MoryGlobal : les salariés se rebiffent.

Pour rappel, l’entreprise était à l’origine une branche de DHL, qui a été « revendue » en 2011 au fonds d’investissement Caravelle pour un euro symbolique et 250 millions d'euro de recapitalisation versés au fonds repreneur. Le vendeur qui paie, c’est assez inhabituel dans ce genre de transactions  ! Mais Elise Lucet a récemment rapporté le cas de Sansonite et on se trouve dans le même type de magouille, car un premier plan de licenciement a suivi très rapidement : on peut dire aujourd’hui que DHL a probablement « sous-traité » cette vague de licenciement. L’entreprise, délestée de 700 salariés, a alors pris le nom de Ducros.

Passons rapidement sur les péripéties qui ont suivi : rachat de Ducros par Mory et fusion en une seule entité, Mory Ducros ; dépôt de bilan en 2014 au cours duquel Arnaud Montebourg et la CFDT s’étaient particulièrement illustrés en sacrifiant 2800 emplois sur l’autel du rendement boursier ; reprise de ce qui reste de l’entreprise par le fonds d'investissement même qui l’avait mené à la ruine, par l’intermédiaire d’une de ses filiales, Arcole ; nouveau changement de nom de l’entreprise qui devient Moryglobal, avec une aide d’état sous forme d’un prêt qui s’ajoute au financement des licenciements par l’AGS (assurance garantie des salaires). Voici, en ces temps de « loi de sauvegarde de l’emploi » (tu parles, Charles !) et de « pacte de responsabilité », à quoi sert l’argent public ! Tout ça pour en arriver à un nouveau dépôt de bilan et la liquidation judiciaire. Voilà la façon dont les fonds de pension détruisent l’économie réelle !

Dès la deuxième vague de licenciement, les militants CGT se sont organisés : ils ont fait prononcer l’invalidité du PSE puis, dans la foulée, ont organisé un recours collectif devant les prud’hommes. Dans ce but, l’Union Locale de Paris Nord 2 met à leur disposition un de ses bureaux. Actuellement, ils proclament eux-mêmes qu’ils n’ont plus rien à perdre et multiplient les actions sur tout le territoire : « sitting » devant le Ministère des Transports, opérations escargot dans le Nord et la région parisienne. Une délégation des salariés a même rencontré le Secrétaire aux Transports, qui, dans un communiqué officiel, propose aux salariés « un dispositif exceptionnel financé par le ministère du travail ». Ce train de mesure proposerait un accompagnement par un conseiller spécialisé sans limite de temps, un contrat de sécurisation professionnelle qui permettrait le maintien du salaire pendant 12 mois, la prise en charge par l’état, jusqu’à concurrence de 300 euro par mois, du différentiel de salaire pour les salariés ayant trouvé des emplois moins rémunérés. Après les dépenses liées au sauvetage de MoryGlobal, d’autres dépenses, toujours à la charge du contribuable, pendant que les actionnaires des fonds de pension réclament à nouveau leur livre de chair pour continuer à se goinfrer !

Au vu du nombre de promesses non tenues qui se sont succédées tout au long du quinquennat, la CGT a toutes les raisons de se méfier : le ministre a évacué les demandes de la CGT avec ce mot sympathique : « la CGT veut toujours plus et ne signe jamais ». Oui, mais il y en a d’autres qui acceptent toutes les demandes du patronat et signent tout, quitte à retirer tout pouvoir à leurs syndicats ou fédérations récalcitrantes ! Aussi, dans un communiqué, la CGT a-t-elle manifesté son intention de « ne rien lâcher des actifs de la société qu’ils détiennent aujourd’hui ». L’occupation des sites ne prendra fin que « par obtention d’un dédommagement acceptable » ou par une évacuation de force, qui aurait au moins l’avantage de montrer de quel côté est ce ramassis d’hypocrites à qui nous avons eu la bêtise de confier la tâche de gouverner.

 

 

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