L'opposition à EuropaCity entre dans une nouvelle phase.

"Un coup de force pour imposer le projet retoqué par le tribunal administratif parce qu'il est climaticide et antiéconomique.Pour imposer Europa City, ils préparent la construction d’une gare de métro en plein champ alors que la ligne 17 ne verra pas le jour avant 2027!"

Ce tweet de Marie-Monique Robin résume en deux phrases la logique ubuesque de la gestion par les pouvoirs publics du projet EuropaCity : une gare de RER "en plein champ" alors que les jugements du Tribunal Administratif ont invalidé la décision de création d'une ZAC prise par le Préfet et la modification du Plan Local d'Urbanisme votée en septembre 2017 par le conseil municipal de Gonesse. Reste le permis de construire de la gare, toujours valide, qui permet en toute légalité de construire une gare sur un espace rendu par les jugements à son usage agricole ! Les deux décisions judiciaires sont en appel, mais il faut rappeler ici que la procédure d'appel n'est pas suspensive du jugement.

Tout ceci a déjà été exprimé dans ce blog. Ce qu'il y a de nouveau, c'est cet acharnement à contourner les décisions du tribunal en lançant dès maintenant les travaux de construction de la gare. Alors pourquoi cette hâte, quand on sait que la gare, d'abord justifiée par les besoins de desserte des jeux olympiques, ne doit pas être mise en service avant 2028 ?

Le Collectif pour le Triangle de Gonesse (CPTG) a été alerté par un retraité qui a constaté, à l'entrée du chemin de la Justice de Gonesse, le massacre d'une bande de terre de 6 à 8 mètres de large et de 800 à 1000 mètres de long. Il a immédiatement réagi par un communiqué qui dénonce une «tentative de passer en force, au moment où le dossier entre dans une nouvelle phase de discussions».et invité tous les militants disponibles à un rassemblement sur les lieux pour dénoncer ce "passage en force", qui manifeste la volonté des pouvoirs publics à construire, avec le terminal T4 d'ADP et le complexe EuropaCity, la "bombe climatique" (l'expression est de Médiapart) qu'ils destinent aux communes du nord de Paris. Dans la journée même, la nouvelle de cette action a été relayée par plusieurs journaux : outre Libération dont le lien apparaît plus haut, le site de Reporterre a rapporté l'évènement avec un port-folio de photographies à consulter et donne une interview de Bernard Loup, président du CPTG, qui fait état de l'absence totale d'information (Mais nous ne savons même pas qui est le maître d’ouvrage !  La Société du Grand Paris ? Grand Paris Aménagement ? Le Syndicat intercommunal Aménagement Hydraulique Vallées ? Nous voulons des réponses ! ») et précise que, selon le peu de renseignements qu'il a pu recueillir il s'agirait de préparer une tranchée pour enfouir les canalisations d'évacuation des eaux usées en provenance de l'hypothétique future gare. Ce sont donc bien des travaux liés à la construction de celle-ci et Bernard Loup souligne l'importance de s'y opposer : « Nous ne lâcherons pas, car cette gare, c’est le cheval de Troie qui rendra irréversible l’urbanisation du triangle de Gonesse ». Outre le recours administratif déjà déposé contre le permis de construire de la gare, le CPTG est en train d'étudier la possibilité d'introduire un référé suspensif pour demander l'arrêt des travaux. Si cela ne suffit pas, la désobéissance civile est à l'ordre du jour et, pour cela, toutes les bonnes volontés seront sollicitées pour créer sur le terrain une situation à la Notre-Dame-des- Landes.

En complément des informations données par ses confrères, le parisien relate la réaction du maire de Gonesse qui éructe les habituels propos méprisants qui lui tiennent lieu de pensée politique : « Si ces petits manifestants, dans les semaines qui viennent, continuent, je serai présent et je ne serai pas seul, car nous ne nous laisserons pas faire. Cette gare est essentielle au développement du territoire et nous n'allons pas accepter de nous la faire confisquer. » Il ajoute qu'une plainte pourrait être déposée par la SGP. « L'intervention des manifestants a induit des dégradations [lesquelles, à part une barrière symbolique qui disparaîtra en quelques coups de pelleteuse?] . La Société du Grand Paris examine les actions possibles ». C'est bien dans le style de Jean-Pierre Blazy, qui a toujours refusé le débat avec les opposants sur les raisons de cette opposition et sur le projet alternatif CARMA et dit préférer nous envoyer la police, mais il en faudra plus pour intimider les militants, car il s'agit d'un devoir d'insurrection contre le déni de démocratie dénoncé par un des jeunes du collectif "Nous Gonessiens", qui estime que « Commencer les travaux de la gare alors que le PLU et la ZAC sont en suspens, ce n’est rien d’autre qu’un déni de démocratie ». Nous donnerons le mot de la fin à Didier Delpeyrou, porte-parole d’Europe Écologie-Les Verts en Seine-Saint-Denis: « On traverse en ce moment une grande canicule, et on va encore imperméabiliser des terres agricoles, bâtir d’énormes infrastructures de béton ? EuropaCity est tout le symbole d’un monumentalisme complètement décalé avec les enjeux écologiques et sociaux. ». Rappelons que Paris est une des capitales européennes les plus exposées aux grandes canicules en raison du manque d'espaces verts et que les projets inspirés par un capitalisme déjanté visent à en supprimer encore.  Ce n'est donc pas la peine de nous rabattre les oreilles avec une prétendue neutralité carbone en 2050 quand on soutient EuropaCity et le T4, d'ADP, qui ne sont que deux des multiples composants de la "bombe climatique" qui se prépare au nord de Paris.

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