Covid, d'autres stratégies sont possibles

Il probablement de multiple façon de gérer la pandémie. Une chose est sûre, le confinement pur est dur est une solution extrême qui résulte de l'échec de la stratégie précédente. Voici l'énoncé dans les grandes lignes d'une stratégie différente.

La stratégie gouvernementale est grossière. Restreindre les libertés de manières globales, sans s’adapter au secteur ou à la population, sans réfléchir à des moyens innovants de garder la société en ordre de marche pour que chacun y trouve sa place. En fait on utilise les outils d’une guerre, mais on n’emploie pas la population pour la gagner, seulement pour s’en protéger. Voici quelques axes de réflexion qui pourraient définir les lignes d’une autre stratégie contre la pandémie.

 1. Protéger les personnes à risques

Elles sont facilement identifiables dans la grande majorité. Avec les chiffres dont on dispose nous savons déjà que l’âge et certaines faiblesses de santé sont des facteurs de haute morbidité. Il apparait donc évident qu’il faille définir un périmètre de protection pour ces personnes et des procédures particulières. Exemple :

  • Mettre en place une procédure nationale de repas à domicile et de livraison de courses, avec les professionnels de la restauration qui souffrent actuellement au niveau de l’économie et un système de livraison avec des sécurités sanitaires fortes.
  • Isoler les établissements pour personnes âgés tout en proposant de nombreuses activités sociales et culturelles organisées par des personnes du secteur s’engageant à une exclusivité dans cette activité (lié aux personnes à risque) pour le temps du combat (pas de contact autre que la frange de population concerné, y compris pour le noyau familial, avec des mesures d’hygiènes très hautes)
  • Prime de l’état pour le personnel en contact avec les personnes âgés en fonction du taux de COVID dans la zone et qui n’ont pas de patients contractant la maladie et ne la contracte pas eux-mêmes.
  • Contact numérique journalier avec la famille lointaine.
  • Leur associé une tranche couleur (voir paragraphe suivant) pour mieux les protéger dans les activités courantes.

 2. Diviser pour mieux contrôler

Le problème principal est la contamination entre les groupes. Il faut donc traiter les problèmes de contact groupe par groupe. Les groupes peuvent être par tranche d’âge par exemple, ou mieux, par nom de famille. Le nom de famille est intéressant car un des premiers vecteurs de contact reste le foyer familial. Idéalement chaque tranche devrait être identifiée par une couleur et dans le meilleur des mondes porter une chasuble de cette couleur.

Nous pourrions donc créer 7 tranches alphabétiques dans la population, par exemple :

  • A-B-C (Bleu Clair)
  • D-E-F (Bleu Foncé)
  • G-H-I-J-K-L (Jaune)
  • M-N-O (Orange)
  • P-Q-R (Rouge)
  • S-T (Turquoise)
  • U-V-W-X-Y-Z (Violet)

Ainsi que les tranches « Personnes à risques » (Couleur Bronze, Argent et Or) : 55-65 / 66-75 / + de 76 et Fragiles. Les personnes de ces tranches peuvent choisir d'appartenir aux tranches couleurs ET aux tranches bronze, argent et or. Les lieux réservés aux tranches bronze, argent et or sont soumises à des règles de distanciation très stricte (car il ne faut aucune contamination entre les personnes)

Une tranche « Incolore » « personnes contrôlées négatives » devrait être également mise en place afin de protéger d’autant plus les personnes déjà testées négative.

Pour traiter le cas des conjoints ou famille recomposée, il serait possible d’indiquer dans l’application stop Covid un groupe choisi d’identification différent de la sienne mais fixe dans le temps.

Ensuite, les commerces doivent décider des tranches horaires affectées aux différentes tranches couleurs, avec un processus de décontamination entre les créneaux. Ceci est en particulier valable pour les restaurants et bar. Une soirée ou une journée par groupe ou un bar/restaurant par groupe.

