Pourquoi la présidentielle 2017 est déjà un échec

A quelques pour-cents près, ce 23 avril les résultats du premier tour afficheront 20% pour Mélenchon, 20% pour Macron, 20% pour Fillon et 20% pour Le Pen. Mais pensez-vous réellement que les 20% qui votent Mélenchon seront heureux avec les 3 autres ? Où n'importe quel électeur d'un des 4 sera heureux avec l'un des 3 autres ?

Ils sont probablement très peu à s'enthousiasmer d'un autre candidat 'majoritaire'. Donc au second tour, a peu près 25% des Français seront satisfaits... les autres non. La faute d'une part à l'incapacité des candidats à rassembler réellement à cause d'un positionnement très précis sur différentes questions, d'autre part au mode de scrutin. Le scrutin majoritaire à deux tours oblige à séduire, pour cette élection, de manière très convaincante (et donc radicale) un cinquième environ de l'électorat français. Les radicalité oppose ainsi les Français, de manière d'autant plus forte au second tour. En effet, au premier tour, les sensibilités proches provoquent un éparpillement des voix. Ainsi, les nuances d'une même radicalité amène, au pire, à la défaite de cette radicalité (au premier tour de la présidentielle de 2002 par exemple) ou au mieux à celui qui a séduit le mieux les électeurs sensibles à cette radicalité. Au second tour, dans un système ancré dans le bipartisme, tout du moins l'opposition droite-gauche, il était fortement probable que le deuxième tour oppose ces deux radicalités. Sauf que désormais une troisième voie trouve une adhésion suffisante. C'est le cas du « rejet du système ». Cette 3ème voie est représentée par de nombreux candidats, qui en vérité s'affirment comme « anti-système » même s'il s'agit en quasi totalité d'un message marketing plus que d'une réalité. Mais leurs électeurs sont sensibles a ce message et donc s'expriment dans ce sens. On y trouve Marine Le Pen, Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon, François Asselineau, Jacques Cheminade, Philippe Poutou, Nathalie Arthaud et Jean Lassalle. Soit la majorité des candidats qui n'appartiennent pas aux deux partis historiques (je considère Nicolas Dupont Aignan comme une nuance des Républicains, et à mon sens une solution beaucoup plus viable que François Fillon pour les électeurs de droite...). Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon sont des cas à part car ils sont, d'une manière ou d'une autre, en vérité très proche du Parti socialiste. Mais dans leur discours ils défendent l'idée de rupture. Évidemment, puisque les politiciens du passé ont déçus les Français et que leurs adversaires principaux en sont les héritiers, la « rupture » est le concept le plus évident pour séduire l'électorat actuel et ils l'utilisent à outrance.

Parmi ces candidats de rupture nous pouvons retirer Emmanuel Macron qui ne rompt réellement que par sa jeunesse (alors qu'il fait à 200% parti du système, soutenu par les financiers et une bonne partie du PS) et qui bénéficie énormément de la dynamique de la « nouveauté 2017 ». Les deux principaux restants sont Jean Luc Mélenchon et Marine Le Pen. Cependant, la sensibilité de la rupture incarnée par l'un, est, dans les discours, complètement à l'opposé de celle incarnée par l'autre. Par contre, grâce à une défiance à un niveau jamais atteint, confirmée par le Brexit et l'élection de Trump aux États Unis, les deux sont capables de se qualifier. Et probablement, comme Emmanuel Macron et François Fillon, seuls 25% des Français seraient satisfaits de l'un ou de l'autre ! Mais attention, la défiance est énorme !!! Je crois qu'aucun média ni politicien n'a une idée précise de l'immense frustration des Français.

Le caractère uninominal du vote masque d'ailleurs complètement l'aspiration des Français en terme de politique voulue. Pour éviter un non choix au second tour, nombreux sont ceux qui s'impose à suivre un vote dit « utile » mais non représentatif tandis que d'autres veulent punir les politiciens en votant pour un candidat qui ne leur ressemble pas, le vote de refus (vote blanc) n'étant pas pris en compte. Résultat, une compréhension médiocre de l'électorat et une satisfaction des Français proche du néant.

Ainsi, le peuple Français a déjà perdu l'élection présidentielle. Sur un sursaut d'intelligence et de courage, il pourrait renverser ce système... lors des législatives. Nous pouvons en effet, si nous sommes suffisamment de Français motivés, être candidats aux élections législatives et décider de changer les règles de la présidentielle, avant de réorganiser une nouvelle élection plutôt qu'attendre 5 ans. C'est l'objectif avoué de Jean Luc Mélenchon. Très bien s'il est élu et respecte sa parole. Mais cela fait deux « Si » de trop.

Assurons-nous de ne pas perdre 5 ans où seuls 25% des Français seront satisfaits. Imposons-nous aux législatives pour changer le mode de scrutin et donner la possibilité d'un vrai vote de refus. Si vraiment nous voulons en finir avec la frustration électorale.

 

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