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Billet de blog 31 mai 2021

Dénoncer les dangers du nucléaire n'est pas un crime. Soutien aux militants de Bure

Une épée de Damoclès au dessus de nos têtes - L'accumulation des déchets radioactifs, une menace sanitaire rampante - soutien aux prévenus de Bure.

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Une épée de Damoclès au dessus de nos têtes

Dès son lancement sous la présidence de De Gaulle, le nucléaire s'est avéré comme un pari dangereux sur la pérennité des institutions devant en assurer la gestion et surtout la sécurité. En 1986, l'explosion d'un réacteur à Tchernobyl nous a rappelé cette réalité. D'une série télévisuelle récente sur le sujet, il s'avère que sans les techniciens et experts qui ont réussi de justesse à empêcher la catastrophe de s'étendre, l'accident aurait eu les mêmes conséquences catastrophiques pour toute l'Europe. Tous, nous devons d'être encore en vie à la conduite héroïque de quelques-uns qui ont été jusqu'à faire le sacrifice de leurs vies. Mais en avons nous vraiment tiré les conséquences ?
Après le 11 mars 1991, un vent de panique secoue le secteur nucléaire dans toute l'Europe : selon le magazine hebdomadaire Politis, "plus moyen, comme après Tchernobyl en 1986, d'accuser l'incurie d'un régime communiste déliquescent" : cette fois-ci, c'est bien dans un pays de haute technologie, géré à l'occidentale, que la catastrophe a eu lieu et non dans un pays communiste. Et ce qui se passe à ce moment au Japon est le révélateur tragique d'une société devenue folle où tout cela est piloté par la cupidité, la bêtise et le mensonge : cupidité de la TEPCO (société privée qui gère cette centrale) qui a préféré le moins-disant pour les opérations de maintenance, bêtise de n'avoir pas prévu, dans un pays sismique comme le Japon, qu'un tsunami pourrait un jour tout emporter sur son passage, mensonge de l'entreprise et du Gouvernement devant l'ampleur de la tragédie pour en minimiser les conséquences.

Et ce mensonge continue : une militante japonaise cofondatrice  d'un réseau d'aide aux victimes déclare : "pour le Gouvernement, tout se passe bien : on reconstruit à Fukushima, la vie retrouve un cours normal". Et les autorités japonaises, qui se trouvent en butte à une opinion publique majoritaire favorable à la sortie du nucléaire, entendent aussi montrer, par une instrumentalisation indécente, que la tenue des jeux olympiques est sécurisée : faire partir la flamme de Fukushima. 

Mais les conséquences de la catastrophe ne sont absolument pas maitrisées. En effet, les autorités ne disent rien sur l'eau radioactive qu'on s'apprête à rejeter en mer - condamnant ainsi les activités de pêche dans le secteur - et sur la contamination des sols qui est telle que l'on a rempli des milliers de sacs avec de la terre polluée, dont on ne sait pas quoi faire aujourd'hui.  Et un autre article du dossier établi en mars 2021 par l'hebdomadaire Politis ajoute à la noirceur du tableau : le chantier de décontamination s'annonce extraordinairement complexe en comparaison avec celui de Tchernobyl, les capacités de stockage de l'eau radioactive sont limitées, le Corium (magma de métaux et de minéraux issus des cœurs de réacteurs) émet une quantité de radioactivité rapidement létale pour un organisme humain et ne peut être accessible que par des robots. Le chantier est parti pour durer jusqu'en 2050 et on annonce déjà un coût estimé de 200 milliards d'euros, susceptible d'être revu à la hausse.

L'autorité de sûreté nucléaire affirme que les réacteurs français seraient défaillants face à un accident de type Fukushima et recommande à EDF une mise à niveau à faire sous dix ans. La menace est à prendre au sérieux : un accident de type Tchernobyl à la centrale de Nogent-sur-Seine obligerait à évacuer toute l'Ile-de-France. Étant donné l'importance économique de cette région, un tel accident signerait la mort du pays. Mais "tout se passe alors comme si l'industrie nucléaire acceptait désormais l'accident grave comme une possibilité gérable, esquivant toute révision de son approche du danger  nucléaire".

Mais la catastrophe de Fukushima accélère le déclin de l'industrie nucléaire, avec la perte d'un de ses principaux "champions" : aujourd'hui, le nombre de réacteurs nucléaires est de 412, contre 438 en 2012. A la suite de la catastrophe japonaise, l'Allemagne a décidé de se passer complètement du nucléaire à l'horizon 2022, d'abord au bénéfice des centrales à charbon  puis au profit des énergies renouvelables à l'horizon 2035. Mais, à contre-courant et à grand renfort de contrevérités, le président Macron voit dans le nucléaire "notre avenir environnemental et écologique".