Concernant les écoles, les enfants doivent également être séparés par nom. C’est peut-être l’organisation la plus compliquée mais il faut y parvenir. Cela signifie recomposer des classes sur une zone large, en mettant en place de nouveaux trajets de ramassages scolaires adaptés (chauffeur et enseignant de la même tranche que les élèves). De même idéalement chaque établissement ne devrait accueillir qu’une tranche. C’est un vrai défi qui peut être relevé plus facilement par des systèmes de Visio conférence pour la pédagogie et de personnel accompagnant/surveillant issue de la même tranche. Les enfants ont ainsi toujours un lien social avec d’autres enfants mais les tranches ne sont pas mixées.

En plus de la tranche de couleur, il faut « séparer des zones géographiques » afin de cloisonner chaque tranche de chaque zone et mieux décloisonner les zones ensuite. Pendant les 10 premiers jours, chaque zone serait cloisonnée. Tant qu’il y a des cas dans une tranche de la zone, cette tranche reste cloisonnée dans la zone, les tranches sans cas depuis 10 jours voient leur zone fusionnée avec les zones adjacentes respectant la même règle de tranche. Si une tranche dézonée sans cas se retrouve avec un cas, toute la tranche est recloisonnée dans la zone initiale du cas tandis que les autres tranches identiques de l’ancienne zone commune passent en mode « alerte prudence ». Plus la zone sans cas devient grande plus les sas de sécurité sanitaire en limite de zone doivent être important. De même si plus aucun cas ne survient dans une zone sur l’ensemble des tranches, le système de tranches peut être temporairement abandonné jusqu’à l’apparition d’un nouveau cas (attention à garder une période sans cas relativement pertinente, 3 semaines par exemple)

 3. Sauver le domaine de la restauration

  • TVA à 0% sur les plats livrés aux personnes en télétravail + Crédit d’impôt de 20% de la note si payée par l’entreprise
  • TVA à 0% sur les plats livrés aux personnes isolés de plus de 60 ans
  • TVA à 0% sur les restaurants réservés au personnel entier d’une entreprise unique ou pour les livraisons en entreprise + Crédit d’impôt de 20% de la note si payée par l’entreprise ticket restaurant ou prise en charge)
  • Prise en charge des salaires à hauteur de 30% des employés des restaurants en déficit
  • Créneau par tranche Alphabétique ou Restaurant entièrement réservé à une tranche alphabétique unique

4. Sauver la culture

  • Supprimer temporairement toutes les charges sociales sur la culture en présentiel
  • Obligation de choisir un des groupes alphabétiques et dans ce cas les intervenants et leur famille et doivent choisir le même groupe alphabétique.
  • Salle de cinéma, théâtre… réservées par tranche ET par jour.
  • Faciliter les tournées pour desservir la France pour les troupes travaillant sur une même tranche. Campagne nationale de communication dans les médias par obligation sur les programmes culturels disponibles.
  • Taxe spéciale sur les contenus culturels en ligne pour financer la culture présentielle

 5. Pour tous les commerces (de proximité en particulier)

L’état doit prendre en charge le plus rapidement une plateforme de vente en ligne nationale accessible à tous les commerce gratuitement avec un processus sanitaire de récupération des commandes dans les commerces ou dans des lieux réservés à des tranches particulières.

Idéalement mettre une Taxe complémentaire sur la TVA des produits vendus en ligne pour financer temporairement les commerces locaux

 6. Transports en commun

Séparer les transports par tranche :

  • Une tranche par voiture dans un train, avec procédure de non croisement à l’arrivé et au départ, zones géographiques séparées dans chaque voiture pour une même tranche
  • Bus réservés par tranches ET par zone
  • Bloc horaire de transport en commun par tranche pour aller au travail, changeant chaque jour. 7-8, 8-9, 9-10, 10-11, 11-12, 12-13 ET mise en place de trajets à la demande par groupe de nom pour la période.
  • Obligation de chasuble de la couleur de la tranche pour les cyclistes et mobilité alternative avec obligation de respecter 1 mètres entre même couleurs et 6 mètres entre couleur différentes.
  • Séparer idéalement certaines voies passantes par couleur dans les voies piétonnes très encombrées qui le permette

