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Billet de blog 7 oct. 2019

La haute montagne, thermomètre du réchauffement climatique

[Archives] Il n'est pas question ici de commenter le dernier rapport du GIEC sur la fonte des glaciers, car cela a été fait largement dans la presse. Le but de cet article est plutôt de montrer, avec l'exemple de la haute montagne, combien les données de ce rapport deviennent perceptibles à nos yeux.

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Il n'y a plus besoin d'aller sur la banquise pour constater la fonte des glaces, sous l'effet du réchauffement climatique : il suffit de se rendre sur la Mer de Glace, le plus grand glacier de France qui domine Chamonix. Deux photos, l'une prise en 1909 et l'autre en 2015, confirme ce recul du glacier, ainsi que des névés des montagnes qui le dominent. La fonte des glaces s'accélère : les Échos nous apprennent que le glacier a perdu plus de trois mètres d'épaisseur en un an, contre un mètre les années précédentes. 

Sur le versant italien du massif, la fonte accélérée du glacier Planpincieux menace la vallée d'une chute de sérac de 250000 tonnes, obligeant les autorités à restreindre l'accès routier et même à évacuer les maisons les plus menacées. Le phénomène est mondial : deux glaciers ont complètement disparu, l'un en Islande, l'autre en Suisse. L'Himalaya, lui aussi, est sujet à une fonte accélérée : en quarante ans, le massif a perdu le quart de sa masse glaciaire. Et même si, par le monde, quelques glaciers résistent, permettant aux climatosceptiques attardés de nier le réchauffement climatique, car il y en aura toujours à tirer des conclusions à partir de quelques cas particuliers. Un chercheur commente : "Ce sont des cas exceptionnels et qui ne sont absolument pas représentatifs. Il suffit de regarder la tendance mondiale et sur des données décennales. L'exemple de quelques glaciers ne peut pas être généralisé". Ce sont, selon les scientifiques, des particularités climatiques locales qui assurent à ces glaciers un manteau neigeux protecteur et permettent leur renouvellement.

Face ouest du drus après l'éboulement du pilier Bonatti. La partie claire correspond à la zone d'éboulement

En 2005, un éboulement spectaculaire (photo ci-contre) était observé dans la face ouest du petit Dru, emportant la quasi-totalité du pilier sud-ouest, appelé pilier Bonatti en référence au célèbre alpiniste qui y avait ouvert une voie en 1955. C'est également du au réchauffement climatique car nos montagnes ne sont pas faites d'un seul bloc, mais d'un grand nombre retenu entre eux par un ciment glaciaire, le permafrost. C'est la fonte de ce dernier qui désolidarise les blocs et provoque les éboulements. La disparition du pilier Bonatti est l'éboulement le plus spectaculaire, mais non le seul. Un deuxième éboulement de la face ouest des Drus a eu lieu en 2011 et un autre, plus important encore dans les Grisons, Ludovic Ravanel, géologue originaire de la vallée, commente : "Certaines années, nous avons plus d'une centaine d'écroulements dans le Massif du Mont-Blanc et c'est le cas notamment lors des étés caniculaires comme en 2003, en 2015, en 2017 et en 2018."

La Suisse est un laboratoire idéal pour explorer les effets du réchauffement climatique, car les températures y ont augmenté deux fois plus vite que dans le reste du monde. D'une façon générale, les Alpes du Nord se réchauffent beaucoup plus vite que les Alpes du Sud, une différence que les climatologues attribuent à la distance par rapport à la mer, qui joue un rôle régulateur de la température.
Le cas de la Suisse est significatif à plus d'un titre, car ce pays peut être considéré comme le "château d'eau" de l'Europe occidentale : deux grands fleuves - le Rhin et le Rhône - prennent naissance aux alentours du Saint Gothard. Un affluent du Po - le Ticino - représente à lui tout seul 10% des eaux d'origine suisse, l'Inn, dont la source est également en Suisse, se jette dans le Danube. Ce sont donc quatre bassins hydrographiques majeurs qui pourraient être affectés en cas de modification des débits.

L'exemple du Rhône illustre les conséquences que pourraient avoir le dérèglement de l'hydrologie provoqué par le réchauffement climatique : la modélisation selon deux scénarios, respectivement augmentation de 2°  (courbe B2) et de 5° (courbe A2) donne les résultats décrits sur le graphique ci dessus : dans les deux cas, la quantité d'eau qui s'écoule sur les 12 mois, qui peut mathématiquement s'exprimer par la surface sous ces courbes de débit, est profondément diminuée. On imagine facilement les problèmes économiques sur des secteurs qui vont de l'agriculture à la production hydroélectrique.  Ces graphiques confirment aussi les conclusions des trois derniers rapport du GIEC : la tenue des engagements de la COP21 ne ferait qu'atténuer les problèmes de gestion de l'eau, mais ne les éliminerait pas.


Devant ces données, on peut se demander si le New Yorker n'a pas raison, lorsqu'il accuse les rapports du  GIEC d'être encore trop optimistes. Ici, il y a deux attitudes possibles : celle d'Yves "Philipulus" Cochet, ancien ministre de l'environnement qui annonce la fin de la civilisation pour 2030 et cherche dans sa campagne bretonne un refuge illusoire. Ou celle qui consiste à ne pas céder à un catastrophisme démobilisateur pour agir selon la phrase attribuée à Luther "und wenn morgen Weltuntergang wäre, ich würde am heutigen Tag doch Apfelbäume pflanzen" (et si demain c'était la fin du monde, je planterais quand même des pommiers aujourd'hui) et continuer à militer pour que nos petits enfants aient un avenir.

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