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Billet de blog 11 oct. 2021

Comment rassembler la gauche ? En la respectant !

C’est fait, la phase de parrainage de la primaire populaire est terminée. Mais rassembler la gauche ne peut passer par une primaire qui donnerait par le vote la légitimité au gagnant.

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Un vote pour un candidat ou une candidate unique ne peut garantir le rassemblement de la gauche !

Car ce processus, on le voit avec les primaires socialistes et écologiques, donne le sentiment au gagnant de pouvoir prendre toutes les décisions de manière unidirectionnelle, effaçant complètement les autres participants, et donc, les citoyens ayant accordé leur vote à ces derniers.
C’est pourquoi, le processus de vote ne doit pas dégager une candidature unique, mais une équipe avec des rapports de force. Et pour que l’équipe soit ensuite respectée, elle doit désigner à l’unanimité, et non à la majorité, son représentant, idéalement une personne en dehors de l’équipe, qui accepte de suivre ses recommandations.

Ainsi, la Primaire Populaire qui prône le rassemblement de la gauche, ne devrait pas présenter l’initiative comme une confrontation entre les candidats principaux pour déterminer lequel est le plus légitime. Elle devrait davantage proposer aux citoyens de s’exprimer pour leur préférence/avis, et faire de cette donnée le socle des rapports de force au sein de l’équipe sans aucune prime au gagnant, mais bien avec une représentation 100% respectée.

Il ne faut bien entendu pas fonctionner avec des votes à la majorité. Car, si c’était le cas, encore une fois, les minoritaires de l’équipe ne seraient jamais entendues, comme l’opposition dans un conseil municipal. Non, les diversités doivent être respectées, en particulier concernant l’usage de la tribune médiatique présidentielle. Celle-ci peut être partagée équitablement tout comme les candidatures aux élections législatives.

La méthode est la suivante :

Construire l’équipe en respectant la représentativité

Réaliser un scrutin au jugement majoritaire sur l’ensemble des noms plébiscités issus de la primaire populaire et des candidats déclarés. Peut-être y ajouter des candidatures de « bloc », Bloc France Insoumise, Bloc Socialiste, Bloc écologiste permettant de garantir la répartition du choix du parti (primaire écologiste) au sein de l’équipe. Ainsi, le Bloc écologiste pourrait récolter un meilleur résultat que le vote Jadot seul et respecter d’avantage la diversité au sein de cette sensibilité.

Le jugement majoritaire prévu par la primaire populaire désignerait la meilleure mention majoritaire. Ainsi, un candidat récoltant 55% de mentions « Bien » peut être désigné, décevant ainsi 45% des participants au vote.

Il est davantage intéressant de se focaliser sur les mentions Excellent et très bien. En utilisant le vote à jugement majoritaire proportionnel pour constituer une équipe, il est possible de se contraindre à une représentation de 80% d’Excellent, 15% de Très bien et 5% de Bien. Ce qui forcément créé un plus grand sentiment de respect de chacun.  

Le message est clair, le rassemblement ne peut se faire sans les citoyens, mais ne se fait pas non plus sans les partis minoritaires. Et encore moins sans les partis majoritaires.

On peut se passer de l’acceptation des candidats

Une fois l’équipe conceptualisée, il faut proposer aux membres qui n’auraient pas encore accepté de la rejoindre. Pour ceux n’acceptant pas, un processus de démocratie liquide inversée est envisageable (c’est-à-dire que les personnes ayant plébiscitée cette personne, les membres de son parti/groupe, où l’ensemble des votants, pourra voter à la place de cette personne) en attendant son acceptation, qui ne saurait tarder en cas de victoire à la présidentielle.

Le candidat unique à la présidentielle

Trouver le candidat idéal n’est pas chose facile, mais le choisir au sein de l’équipe risque de créer un déséquilibre et pourrait menacer la garantie du respecter des choix de l’équipe plus tard, en particulier si la personne a accès à un parti politique qui pourrait décider de faire cavalier seul aux législatives. C’est pourquoi, pour que le rassemblement soit respecté, il est préférable de choisir une personne neutre, ayant de la notoriété, mais dont les combats pour l’écologie, le social et la démocratie sont évidents.

La priorité numéro un pour l’équipe constituée, c’est de déterminer cette personne et de la motiver à être le visage du rassemblement.

L’unanimité est nécessaire mais un vote à 80% est acceptable dès l’instant où le candidat désigné s’exprime en faveur du respect des décisions du groupe. Dans le cas d’impossibilité à l’extérieur du groupe, il serait tenté une candidature à l’intérieur du groupe à l’unanimité.  Si toujours impossible, il serait demandé une dernière fois aux membres du groupe, excepté celui étant arrivé en tête, de désigner à l’unanimité une personne à l’extérieur du groupe ou le premier du groupe. Si aucun consensus n’est trouvé, c’est le membre du groupe étant arrivé en tête qui serait le candidat du rassemblement.  Autant dire que si cette dernière solution est retenue, le rassemblement est menacé d’explosion. Une solution alternative mais peu profitable, serai dans le cas d’un rassemblement impossible, réunir le plus grand groupe représentatif possible autour d’une candidature unique excluant ceux refusant le processus.

