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Billet de blog 26 septembre 2024

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Le BIP : les raisons d'un abandon

Au moment où on s'y attendait le moins, la présidente du Conseil Départemental annonce la décision de ne pas solliciter du préfet la déclaration d'utilité publique, ce qui signifie l'abandon du projet. Quelles sont les raisons de ce rétropédalage soudain ?

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Le Boulevard Intercommunal du Parisis (BIP) est un projet d’autoroute de liaison entre l’A1 et l’A15, Conçu dans les années 30. Longtemps abandonné, puis ressorti des cartons en 2009, sous le contrôle du Conseil Départemental, il est assorti d’un trajet qui traverserait ou longerait huit villes. Sous l’impulsion du collectif « Vivre sans BIP », il a fait l’objet de plusieurs démarches juridiques en première instance et en appel, avec pour résultat l’annulation de la déclaration d’utilité publique approuvée par le Préfet du Val d’Oise et le blocage du projet jusqu’à ce jour.
Mais les attendus de cette décision juridique pouvaient être remis en question, car motivés uniquement par des arguments budgétaires et non par des considérations d’urbanisme ou d’environnement, et encore moins par des soucis de bien-être des habitants de l’est du Val d’Oise, déjà fortement impactés par les nuisances aéroportuaires de Roissy et du Bourget. Il a donc suffi au Conseil Départemental de « revoir sa copie » sur le budget pour pouvoir engager un recours en cassation devant le Conseil d’Etat, dont la décision, quelle qu’elle soit, sera définitive.
Le danger se précise avec la décision du Conseil d’Etat de déclarer recevable le recours porté par les autorités départementales, à la charge de celles-ci de clarifier, dans le délai d’un an à partir du 29 mai 2024, les modalités de financement du projet. Le préfet du Val d’Oise devra alors se prononcer sur l’utilité publique du projet avant que le Conseil d’Etat statue sur le fond.

Et voici que, soudainement, le paragraphe précédent est à mettre au passé : madame Cavecchi vient de déclarer qu'elle renonce à la demande d'utilité publique. Mais à qui ou à quoi faut-il attribuer ce revirement soudain, venant d'un Conseil Général d'apprentis sorciers qui méconnaissait à ce point le réel danger pour la santé des riverains, qui était prêt à sacrifier l'économie d'une ville entière (Enghien) pour favoriser le modèle Amazon (voir article en lien), qui était prêt à dépenser un milliard d'euros alors qu'une crise de la dette nous menace ? Il n'y a pas plus bouché qu'un animal politique quand il ne veut pas comprendre et il ne faut pas trop croire à un soudain retour à la raison.

L'explication la plus vraisemblable vient du fait que la décision du Conseil d'Etat dépendait de la reconduite ou non de la déclaration d'utilité publique signée par le Préfet. Or celui-ci n'est rien d'autre que le représentant de l'Etat et on peut penser que c'est celui-ci qui a la main sur la décision : si, dans la période de vaches maigres qui s'annonce, il a ordonné au Préfet de ne pas ouvrir la voie à une dépense colossale (un milliard d'euros évalué avec les risques habituels de dépassement) pour un projet rejeté par une majorité de citoyens, celui-ci n'a plus qu'à s'exécuter. Aussi, pour remercier madame Cavecchi d'avoir pris cette décision, nous attendrons de connaître à qui nous devons ce rétropédalage. Nous attendrons aussi de savoir si elle est capable d'un véritable dialogue avec les partenaires associatifs au sujet d'un projet alternatif.

En attendant, il faut remercier tous les militants associatifs qui ont contribué à cette victoire, mais aussi les élus locaux (députés, maires, sénateurs) qui se sont clairement prononcés contre le projet et aussi les 90 députés qui étaient prêts à soutenir une loi pour interdire la construction du BIP

Cet article, qui fait état d'une possible contamination par le BIP des eaux thermales d'Enghien, a été rédigé pour le site en préparation du collectif "vivre sans BIP". Un site dont on peut désormais discuter l'utilité.

bip-et-station-thermale (pdf, 745.2 kB)

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