gendarmerie, CRS, policiers, ils étaient tous là pour la curée.

Les militants qui ne dormaient pas sur place sont venus dès l'annonce de l'expulsion, mais se sont heurtés aux barrages de police qui les ont empêchés d'aller rejoindre ceux qui étaient assiégés dans la ZAD. Dans la matinée, ils ont reçu le soutien d'Eric Piolle, maire écologiste de Grenoble, qui s'est déplacé physiquement et a longuement été interviewé par les journalistes présents. il déclare :  "On est ici au cœur du combat pour la préservation des terres agricoles. On nous promet qu’avec cette gare, on va apporter la lumière du développement. Mais, de quel développement parle-t-on ? Il faut se demander ce que nous voulons pour notre avenir". Et dénonce aussi les élus qui prétendent résoudre le problème de l'emploi avec des recettes datant de 40 ans qui ont toujours échoué :  Clémentine Autain, qui n'était pas présente sur la ZAD au moment de l'expulsion, mais est venue apporter son soutien aux militants qui ont stationné devant le commissariat de Cergy-Pontoise l'après-midi déclare : "Valérie Pécresse a saisi les tribunaux au lieu d’assumer le débat démocratique nécessaire sur le Triangle de Gonesse . C’est une question politique qui n’a pas à se traiter au commissariat. Je demande un débat public." Et, en effet, Valérie Pécresse n'a rien fait d'autre, jusqu'à aujourd'hui, que d'esquiver un débat démocratique contre lequel ses arguments - à supposer qu'elle en ait, ce dont on peut douter puisqu'elle a toujours refusé le débat - ne tiennent pas la route. Il y a aussi d'autres soutiens qui se sont exprimés : Aurélien Taché, Julien Bayou, Delphine Batho, etc. Il y a jusqu'à la confédération paysanne qui publie un communiqué contre l'expulsion en cours.  Une autre raison de cette précipitation peut également tenir dans le fait que la présidente de région, faisant face à des soutiens politiques et citoyens croissants, cherche à les museler.

L'épilogue de cette journée a eu lieu dans la soirée, quand les 24 zadistes retenus en garde-à-vue à l'hôtel de police de Cergy-Pontoise ont été relâchés : libérés au compte-goutte, ils ont écopé d'une sanction bénigne, une simple convocation pour rappel à la loi. On ne peut que s'en réjouir pour eux mais là encore, on peut s'interroger sur les raisons de cette mansuétude : ceux qui ne croient pas trop à l'indépendance de la justice l'attribueront à une motivation électoraliste à l'approche d'un scrutin.

Mais l'Histoire a montré que toute tentative d'étouffer des idées ne servait, in fine, qu'à les renforcer. Ces 17 jours sur la ZAD ont été, pour le CPTG, une puissante tribune pour diffuser ses idées et ses choix. Le collectif entend maintenant profiter de cette nouvelle notoriété pour enfoncer le clou. Bertolt Brecht disait : "qui se bat peut perdre, qui ne se bat pas a déjà perdu". Et même en cas de défaite, les militants, au moins, n'auront pas le regret de ne pas avoir essayé.

 

 

 

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