7. Le secteur de l’automobile et des transports en général

Dans une période de confinement, l’auto n’est certainement pas le premier besoin des citoyens. Il est peu pertinent de financer un secteur uniquement pour qu’il survive mais il vaut mieux participer à sa transformation. Le secteur de l’automobile regroupe de nombreuses personnes avec des compétences intellectuelles ou manuelles de valeur mais c’est un marché qui se porte bien quand l’économie se porte bien. De manière générale il faut les faire travailler sur la construction de « hub » au niveau des gares regroupant un système de voitures électriques en partage et de vélo en partage. Si dans le cadre d’achat privé, la compétition prédomine, dans le cas d’un projet public, il est important de mettre en place des processus collaboratifs entre les différents acteurs. Cette crise touche tous les acteurs, il faut partager le travail pour capitaliser sur les ressources humaines. Ainsi, soit chaque modèle/gamme de voiture partagée sera le fruit d’une collaboration, soit chaque constructeur se verra confier une gamme de véhicule (citadines, Transporteur, 4x4, sportives…). L’objectif étant de fournir un service en commun où chaque constructeur est rétribué en fonction de l’utilisation de ses voitures mais reste responsable de leur entretien, mais avec un juste équilibre des mises à disposition.

De même un système de bus doit être mis en place pour prendre en compte les grosses demandes de déplacement vers ou depuis un hub et palier aux manques de véhicules individuels.

8. Le tourisme

Le secteur du tourisme doit être pris par la main pour s’en sortir. Un simple acteur n’est pas en mesure de faire basculer la situation. Encore une fois c’est à l’Etat de porter les actions pour mettre en mouvement le tourisme national ET international en France. Quel étranger va venir aujourd’hui en France avec des mesures de confinement ou même des restrictions trop fortes. Le tourisme se base sur une dynamique simple : transport -> hébergement -> activités.

Aujourd’hui les voyageurs venant par train / avion / Bus sont laissé libre à leur point d’arrivé de continuer leur séjour. Moins de transport, beaucoup de contraintes rendent leur voyage moins agréable mais en plus leur liberté de mouvement rend la propagation plus chaotique.

 Pour le tourisme international :

  1. Des points d’entrée direct et unique pour l’ensemble des voyageurs d’un transport. Comme un avion où tous les passagers débarquent en un point X, le train ‘touristique’ venant de l’étranger ou le bus ne doit pas débarquer de passager librement entre le point d’entrée sur le territoire et le point de débarquement (En particulier espace toilette réservée sur le trajet et nettoyé après chaque bus…). Au point de débarquement, contrôle immédiat de l’identité sur place (sur le tarmac directement dans le cas d’un aéroport et non pas dans l’aéroport). L’ensemble des passagers doit ensuite se soumettre à l’un des parcours touristiques proposés directement depuis le tarmac. Il ne doit pas y avoir de mix de groupe de différentes provenances mais il peut y avoir une division du groupe principal en plusieurs groupes secondaires (cela est vrai au niveau des lieux d’hébergements et des activités). Chacun des groupes doit alors suivre le circuit défini qui les amènes dans des lieux privatisés pour leur groupe exclusivement.
  2. Afin d’apporter de l’attractivité dans ce secteur, les acteurs impactés par la crise mais participant à ce processus verront leurs cotisations patronales réduite pour des salaires majorés jusqu’à un seuil de 2000€ en échange d’un prix très compétitif pour les touristes et en-dessous d’un certain bénéfice. Des secteurs géographiques (centre-ville, musée…) seront également réservé exclusivement à ces groupes en amont, tout comme d’autres activités culturelles. L’idée est de faire travailler les différents acteurs main dans la main, de manière équilibrée.
  3. Des tests seront réalisés gratuitement pour tous les touristes en début de voyage et il pourra être décidé de séparer les cas testés des cas non testés.

Pour le tourisme national :

  1. Au niveau de transport, les groupes sont toujours par tranche, dans l’enceinte d’une même zone géographique
  2. Le principe est identique aux cas internationaux dans l’organisation du voyage et les aides reçus par les différents acteurs.
  3. Des facilités doivent permettre le télétravail dans les hébergements afin qu’une partie du groupe puisse travailler
  4. La garde d’enfant doit être idéalement possible.

