Les jeunes: des prescripteurs d’achat à responsabiliser!

Sur un site d’une grande firme de téléphonie mobile, les promotions les plus visibles affichent des slogans branchés: «devenez generation MTV», «sms gratuits vers tous vos amis»! Des publicités parmi de nombreuses autres, à première vue très séduisantes, puisqu’elles permettent de «surfer avec son smartphone pour 4,99 € par mois» ou «de bénéficier de temps de connexion gratuite» et parfois même… de 25€ de crédit si l’argent venait à manquer! Les sollicitations sont nombreuses, les ravages inquiétants. On évoque souvent le fameux enfant-roi. Il ne l’est pas seulement en raison de l’éducation des parents mais également du rôle qu’on lui prête dans la société. A ce titre, les nombreux scénarios de publicités qui infantilisent les parents m’interpellent.

Sur un site d’une grande firme de téléphonie mobile, les promotions les plus visibles affichent des slogans branchés: «devenez generation MTV», «sms gratuits vers tous vos amis»! Des publicités parmi de nombreuses autres, à première vue très séduisantes, puisqu’elles permettent de «surfer avec son smartphone pour 4,99 € par mois» ou «de bénéficier de temps de connexion gratuite» et parfois même… de 25€ de crédit si l’argent venait à manquer! Les sollicitations sont nombreuses, les ravages inquiétants. On évoque souvent le fameux enfant-roi. Il ne l’est pas seulement en raison de l’éducation des parents mais également du rôle qu’on lui prête dans la société. A ce titre, les nombreux scénarios de publicités qui infantilisent les parents m’interpellent. Le contexte général d’éducation est devenu lamentable et si vous rajoutez à cela l’hyper sexualisation de la société, qui utilise les mêmes « ficelles » puisqu’il y a également du commerce derrière, les conséquences au sein des familles sont parfois dramatiques, que ce soit en matière de surendettement ou d’éducation s’inquiète Bernard De Vos délégué général aux droits de l’enfant.

En 2009, 9,2% des surendettés avaient entre 18 et 25 ans[1]. La tranche des 14-18 ans, elle n’a pas accès aux crédits et n’apparaît donc pas dans les statistiques. Là est tout le paradoxe : la publicité s’adresse aux jeunes comme s’ils étaient des consommateurs disposant d’un véritable pouvoir d’achat alors que ce sont les parents qui mettent la main au porte-monnaie. Les adolescents sont donc des prescripteurs d’achat en trompe-l'œil, raison pour laquelle il est particulièrement difficile de disposer d’une analyse fine de ce rapport complexe entre jeunes et argent. Lors d’une journée d’étude organisée par l’Observatoire du crédit et de l’endettement, des experts en prévention soulignaient toute la difficulté d’élaborer un programme efficace à destination des jeunes. Les personnalités sont diverses et dépendantes à la fois de l’âge, du sexe, de l’origine géographique (ville ou province), des valeurs éducatives et bien sûr du milieu socio-économique. À défaut d’analyse affinée, Bernard De Vos insiste : le pouvoir d’attraction de l’argent agit sur tout le monde, jeunes ou non. L’argent est devenu une des clés de la réussite. Cela fait des ravages au sein des familles précarisées à un point tel que j’évoque aujourd’hui ce que j’appelle la double peine consumériste. Des familles ou des jeunes s’endettent pour avoir accès à une série de biens assimilés à la réussite sociale pour se retrouver face un terrible constat : non seulement la réussite sociale est factice mais en plus le crédit qu’ils doivent assumer les précipite dans le gouffre précise-t-il.

Les jeunes d’aujourd’hui seront-ils les surendettés de demain ? Une question à laquelle la Banque Nationale de Belgique a voulu répondre par une exposition : « L’argent et ta vie »[2]. Public concerné : les douze-seize ans. Mode d’emploi : le (jeune) visiteur est invité à gérer le budget de trois profils : Mohamed, travailleur acharné ; Emma, jeune fille pétillante, fan de shopping et de sorties et Thomas, économe dans l’âme. En fonction, des choix de dépenses, un indicateur situe le niveau de (mé) contentement des trois profils. Une opération de prévention dont il est très difficile de mesurer le résultat. « Il n’y a, actuellement, pas assez de sensibilisation à l’argent surtout à l’école. L’éducation financière est pourtant très importante. Il faut donner des outils aux jeunes pour qu’ils puissent s’en sortir lorsqu’ils toucheront leur premier salaire. C’est trop souvent un moment de grande solitude. Ils sont alors incapables de remplir un virement ou de négocier un prêt hypothécaire avec un banquier. Mais il faut aussi expliquer comment consommer et quelles sont les implications de la consommation. Trop peu de jeunes sont vraiment conscients du coût de la vie et du poids financier d’une simple sortie cinéma sur le budget familial. Il faut dès lors que les parents sensibilisent leurs enfants à l’argent tout comme ils le font pour l’hygiène, la santé, la scolarité… » insiste Mathieu BRUYNDONCKX, animateur à l’Observatoire du crédit et de l’endettement.

Les centres de référence provinciaux, malheureusement méconnus, proposent pourtant des animations très intéressantes dans ce domaine. Le CRENO[3] situé dans le Hainaut se déplace même jusque dans les écoles pour travailler cette relation si particulière entre les jeunes et l’argent.

 

(in : Espace de libertés - avril 2011 / www.laicite.be)


[1]Source : Observatoire du crédit et de l’endettement. 25-34 ans : 26.9% / 35 – 44 ans : 26.1%

 

[2] Informations : http://www.nbbmuseum.be/expo/fr/expo_home.htm

[3] www.creno.be ou 064/84.22.91

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