En finir avec la précarité menstruelle: le cas Néo-Zélandais

Le 23 février, Frédérique Vidal, ministre de l’enseignement supérieur, a promis qu’à la rentrée prochaine, les protections périodiques seraient gratuites pour toutes les étudiantes. « C'est une question de dignité », a-t-elle dit. Certes, mais qu’en est-il de la « dignité » des lycéennes et des collégiennes ? Pourquoi limiter cette mesure aux universités ?

 Le 23 février dernier, Frédérique Vidal, ministre de l’enseignement supérieur, a promis qu’à la rentrée prochaine, les protections périodiques seraient gratuites pour toutes les étudiantes dans les résidences universitaires des Crous et les services de santé universitaires. Rappelons l’enquête de la FAGE, d’après laquelle une étudiante sur trois a besoin d’une aide financière pour acheter ses protections périodiques.

D’après Le Monde, l’initiative de la ministre « a été immédiatement saluée par les associations étudiantes ». Et de citer cette affirmation martiale de la ministre sur RTL : 

Certes, mais qu’en est-il de la « dignité » des lycéennes et des collégiennes ? Pourquoi limiter cette mesure aux universités ?

Je voudrais, pour donner un exemple symétrique de la France, traduire un article récent du Washington Post, rapportant comment, en Nouvelle-Zélande, toutes les écoles – mais pas les universités – mettront à la disposition des élèves, dès le moins de juin prochain, des protections périodiques gratuites.

Il y a là, comme chacun le sait, bien plus qu’une question sociale, bien plus qu’une question financière. C'est un immense tabou anthropologique, mis en évidence par de nombreuses études[1], qui est en train d’être levé.

Voici donc l’article du Washington Post, signé par Miriam Berger.

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 Les élèves et étudiantes de toute la Nouvelle-Zélande auront accès à des produits menstruels gratuits à partir de juin, a annoncé jeudi la Premier ministre néo-zélandais Jacinda Ardern.

« Une des raisons qui empêchent nos jeunes d'aller à l'école s’appelle la « pauvreté menstruelle », a déclaré Mme Ardern, selon le journal Stuff. « Une élève sur douze risque de manquer l'école parce qu'elle n'a pas accès aux produits hygiéniques. Ce n'est tout simplement pas normal, et pas dans un pays comme la Nouvelle-Zélande. »

Cette initiative est la dernière victoire en date d'un mouvement de plus en plus mondial visant à réduire les coûts et la stigmatisation liés aux menstruations. De nombreux pays classent les serviettes et les tampons comme des articles de luxe, créant ainsi des « taxes sur les tampons » occasionnant des dépenses excessives pour des produits de première nécessité.

L'Allemagne a réduit sa taxe sur les tampons. Mais de nombreux autres pays continuent de les taxer comme des articles de « luxe ». […]

À l'avenir, la Nouvelle-Zélande allouera environ 18 millions de dollars sur trois ans pour approvisionner les écoles primaires, intermédiaires et secondaires. Les directeurs d'école devront toutefois choisir de participer au programme, qui n'est pas obligatoire.

Lors d’une conférence de presse, la ministre de l'éducation, Jan Tinetti, a déclaré que, lorsqu’elle était directrice d'école dans un quartier pauvre, elle a été confrontée directement à l'impact de la pauvreté menstruelle : « Je voyais tellement de jeunes qui n'allaient pas à l'école, et nous allions chez eux pour savoir pourquoi. […] Cela m'a brisé le cœur quand j'ai découvert que c'était parce qu'ils ne pouvaient pas se payer des produits qui font tout simplement partie de notre vie. »

Mais le programme de la Nouvelle-Zélande visera également à accroître l'accès à l’éducation concernant la menstruation : il est important de fournir un choix à la fois dans les types de produits et dans la façon d'y avoir accès. Les élèves ont également dit qu'elles voulaient des informations sur les règles, les produits pour les règles et d'autres éléments pratiques de la gestion de leurs règles, comme le suivi et le fait de savoir quand et à qui demander de l'aide.

Notons par ailleurs qu’en février dernier, l'Écosse est devenue la première nation à fournir gratuitement des serviettes et des tampons dans les espaces publics, tels que les  mairies, les pharmacies et les associations de jeunes. Le gouvernement a commencé à offrir gratuitement les produits périodiques dans les écoles et les universités en 2018.

Ces dernières années, un certain nombre de gouvernements nationaux et locaux ont mis en place des programmes gouvernementaux pour réduire les prix onéreux des articles menstruels et diminuer les problèmes d'accès. Mais la pandémie de coronavirus a exacerbé ces fardeaux pour de nombreuses personnes ayant leurs règles dans le monde.

« On estime que 1,8 milliard de filles, de femmes et de personnes non-binaires ont leurs règles, et pourtant des millions de personnes menstruées dans le monde ne peuvent pas gérer leur cycle mensuel de manière digne et saine », a déclaré le Fonds des Nations unies pour l'enfance (UNICEF) dans un rapport d'avril sur l'impact de la pandémie sur la santé et l'hygiène menstruelles. « Même dans les meilleures périodes, l'inégalité entre les sexes, les normes sociales discriminatoires, les tabous culturels, la pauvreté et le manque de services de base font que les besoins en matière de santé et d'hygiène menstruelles ne sont souvent pas satisfaits. Dans les situations d'urgence, ces privations peuvent être exacerbées. »

[1] Je voudrais citer, dans la littérature la plus récente : The Palgrave Handbook of Critical Menstruation Studies, paru l’an dernier en open access. Et deux ouvrages féministes qui déconstruisent la terminologie « hygiéniste » sur les règles : New Blood. Third-Wave Feminism and the Politics of Menstruation de Chris Bobel (2010) ; Out for Blood. Essays on Menstruation and Resistance de Breanne Fahs (2016), qui vient de publier une anthologie des manifestes féministes du XIXe à nos jours.

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