Europacity : vers un recours des opposants devant le tribunal administratif

Les élus de Gonesse ont voté à une très large majorité pour un nouveau PLU qui ouvre la voie à la construction d'Europacity. Mais les opposants n'ont pas dit leur dernier mot !

La presse a largement fait état, ces dernières semaines, des nuages qui s'amoncellent sur le projet Europacity : prise de position du ministre de l'environnement, qui dénonce l'appétit de consommation des terres agricoles et le caractère incompatible avec les engagements de la COP21, rapport négatif de l'enquête suscitée par le Tribunal Administratif (ça n'est que le quatrième avis négatif émis en quelques mois !!!), risques de défection du co-investisseur Wanda, obsolescence de plus en plus évidente des grands centres commerciaux marqué chez Auchan par des résultats semestriels dans le rouge , silence radio de l'Elysée et de Matignon qui semblent prendre leurs distances,  la conjoncture fragilise un projet déjà fortement décrié au cours du débat public. La remise en cause du calendrier et du tracé de la ligne 17 , dont la gare "en plein champ" doit desservir Europacity, serait le coup de grâce du projet.

Au sein de l'équipe qui pilote le projet, on accuse le coup, d'abord en minimisant l'importance de ce rapport, le qualifiant "d'un avis parmi tant d'autres qui ne change rien sur le fond". Mais, se rendant sans doute compte que la critique d'un rapport commandé par le Tribunal Administratif risque d'être du plus mauvais effet en cas de procédure devant ce dernier, le groupe Immochan  révise sa communication en annonçant, au cours d'une conférence de presse, des modifications  qui tiendraient compte de l'avis du Commissaire Enquêteur.

Selon le titre du Monde, le projet Europacity joue sa survie : fragilisé par le rapport extrêmement négatif du commissaire enquêteur Ronan Hébert, les promoteurs du projet, après avoir traité par le mépris le dit rapport censé être dicté par les écologistes, ont tourné casaque, sans doute sous la pression d'une presse qui a largement fait écho aux conclusions exprimées par Ronan Hébert. Ils ont demandé à l'architecte de  revoir complètement sa copie et - ô miracle - en trois mois, celui-ci sort un nouveau projet qui se veut complètement différent, sans expliquer en quoi ces modifications tiennent compte des conclusions du rapport !

C'est dans ce contexte que s'est ouvert, le 26 Aout, le conseil municipal de Gonesse avec, pour seule question à l'ordre du jour, le vote d'un nouveau Plan Local d'Urbanisme (PLU) devant, par le bétonnage des terres agricoles, servir de prélude à la réalisation du projet. Après lecture d'un "contre-rapport" fait par un fonctionnaire municipal, le débat a pris place entre les élus. Il n'y a qu'à la Présidentielle qu'on a assisté à de tels débats de caniveau : les uns mettant en doute l'honnêteté et l'impartialité du rapporteur Ronan Hébert, les autres - dont le maire - déniant la voix au chapitre à tout ce qui ne fait pas partie du territoire de Gonesse (alors qu'il s'agit d'un projet qui va impacter toute la région). Un conseiller a traité les opposants  de "bobo parisiens passant leurs vacances sous les cocotiers" et un autre a qualifié les agriculteurs concernés de "pollueurs". Quelques contre-vérités, aussi, entre autres contre toute évidence (230000 m2 de surface commerciale) que le projet ne serait pas un projet commercial (rires dans la salle).
Inutile de préciser que ces provocations délibérées ont rapidement fait monter la tension chez les opposants au projet, l'un d'entre eux, pour avoir demandé une suspension  de séance,  se trouvant même menacé d'une expulsion, à laquelle s'est opposé un élu qui, écharpe tricolore en bandoulière,est venu se mettre à côté de lui en déclarant : "Si vous l'expulsez, vous en faites de même avec moi". Et là, ils n'ont pas osé ! Mais ils ont finalement adopté le PLU à une très forte majorité.

Ce n'est pas fini : le maire Jean-Pierre Blazy, qui n'a que le mot "démocratie" à la bouche et une conception très personnelle de celle-ci, trouve normal de faire voter par 28 élus en faveur d'un projet de PLU qui concerne toute une région. Une des conclusions du Commissaire Enquêteur a été "oubliée" : il préconisait  que ce projet, en raison de l'impact négatif qu'il avait sur l'économie et les emplois des territoires limitrophes de la commune, aurait du faire l'objet d'un PLU intercommunal. C'est sur la base de ce rapport et, en particulier de cette dernière conclusion que les associations opposées au projet manifestent leur intention d'attaquer la décision au Tribunal Administratif. Il faudra alors que la commune de Gonesse et le promoteur présentent dans le détail les modifications du nouveau projet et démontrent que les concepteurs ont bien tenu compte du rapport, commandé - nous le soulignons encore - par le Tribunal Administratif lui-même et que les modifications apportées sont bien de nature à lever les objections du premier rapport. Et il faudra pour cela un argumentaire plus pertinent que celui qui a été avancé au cours du Conseil Municipal.

 

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