Définir la meilleure stratégie pour un rassemblement écologiste et de gauche en 2022

Les initiatives pour proposer une candidature commune à gauche en 2022 se multiplient. L’une d’elles, la primairepopulaire.fr propose une dimension « citoyenne » qui primerait sur les choix internes des partis. Mais cette initiative semble pour le moins biaisée, avec un programme déjà « écrit » et dont l’innovation démocratique se restreint au mode de scrutin. Comment innover davantage ?

La Primaire Populaire, un processus qui manque de démocratie La Primaire Populaire, un processus qui manque de démocratie

Les initiatives pour tenter de proposer une candidature commune à gauche à la présidentielle se multiplient et certains veulent faire des élections régionales actuelles un argument de rassemblement. L’une de ces initiatives, peut-être la plus médiatisée, est la primairepopulaire.fr. Elle y ajoute une dimension « citoyenne » qui primerait sur les choix internes des partis, méthode que les citoyens semblent rejeter. Mais cette initiative semble pour le moins biaisée, avec un programme déjà « écrit » voir « imposé » et dont l’innovation démocratique se restreint finalement au mode de scrutin. J’essaye de mettre en lumière ici une autre façon de faire. Surtout, je cherche à inviter les organisateurs à ne pas se servir des citoyens pour simplement « appuyer » leur démarche individuelle dont ils ont eux même posés les bases, mais bien de commencer à faire contribuer les citoyens au choix de la stratégie de rassemblement tout en leur garantissant un contrôle continu qui va au-delà d’une simple désignation de candidat.

Commençons par dresser un bilan historique.

L’union de la gauche est un concept qui a déjà existé et existe encore (cas de Karima Deli dans les Hauts de France aux régionales). Certains électeurs y ont vu par le passé un échec ou plutôt une trahison au vu de la politique menée par ces rassemblements. La plupart du temps, ce rassemblement a été dessiné de manière interne aux partis, dans la plus grande opacité. Malgré cela il s’agit de la meilleure stratégie pour faire gagner les idées de gauche vu le risque de défaite suite à l’éparpillement des voix du fait du mode de scrutin (cf. présidentielle 2002).

Le principe d’une primaire à gauche a déjà été implémenté : par le parti socialiste, par EELV. A chaque fois c’était déchirure, rupture, désunion après les résultats. En effet, de par le mode de scrutin le vainqueur correspond souvent à l’approbation d’une minorité d’électeurs et le second tour à tendance à opposer les extrêmes d’une même vision plutôt qu’à rassembler. Ainsi, une partie des votants est frustrée par le choix du candidat gagnant, et ceci est d’autant plus vrai lorsque le vainqueur désigné est associé à un programme différent qui exacerbe le rejet.

Le principe d’une primaire citoyenne au jugement majoritaire a déjà eu lieu, c’était en 2022 la primaire.org. De la même façon une candidate, Charlotte Marchandise, en a émergé mais n’a pas réussi à obtenir les 500 parrainages. De plus la motivation en amont de la primaire a également connu une décroissance post élection suite à la victoire d’une candidate plutôt que d’autres qui avaient motivés individuellement leur réseau à participer. On peut en tirer la conclusion que l’effacement des choix nuit à l’engagement des votants. Cependant, sur laprimaire.org, chaque candidat avait son programme et les différences entre deux pouvaient être radicales. Cela peut expliquer une plus grande facilité à réunir 100 000 votants mais finalement avec des sensibilités politique complètement différentes.

Le principe d’un candidat de gauche à la présidentielle issu d’une primaire a déjà été expérimenté. Cela a donné lieu à l’élection de François Hollande élu président probablement suite au rejet de Nicolas Sarkozy par les « centristes ». Je crois ne pas me tromper en disant que ce président n’a pas répondu aux attentes de son propre électorat. En plus d’avoir infligé 5 années médiocres (je citerais le CICE et la Loi Travail), n’ayant de plus en rien fait progresser la démocratie et l’écologie, c’est également François Hollande qui a offert la victoire à Macron sur un plateau, avec l’aide involontaire de François Fillon.

