Des élections régionales transformées en dynamique pour la présidentielle

Nous voilà en pleine campagne électorale. Il y a rarement eu autant de décalage entre le sujet théorique d’une élection et l’objectif affiché. Le sujet, c’est évidemment choisir les têtes dirigeantes de nos régions et départements. Mais voilà, l’élection « reine » de la présidentielle étant déjà dans toutes les têtes, les personnalités et les égos sont déjà sur le départ...

Des élections régionales transformées en dynamique pour la présidentielle.

Nous voilà en pleine campagne électorale. Je ne sais pas vous, mais je crois avoir rarement ressenti autant de décalage entre le sujet théorique d’une élection et l’objectif affiché. Mais c’est peut-être la mémoire. Le sujet, c’est évidemment choisir les têtes dirigeantes de nos régions et départements. Deux niveaux de décision qui ont souvent été remis en cause tant leur dimension semble être intimement liée. Pour leur donner un sens il semble avoir été décidé de « répartir » et « dissocier » leurs compétences même si certaines reste assez communes comme le tourisme. Quoiqu’il en soit, dans notre république représentative, le peuple a la lourde tâche d’élire les décideurs pour les 6 années à venir. Une fois élu, le peuple pourra alors se contenter d’observer impuissant leur action.

Mais voilà, l’élection « reine » de la présidentielle étant déjà dans toutes les têtes, les personnalités et les égos sont déjà sur le départ, voir ont carrément déjà commencer à courir. Dernière élection majeure avant le scrutin, les élections régionales ont été « désignés » par les médias comme une round d’échauffement pour la présidentielle. Il est clairement affiché qu’on ne mesure plus la capacité de certains candidats à s’occuper d’une région, mais bien leur capacité à engranger des voix citoyennes en prévision de la présidentielle.  C’est un peu le problème de certains référendums où les médias présente le résultat comme un vote de soutiens au parti en place (Brexit, L’Europe en 2005…)

Et puisque les médias et les partis politiques ont fait de ces régionales un round d’échauffement, ils en ont aussi écrit le scénario, bien aidé sur ce coup par les acteurs de ce grand théâtre.

D’un côté nous avons le Challenger principal « modéré », le concurrent du pouvoir en place, incarné par Xavier Bertrand dans les Hauts de France et par Valérie Pécresse en Île de France. Ces deux personnes semblent avoir fait preuve d’un travail de qualité en tant que représentant mais sont beaucoup critiqué sur leur choix « politique ». Etrangement, les autres têtes de liste semblent oublier que les décisions sont le fait du conseil régional, groupe élu de plusieurs personnes par le peuple et dont le système ne semble pas être remis en cause par les opposants. Le président semble être seul responsable du bilan, on peut se demander pourquoi on élit un conseil… Autre fait étrange, LCI et les médias concentre leur attention sur les régions présidées par les Républicains. On expliquera cela certainement pas le fait que ce sont les 3 plus grandes régions de France. Eh bien non, ce n’est même pas le cas.

D’un autre côté, nous avons l’ennemi de tous, qui fait course seul depuis des années, mais qui n’a eu de cesse d’être aidé par l’incompétence des autres : le Rassemblement National. Lorsque ce n’est pas tous contre le président de région sortant, c’est tous contre le Rassemblement National et sinon, c’est surtout chacun pour soi. Le rassemblement national, c’est 30% des votants. Un score difficile à ignorer amis qui ne conditionne pas la représentativité finale suite au « front républicain ». Une partie de la croissance du score du RN provient du rejet du système et du vote sanction. Les élus ne semblent pas entendre le message et la première manifestation de cela est la langue de bois de chacun à la question « que ferez-vous si vous n’êtes pas au second tour ? ». Je crois que les candidats ne se rendent pas compte du désespoir causé par leur « non » réponse. Le Rassemblement National lui est bien sûr privé de cette question. 

 

Encore un peu à côté, en île de France, nous avons les candidatures de la « Gauche » plurielle, dont l’objectif est de faire le pari d’un jeu de bras de fer où le premier arrivé devrait s’imposer comme le candidat du rassemblement, logique fort bancale quand on connait le mode de scrutin et l’impossibilité d’avoir une lecture claire. Sur 3 listes à 11, 9 et 8%, qui dit que la liste de 9 et 8 n’ont pas plus de points commun ensemble que celle de 11. Chacun pour sa gueule, voulant faire gagner sa clientèle. L’écologie est fondamentale et la protection sociale doit être forte dans la crise économique en place. Ces enjeux justifient tout de même les unions que l’on trouve sur d’autres régions. On peut féliciter Karima Deli et d’autres d’avoir su faire ces alliances. On peut tout de même critiquer le mode de scrutin qui ne permet pas une offre diversifiée sans prendre le risque de perdre. Un grand Sujet.

Nous avons ensuite les « petits partis » classiques, petits par leur ancien score. De bout la France, Lutte Ouvrière… qui ont un discours différent, mais restant ancré dans des dogmes anciens que sont le souverainisme ou le trotskisme. Ils servent de justification que la démocratie existe et que les petits peuvent être présent.

Enfin, nous avons les partis probablement les plus intéressants. Ce sont les idées nouvelles, souvent nées de l’opposition avec le système. C’est le cas par exemple de la liste France Démocratie Directe ou Encore Ile de France, Ile d’Europe dans la région île de France. La première défend la Démocratie Directe, qui est un vrai sujet, la second met le sujet d’une vision fédérale de l’Europe sur la table.  Un débat, ou plutôt un apéro, a été réalisé avec des représentants de ces 2 listes visible ici

Apéro sur la démocratie avec Fabiola de Volt Île-de-France et Luca de France Démocratie Directe

Le cas de l’île de France peut être assez représentatif. Chaque victoire potentielle permet d’en tirer des conclusions :

  • Si Valérie Pécresse ou la gauche gagne, cela montre l’accord des citoyens pour le système classique.
  • Une victoire de La République en marche adouberait les choix nationaux d’Emmanuel Macron.
  • Une victoire du rassemblement national afficherait un repli nationaliste de la population d’île de France ce qui serait probablement annonciateur d’une victoire du RN en 2022.
  • Une victoire d’une petite liste Citoyenne acterait définitivement le rejet des partis historiques.

Même si l’on voit l’enchainement des rapports contestataires (Les indignés, Nuit Debout, les Gilets Jaunes) et l’abstention record, il semble que les lignes ne bougent pas mais se radicalisent plutôt. Chacun étant un peu plus confiant dans son propre choix, le mécontentement étant la vraie « balance » du système. Il est clair que les victoires des partis classiques ne changeront pas la donne. Une victoire du RN serait une mauvaise façon de changer la donne. Reste à mon sens les petits partis, avec lesquels on ne prend pas de risque et qui peuvent changer les lignes. Malheureusement les citoyens ne sont pas encore assez « alertés », en particulier par les médias médisants avec ces petits candidats, pour se mobiliser pour eux.

 

 

 

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