Se montrer confiant avec l’outil de rassemblement proposé : Ne pas imposer le retrait de candidature individuelle au préalable

Une condition de candidature à la primaire populaire est d’accepter de retirer sa candidature individuelle à la présidentielle en cas de défaite. Cette condition est un barrage au rassemblement car elle ne saura rassurer un parti sur une participation dont l’issue est incertaine. Il faut, pour les convaincre, leur montrer le tableau final de ce rassemblement et retirer cette condition. Et si nous sommes certains que le processus est juste et respectueux, alors nous ne devrions pas craindre l’avis final des participants. Il est indéniable qu’une victoire de rassemblement fourni une dynamique plus forte au législatives, et donc probablement un pouvoir plus fort au parlement.

Il est donc contre-productif d’obliger les candidats à soutenir un candidat unique au préalable. Ce soutien pourra cependant être acté au moment du contrat de répartition législatif qui actera définitivement l’accord mutuel des participants.

La répartition des circonscriptions

Pour les mouvements de gauche, il s’agit du cœur de la stratégie d’une candidature individuelle : obtenir une tribune à l’élection présidentielle pour en faire bénéficier les candidats du parti aux législatives. Ainsi, il y a trois points importants que l’accord de rassemblement doit prendre en compte :

  • Garantir une tribune d’expression à chacun pour la présidentielle.
  • Garantir une répartition équitable des circonscriptions permettant idéalement à chacun d’obtenir un nombre de circonscriptions à gauche au moins équivalent à celui en cas de victoire de la droite et de candidatures individuelles.
  • Le financement des différents partis

Pour la tribune d’expression, rien de plus simple puisque le groupement peut le garantir sur le site internet, dans les clips de campagnes… Il n’y a pas beaucoup d’inconnu, sauf peut être la pression des médias pour refuser certaines personnes en interview.

Pour la répartition des circonscriptions, il faut une méthode qui soit juste ET équitable. Il ne faut pas par exemple que les membres de l’équipe/conseil ayant le score le plus faible ne récolte que les miettes ou des circonscriptions ingagnables.

C’est pourquoi, les 577 circonscriptions, à la lumière des résultats des dernières élections (5 dernières années), seront classées en 3 groupes :

  • Facilement gagnables (déjà à gauche ou somme des scores de la gauche au premier tour >=50%)
  • Probablement gagnables (somme des forces de gauche au premier tour >=30% <50%)
  • Difficilement gagnables (somme des forces de gauches <30%)

Pour chacun des 3 groupes, il faut répartir équitablement les circonscriptions.

Il apparait évident que le premier groupe est celui qui intéresse le plus les partis politiques de gauche et doit faire l’objet d’une attention particulière. Le second groupe est celui qui offre le plus fort potentiel de gain lié à une dynamique positive de rassemblement. Enfin, le 3ème groupe est difficilement gagnable, il faut peut-être y miser sur la nouveauté.

Normalement, dans chacun des 3 groupes, les circonscriptions devraient être réparties équitablement selon la représentativité. C’est-à-dire que si La France Insoumises récolte 20%, elle devrait obtenir 20% des circonscriptions du premier groupe, 20% du second groupe et 20% du troisième. Cependant, la primaire populaire, si elle désigne une équipe, fera probablement émerger un bloc citoyen/société civile. Pour autant, il faut acter l’importance des partis dans la dynamique. C’est pourquoi je crois, à titre personnel, que nous pourrions minorer la part citoyenne/société civile de 75% dans la première partie en faveur des partis, et de récupérer le delta équitablement sur les parties 2 et 3. C’est notre main tendue aux partis traditionnels. Mais si ceux ci sont assez honnête pour ne pas nous obliger à appliquer cette règle, tant mieux. Nous devons nous entraider mais aussi montrer l'exemple.

Un petit parti comme le NPA par exemple, en faisant acte de rassemblement, peut permettre de majorer le score de 1% à la présidentielle. Pour autant, il est probable qu’ils ne puissent gagner aucune circonscription en partant individuellement. Garantir un siège gagnable à une petite formation est donc un avantage pour eux. Afin d’être équitable, je propose une mesure « priorité aux petits » qui permet aux partis de force minimale du rassemblement de poser une option prioritaire sur la circonscription où le parti à obtenu son meilleur score lors d’une élection des 5 dernières années (et dont le bon score s’est relativement confirmée aux autres élections de cette période). Par exemple si le NPA a obtenu 4% dans une circonscription alors qu’il a récolté moins de 2% dans les autres, il peut poser une option sur cette circonscription. Cette option n’est possible que sur une circonscription dans le premier ou le second groupe.