Donc nous avons un historique qui peut servir de base à la réflexion.

Aujourd’hui, la primairepopulaire.fr tente de rassembler la gauche sur ces principes passées. Leur concept, c’est le rassemblement via la technique du jugement majoritaire. Cette « innovation », c’est un pas en avant, déjà initié en 2022 par laprimaire.org qui permettait déjà de proposer des personnalités. Mais avouons-le, aujourd’hui, les citoyens sont libres d’aller plus loin que les politiques et les initiatives précédentes. Ils ont les moyens de s’assurer qu’on ne les prenne pas pour des idiots, ni aujourd’hui, ni après l’élection.  Êtres les acteurs de la désignation d’un candidat, c’est un principe de la République. Je pense que les citoyens ont droit à mieux, nous devons leur offrir la possibilité d’être acteur de la démocratie.

Comment dessiner une meilleure candidature de rassemblement ? En repensant ce qu’ils condamnent eux-mêmes : le système présidentiel et le système représentatif en général.

Je vais proposer ci-dessous une stratégie alternative à celle de la primairepopulaire.fr mais ce n’est qu’une proposition. Idéalement il s’agirait de commencer par une primaire citoyenne de la stratégie à suivre, avant même de leur imposer une en particulier. Ceci permet de les éclairer sur l’ensemble des possibles en plus de ne pas en faire simplement des faire valoir d’une décision prise en petit comité.  La participation citoyenne ne doit pas commencer « quand cela arrange les organisateurs » dans le processus mais bien le plus tôt possible.

Je précise avant d’expliquer ma stratégie deux choses :

  • Un fondement de la République et de la Démocratie est la séparation des pouvoirs, en particulier législatifs et exécutifs. Aujourd’hui cette séparation a été complétement bafouée par le rôle occupé par le président et le gouvernement (49.3 et pression des instances supérieures des partis sur les députés) et par la volonté de faire se suivre immédiatement élections présidentielles et législatives. Pour respecter cette séparation, on ne doit pas associer un programme de mesures législatives à l’élection d’un président.
  • Ensuite, comme évoqué précédemment, la primairepopulaire.fr invite à plus de démocratie mais leur programme a été « écrit » avant même de récolter des soutiens. Du coup il ne s’agit pas de participer à l’élaboration du programme mais finalement de donner du crédit à l’initiative pour les aider à faire pression sur les partis et choisir uniquement le visage de l’alliance portant le projet puis ensuite se plier au résultat, qui fera forcément des insatisfaits (oui, le scrutin à jugement majoritaire crée également des insatisfaits). La démocratie est finalement relativement absente du processus.

Voici en plusieurs points ma proposition sur comment faire de la primairepopulaire.fr une vraie stratégie de différenciation avec le passé :

  1. Déjà en supprimant les propositions de rupture 1, 2 ,3 ,4 ,6, 7, 8 qui sont du domaine législatif. Reste les propositions 5 (budget et investissement) ,9 (organiser une convention sur la démocratie) et à la limite 10 (Faire discuter une grande loi cohésion nationale) qui peuvent relever de l’exécutif. Mais de manière générale, laisser les participants de la primaire définir les points du « programme » davantage que leur imposer (ce que font les partis traditionnels). Des points relevant de l’exécutif peuvent être ajoutés, et les propositions de rupture législatives peuvent très bien intégrer un socle programmatique commun dans le cadre de candidatures aux élections législatives. Ces choix de programme devraient être réalisé ultérieurement dans le processus (cf. point 6).