L'accumulation des déchets radioactifs, une menace sanitaire rampante

Comment peut-on soutenir que le nucléaire est écologique en regard du problème de taille posé par l'accumulation des déchets radioactifs qu'il faut traiter et stocker ? C'est d'abord le problème sanitaire et environnemental posé par l'implantation dans le Cotentin d'une usine de traitement de déchets radioactifs en provenance de plusieurs pays européens, qu'il faut d'abord transporter sous haute sécurité dans des convois ferroviaires, à l'aller comme au retour car les résidus des déchets traités sont censés retourner dans leurs pays d'origine.

Si aucun accident ferroviaire n'a, à ce jour, compromis la sécurité sanitaire des populations concernées, il n'en est pas de même de l'activité même de l'usine de retraitement de la Hague. L'usine a été épinglée par un rapport datant de 1997 sur le rejet en mer d'effluents radioactifs. Ce sont toutes les données de base des premières études d'impact qui sont à réévaluer : les quantités d'iode 131 rejetées en mer, qui n'avaient pas été prises en compte lors de l'évaluation de 1983, ont été multipliées par 12 en dix ans, ainsi que les rejets de tritium qui ont quadruplé.

Les conséquences sanitaires pour les riverains du Cotentin ont elles aussi été évaluées :  une étude épidémiologique parue dans le British Medical Journal en 1991, fait état d'une incidence de leucémies infantiles multipliée par un facteur de 2,8 dans un rayon de 35 km autour de l'usine, avec une corrélation avec la fréquentation des plages et la consommation de produits de la mer. Sans remettre en question la validité des résultats statistiques, un contradicteur répond qu'"invoquer les effets des rayonnements est une affirmation « assez gratuite ». Selon lui, "les mesures effectuées par l'IPSN sur les plages et l'écosystème marin bas-normands ne montrent pas de concentrations de produits radioactifs supérieures aux limites autorisées". Cette polémique, qui rappelle le déni opposé en Bretagne à la question des algues vertes, ignore les conclusions du rapport de 1997 cité plus haut !

Soutien aux prévenus de Bures

Aux yeux des partisans du nucléaire, le programme CIGEO d'enfouissement des déchets,  porté par l'Agence Nationale pour la Gestion des Déchets Radioactifs (ANDRA), est crucial. Pour le président du sénat Gérard Longuet (lettre au Premier Ministre),  "sans lui (CIGEO), la filière devrait s'arrêter dans son ensemble faute de gérer la fin du cycle des combustibles". L'enjeu est donc posé, c'est la pérennité même du nucléaire qu'il faut imposer contre vents et marées malgré les dangers et même, s'il le faut, par des méthodes que le totalitarisme ne désavouerait pas.

Et c'est bien ce qui est fait. Un dossier élaboré en collaboration par Jade Lindgaard de Médiapart et Marie Barbier de Reporterre décrit les différentes étapes de la répression aux relents staliniens à laquelle sont en butte les militants de Bure : il s'agit d'une enquête inédite par le coût des moyens déployés (plus d'un million d'euros alors que la justice "ordinaire" manque dramatiquement de moyens), avec des milliers d'heures d'écoutes téléphoniques et de géolocalisations par la gendarmerie, des interdictions de prises de contact depuis plusieurs années, des interdictions de territoire et même une perquisition, reconnue ultérieurement comme illégale par la justice, avec saisie des ordinateurs au cabinet de maître Ambroselli, un des avocats de la défense, lui même mis en examen pour des faits dérisoires.

Pour les sept prévenus qui sont finalement assignés en justice, une accusation "d'association de malfaiteurs" disproportionnée par rapport aux faits de désobéissance civique qui leur sont reprochés, alors qu'aucun d'entre eux n'est poursuivi pour le seul motif réellement criminel - un départ d'incendie volontaire dans un hôtel occupé, dont les auteurs peuvent très bien être une poignée de "black blocks" étrangers au mouvement. Mais le procédé n'est pas nouveau et fait même l'objet d'un proverbe  : "qui veut noyer son chien l'accuse de la rage".

Dans un communiqué de 2019, la ligue des droits de l'homme déclare cette criminalisation d'activités militantes, qu'elle attribue à   "la volonté de criminaliser et de paralyser des activités politiques en maintenant un mouvement sous des chefs d’accusation disproportionnés et inconsistants", indigne d'un état de droit. 

Ces dérives autoritaires sont lourdes de signification : aujourd'hui Bure, demain peut-être, sous la pression des lobbies de l'aviation civile ou du bâtiment, des perquisitions chez les militants opposés aux extensions aéroportuaires ou aux bétonisations intempestives, suivies de mises en examen pour des motifs arbitraires. Avec le procès de Bure, c'est un engrenage répressif qui s'enclenche. Pour cette raison, il est essentiel de soutenir, par les écrits et par les actes, la cause des militants de Bure.

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