Une fois cette priorité « utilisé », on considère les plus grosses représentations de l’équipe cumulant entre elles plus de 60% des voix. On répartit alors 50% des circonscriptions en priorité à ces représentations.  Elles sont réservées une par une et par ordre décroissant de pouvoir de représentation des forces en présence. Par exemple si, dans l’ordre de représentativité décroissant, Mélenchon (35%), Hidalgo (20%) et Jadot (15%) représente 70% des voix, ils vont se répartir les premiers 50% des circonscriptions de chaque groupe. Jean Luc Mélenchon choisira en premier une circonscription, puis Anne Hidalgo une, puis Jadot Une, puis on repart avec JL Mélenchon… Une fois les 50% attribuées (plus les options des petits), on repart avec l’ensemble des candidats dont il reste des circonscriptions à attribuer (dans notre cas il restera 20% des circonscriptions à attribuer à Mélenchon, Hidalgo et Jadot et les autres). L’arrondi se fait en faveur des représentations les plus importantes (sauf dans le cas <1 qui doit garantir un nombre minimal d’une circonscription).

Garantir le financement de tous les membres du rassemblement

Par contre, rappelons que le financement des partis, qui est bien un des objectifs principaux de chacun, n’est accessible qu’à la condition d’obtenir au moins 1% sur un ensemble de 50 circonscriptions au premier tour des législatives. C’est pour cette raison qu’aux législatives, si l’on réduisait le nombre de candidatures, nous réduirions de même la possibilité à ces petits partis, qui sont dans la capacité d’avoir 1% dans 50 circonscriptions, d’accéder au financement.

Pour répondre à cette problématique, il existe certainement plusieurs solutions. En voici certaine :

  • Passer par un accord de regroupement économique, où toutes les candidatures sont liées à un parti unique X qui redistribue ensuite son financement équitablement aux différentes forces du rassemblement.
  • En cas de victoire présidentielle et législatives, modifier la méthode de financement des partis comme suggéré par le socle commun et de nombreuses associations type Démocratie Ouverte (bons de financement accordés par chaque citoyens…)
  • Enfin, conserver des candidatures multiples des partis minoritaires sans présence des partis de gauche majoritaire dans les circonscriptions difficilement gagnables mais pouvant permettre de récolter 1% aux petits partis.

Les personnalités candidates dans les circonscriptions

La primaire populaire peut proposer un processus de désignation pour chaque circonscription mais chaque représentation ayant « réservé » la circonscription est libre d’opter ou non pour cette méthode. Elle peut faire une désignation interne au parti ou une désignation individuelle par la représentation du membre de l’équipe.

Par contre, certaines restrictions doivent s’appliquer ! En particulier refuser la candidature d’un ou d’une député/sénateur ayant voté :

  • Pour la loi travail
  • Pour l’augmentation du salaire des parlementaires
  • Contre l’interdiction des pesticides
  • Et d’autres mesures en contradictions avec les valeurs du rassemblement …

Le programme présidentiel

Seul un pack de mesures recueillant idéalement 100% de consentement de l’équipe devrait constituer le programme présidentiel. Les points recueillants entre 80% et 100% peuvent faire l’objet de compromis s’ils ne sont pas déterminants à condition d’accepter une proposition faite par les membres contre en échange et recueillant au moins 70% d’approbation. Les points de programme recueillant plus de 50% mais moins de 80% devront être départagés par référendum ou par un processus de vote citoyen parmi les participants à la primaire populaire, avec une approbation minimale de 80%. Dans tous les cas, une tribune devra être offerte à ces questions pendant le mandat.

Le gouvernement

Le mode de désignation est une proposition. Il y a de multiple façon de le faire. L’idée n’est pas que chaque membre ait un nombre de ministère proportionnel à son pouvoir de vote, mais que sa voix ait été entendu au moins de manière respectée. Il ne faut pas oublier que chaque ministre a des conseillers.

L’équipe commencera par attribuer l’ordre de priorité des ministères. Puis pour chaque ministère, des propositions de personnes seront faites par les membres de l’équipe et les citoyens. L’équipe votera au jugement majoritaire pondéré par son pouvoir de représentativité. Le gagnant/l’équipe serait désigné comme ministre/conseillers au jugement majoritaire proportionnel. Ceux n’ayant pas été entendu dans le groupe (ayant attribué une mention inférieure à « Bien » au ministre désigné) verraient leur prochain vote majoré par le poids de leur représentation. Par exemple si le groupe vaut 4%, et n’a pas plébiscité le dernier ministre choisi, son poids de vote passe à 8% (la répartition est ensuite recalculée pour rester sur 100%). Ainsi, même une petite liste arriverait probablement à peser pour faire désigner un candidat sur un ministère.

Le tableau final

Au terme de ce processus, une équipe sera constituée, le règles seront claires et les conditions de la victoire réunies. A ce moment, les membres pourraient refuser de participer au rassemblement, mais si nous avons confiance dans la méthode, nous pouvons être convaincu qu’elles seront honnêtement motivées pour défendre ce projet ! Mais bien sûr, rien n’est garanti. Reste que l’espoir doit nous pousser à entreprendre ce rassemblement en respectant chacun !

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