  2. En organisant une primaire non pas pour déterminer le candidat unique, mais un « conseil présidentiel ». Une leçon de la révolution française et de la première constitution est « qu’aucun individu unique ne peut représenter la diversité du peuple français ». En outre, notre propre république montre bien que le fait de ne pas se sentir représenté frustre les électeurs. Ne faisons pas les mêmes erreurs si nous commençons à vouloir reprendre le pouvoir. Un gagnant unique de la primaire pousserait les insatisfaits à tourner le dos à l’initiative. Le concept de scrutin a jugement majoritaire est une bonne idée. Nous savons qu’il donne une meilleure lisibilité du choix des électeurs. Nous pouvons ainsi l’utiliser tel que présenté dans le point suivant. L’objectif est de choisir les personnes de ce conseil sur leur sagesse.

  3. En Organisant un scrutin à jugement majoritaire où plusieurs candidats sont choisis. Le premier est le gagnant naturel. Puis, nous déterminons les candidats ayant la même mention majoritaire maximum parmi les « votants » ayant accordé une mention inférieure au candidat retenu. Nous obtenons par exemple 3 candidats avec la mention Bien. Nous reprenons les résultats du scrutin majoritaire tous votants confondus mais en ne conservant que ces 3 candidats et le gagnant est également retenu. Nous continuons ensuite avec les votants ayant donné des mentions inférieures aux 2 premiers et de la même manière nous cherchons le gagnant parmi ces votants, avant de réintégrer les autres votants pour départager les meilleurs candidats de même résultat médian…. Au fur et à mesure, chaque groupe de citoyen obtient un candidat proche de ses convictions. (Nous pourrions ignorer les 5% finaux pour éviter des candidats n’ayant été voté que par une seule personne, souvent des aberrations).
    Une fois formé la liste des N candidats composant le « conseil » il s’agit de pondérer leur voix. Pour ce faire on reprend à nouveau les votes. Chaque bulletin de votant compte pour 1, Les N candidats du conseil les mieux placés (même mention majoritaire) sur un même bulletin obtiennent chacun 1/N points. On additionne ainsi les points de chaque vote, puis on obtient au final les points de chaque membre qui va définir leur pondération en termes de pouvoir de représentation au sein du conseil. Ainsi, cette méthode, en plus de permettre la représentation de chacun, permet à tous d’être représenté équitablement et parfaitement. Il n’y a pas de « perdant », simplement des représentants.

  4. Le concept du « conseil présidentiel » n’existant pas dans notre république, il faut bel et bien un(e) unique candidat(e) à l’élection. Et c’est là que la sagesse doit faire la différence et que l’égo doit être mis de côté. Nous devons choisir un(e) candidat(e) de moins de 35 ans, sur un critère d’éloquence, de sincérité et d’honnêteté. Pourquoi moins de 35 ans ? Car il faut envoyer un message d’espoir et de confiance à la jeunesse et accepter le fait que l’énergie et l’avenir est dans la jeunesse. C’est également une façon de s’assurer que nous n’aurons pas un politicien « classique » déjà beaucoup trop « imprégné par ses idées » et qui ne respecterait pas l’idée des plus expérimentés. Ainsi, il s’agit de refaire une seconde élection au jugement majoritaire basée sur des critères différents : Le conseil présidentiel représente les idées des citoyens, le/la candidat(e) représente leur image. Autre particularité, je suggère encore une fois de « valoriser les jeunes » en pondérant leur vote. Je propose que leur vote représente 50% de la notation finale. Le vote du « conseil présidentiel » représenterait 25% et leur conclusion sera connu avant le vote des citoyens afin de les éclairer. Puis les citoyens votent mais dans 2 groupes différents : Les moins de 30 ans et les plus de 30 ans. Les plus de 30 ans verront leur vote représenter 25% de la note finale, et les jeunes 50%. Je précise que sur ces proportions, il n’y a rien de définitif, mais que le vote des jeunes doit rester supérieur aux 2 autres groupes (on peut imaginer 40% 30% et 30%, répartition à décider avec un scrutin à jugement majoritaire). Le ou la gagnante sera le ou la candidate officielle de la candidature commune. Elle doit s’engager à respecter le point 5 suivant. De plus, simple idée, si plusieurs candidats ont des scores « proches » du vainqueur, je propose de faire, par mesure de parité, du second, de sexe différent du gagnant, le ou la futur(e) porte-parole du gouvernement en cas de victoire.

