Monsanto : les faussaires enfin démasqués

En attendant que les politiques fassent enfin leur travail en interdisant définitivement l'usage des pesticides, on ne peut que se réjouir que la justice se saisisse enfin de l'affaire : deux condamnations contre Monsanto - c'est à dire Bayer puisque celui-ci a racheté la firme américaine - ont déjà eu lieu devant les tribunaux américains et 11000 plaintes ont déjà été déposées.

L'empoisonneur Bayer a du souci à se faire : il a cru réaliser une bonne affaire en prenant le contrôle d'un autre empoisonneur, Monsanto. Mais, en même temps que les produits de la marque, il a acheté les procès qu'il va se traîner en raison de la nocivité du Glyphosate. Déjà, un jardinier atteint d'un cancer dû à ce pesticide avait obtenu réparation devant la justice californienne, à hauteur de 289 millions de dollars ramenés à 78 millions en appel. Une nouvelle condamnation à des dommages et intérêts de 79 millions de dollars est survenue cette semaine. L'ampleur du désastre se révèle au grand jour, car c'est aujourd'hui plus de 11000 plaines qui ont été déposées. Avec des condamnations qui se chiffrent en dizaines - voire en centaines de millions de dollars, c'est un désastre financier qui menace désormais le groupe Bayer. La conséquence ne se fait pas attendre : le prix des actions de Bayer s'effondre et le groupe, qui pesait en 2015 136 milliards d'euro, n'en vaut plus aujourd'hui que 52 milliards, soit moins que le prix qu'il a payé pour racheter Monsanto. C'est sans rire que le porte-parole du groupe Bayer déclare : "Ce jugement ne change rien à quatre decennies de travail scientifique et aux conclusions des autorités de régulation dans le monde entier, qui soutiennent que notre herbicide à base de glyphosate est sûr et non cancérigène".

C'est ignorer les Monsanto's papers, ces documents dont une partie a déjà été déclassifiée et ou les autres le seront prochainement : en décembre de l'année dernière, une émission d'envoyé spécial mettait au grand jour les procédés révélés par ces documents, qui peuvent se résumer en trois phases : faux et usage de faux, corruption, intimidation et diffamation.

En effet, les Monsanto's papers révèlent que les rapports favorables au Glyphosate, issus d'études soit-disant indépendantes,  ont été écrits par des "ghost-writers" payés par la firme. Ces documents ont ensuite été approuvés par des sommités du monde scientifique rémunérés pour leur complaisance. Les récalcitrants sont traînés dans la boue et diffamés, comme Aaron Blair et Eric Seralini, professeur à l'Université de Caen, ce dernier envisageant une procédure pour diffamation contre Monsanto. Alors si l'éthique de Bayer est aussi irréprochable que le prétend son Directeur Général, qu'il commence par mettre au jour les turpitudes de Monsanto avant que la justice ne le fasse à sa place. Mais il ne le fera pas, lui que les actionnaires gratifient déjà du titre de "plus grand et plus rapide destructeur de valeur de toute l'histoire du DAX", car ce serait se tirer une balle dans le pied !

Pour conclure, deux remarques : la justice civile commence à s’intéresser aux activités des empoisonneurs et on ne peut que s'en réjouir, mais se décidera-t-on un jour à poursuivre les dirigeants de Monsanto et leur armée de ghost-writers devant les juridictions criminelles ? La deuxième remarque concerne les élus, qui auraient dû depuis longtemps interdire définitivement le glyphosate et d'autres pesticides. Ce qui montre bien l'intérêt qu'ils portent à la santé des populations, c'est le nombre de députés présents à la séance qui a consacré le report de l'interdiction du glyphosate à 2025 : 42 voix, dont 27 ont approuvé, même pas le dixième de ceux qui auraient dû être en séance. Comment croire, au vu d'une pareille donnée, que nos élus aient vraiment le souci du bien public ?

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