De manière générale :

  1. Entre l’arrivée de 2 groupes différents, il faut au minimum 10 jours avant de faire travailler les équipes sur un autre groupe. Sachant que si un cas de Covid est détecté dans le groupe, les équipes présentes devront se faire tester négatif avant de reprendre leur poste.
  2. Il ne doit pas y avoir de contact entre la population locale « hors secteur touristique » et le groupe extérieur (sauf dans le cas d’un voyage au sein d’une même « zone » où les règles de tranches couleurs doivent être respectées).

 9. Pour les entreprises avec une baisse du CA conséquente sur l’année ayant la capacité de travailler ou télétravailler sur de la R&D

Au lieu de mettre en place le chômage partiel, l’Etat doit prendre en charge une large proportion du salaire des employés d’une entreprise étant en capacité de travailler sur des projets de R&D ou de l’investissement futur, sous forme d’avance sur bénéfices futurs. Le fonctionnement expliqué rapidement serait : si le CA est inférieur à X% du CA de l’année précédente à la même période ou inférieur aux besoins pour payer les employés sur le mois, alors l’état prends en charge le % de salaire nécessaires jusqu’à 85% afin que les employés puissent travailler sur des projets de R&D (ceux-ci peuvent également accepter en même temps de baisser leur salaire à 85%). Sur la garantie de salaire n’augmentant que raisonnablement, l’Etat accepte de récupérer l’argent avancé sur les bénéfices futur, pouvant les ponctionner à hauteur maximum de 70% de leur montant mais ne pouvant dépasser 33% de la somme avancée dans le cadre de l’aide, chaque année. (Exemple : une entreprise dont l’aide reçue représente 10 000 Euros réalise un bénéfice de 7000 la deuxième année, 3000 la seconde, 9000 la troisième et 10 000 la quatrième, l’état récupèrera 70% de 7000 soit 4900€ la première année minorée à 3 300€, 70% de 3000 soit 2100€ la seconde année, 70% de 10 000 la troisième soit le restant : 1000-4900-3300 = 1800 €.  

L’idée est de permettre aux entreprises qui le peuvent de préparer de nouveaux produits et services post confinement sur le marché.

10. Un déconfinement par zone

Pour les mêmes raisons qu'il faut identifier les clusters et les isoler, il faut savoir déconfiner par groupe. Le confinement est en effet une rare étape où la rareté des mouvements permet d'identifier plus facilement les zones avec des cas. Il s'agit donc de garder confiner les zones identifiées à risque et de dé confiner petit à petit les zones "vierges", en s'assurant que le "sas" de sécurité entre les zones confinées et déconfinées est fortement sécurisé. Doublé le système avec le système de tranche alphabétique permet de reconfiner une partie et de protéger une sous partie de chaque zone. Vouloir tout déconfiner d'un coup est une absurdité qui ne prends pas en compte les chiffres.

Il faut également utiliser les chiffres du premier déconfinement pour identifier la nature des premiers clusters post confinement et ainsi savoir quelles activités doivent être "réduites" temporairement. Un déconfinement national d'un coup est grave car il permet aux virus d'échapper au contrôle géographique. A minima il faut faire un premier niveau départemental, où les habitants sont libres de circuler à l'intérieur du département mais pas à l'extérieur. En particulier, il faut prévoir un système de sas de sécurité pour tout arrivée de marchandise dans la zone pour y rester. Un camion qui traverse l'Auvergne d'un bout à l'autre n'est pas un problème, par contre un camion arrivant de Dordogne et livrant l'Alsace devrait passer par un Hub/Sas de sécurité où la marchandise passe du camion X au camion Y qui lui est local et conduit par un conducteur de la zone. Le conducteur du camion X ne peut de son côté que dormir et se restaurer dans un lieu spécifique à la livraison de produits extérieurs (à moins qu’il soit habitant de la zone évidemment)

 

 

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