  5. Le processus ne s’arrête pas à l’élection d’un(e) candidat(e) qui à l’exemple de François Hollande, serait libéré de ses obligations une fois élu(e). Pour garder un respect citoyen et faire la politique d’une autre façon le candidat doit s’engager, une fois président(e), à respecter les « directives » qui seront « votés » par les citoyens ayant participer au processus (voir les citoyens français dans leur ensemble) par un processus de « démocratie liquide », le dernier échelon de cette démocratie liquide étant le « conseil présidentiel ». Ce mode de délibération pourra par exemple permettre de désigner les ministres, mettre en place un référendum… le périmètre reste à préciser mais doit rester dans le champ « exécutif ». En particulier, cette démocratie liquide doit être respectée et expérimentée pendant la campagne.

  6. Une fois le candidat ou la candidate désigné(e) et le conseil présidentiel constitué, nous pouvons passer au programme. Comme déjà évoqué, il ne doit se consacrer qu’à la dimension « exécutive ». Le programme peut comporter l’organisation de structures de réflexion, telles que des conventions citoyennes, mais en aucun cas imposer des décisions législatives. Il peut par contre proposer de soumettre les conclusions d’une convention au parlement ou par référendum. À ce stade, la primairepopulaire.fr propose que « Les points de divergences dépassables seront débattus pendant la campagne au mois d’octobre. Les points de divergences indépassables seront tranchés par le vote désignant le candidat ou la candidate du bloc des justices. ». Je propose au contraire que les points « indépassables » ne soient en aucun cas intégré au programme présidentiel mais fasse l’objet de « candidatures » distinctes lors des législatives car chaque proposition qui ne ferait pas l’unanimité risque de desservir la candidature commune.
    En mettant en pratique la démocratie liquide (sur X votants à la primaire, si seulement Y votent les propositions, alors le vote du conseil présidentiel représente X-Y votants), nous déterminerons les points du programme recevant au moins 95% de mentions « acceptable », c’est-à-dire « Assez bien » ou supérieure et ceci de manière commune. En cas de victoire, dans le fonctionnement continu de la mandature présidentielle, les questions se rapporteront à un sujet particulier et le seuil d’acceptation du résultat de la démocratie liquide pourra être redescendu à 75% ou 80% (à discuter/voter)

Alors, en suivant ce genre de stratégie, nous aurons réussi à faire une politique d’une autre façon. En donnant davantage leur place aux jeunes, en faisant respecter une forme de représentativité juste, ou personne ne se sent lésé après les résultats, en ayant fait preuve d’innovation dans le système même. C’est en montrant une forme d’organisation différente que nous pourront montrer notre capacité à faire de la politique différemment. En outre, il est clair que le « duel » de 2022 sera davantage LR vs RN, que LREM vs RN si la gauche ne s’accorde pas. La gauche traditionnelle a besoin des citoyens pour faire gagner ses idées, ou, à minima, pour exister. De leur côté, les citoyens ont besoin de la « machine » bien huilé des militants des partis traditionnels et de leur expérience pour assoir leur légitimité et gagner la confiance des électeurs plus « traditionnels ».

Il ne peut y avoir de victoire sans respect des 2 camps, et les partis classiques ne peuvent prévaloir car c’est ce qu’ils ont déjà fait lors des nombreuses élections précédentes. Cette fois ci, il leur faudra apprendre à se mettre en retrait pour commencer un contrat de confiance sur de nouvelles bases, s’ils ne veulent pas tout simplement disparaître.

Puisque la primairepopulaire.fr estime légitime de faire pression sur les partis en fonction du nombre de citoyens ayant signé l’appel, je vous invite à votre tour à signer une pétition les invitant à revoir leur processus afin d’innover davantage et de prendre en considération le choix citoyen en amont.

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