La Culture ce n'est pas comme la confiture (Moins on en a, plus on l'étale)

La culture c'est bien plus qu'un divertissement ou une accumulation de connaissances, c'est sortir de soi et de l'entre-soi, pour aller vers le nous

Attention Travaux De Philosophie Politique Sauvage  _ 20

 

La Culture ce n'est pas comme la confiture

(Moins on en a, plus on l'étale)

 

La fermeture de tous les lieux culturels depuis cette pandémie est beaucoup plus grave et significative qu'une simple frustration liée à notre manque à jouir du spectacles.

La culture c'est la manifestation de la fonction symbolique propre à l'humain. C'est ce qui nous sépare et nous relie à la nature, dans une communauté humaine. Faire le choix de privilégier le sanitaire sur le culturel, c'est mettre à mal notre propre civilisation, c'est écraser cette espace du symbolique qui détermine notre appartenance à une destinée collective.

La culture fait œuvre de civilisation et en cela est éminemment politique.

En gérant les lieux de cultures comme des lieux de productions et de consommations comme les autres, les dirigeants actuels, issus eux-mêmes de ce monde libéral, ne peuvent et ne veulent prendre la mesure de la dimension fondamentalement humanisante de la culture. Le pragmatisme dans la gestion d'une crise, dont ils sont formatés pour la juger avant tout économique, prend le pas sur la réalité d'une crise avant tout sociétale. Ils pensent la culture comme un bien, un avoir, un plus, pour briller dans le monde et le dominer, alors que la culture est un espace commun à habiter, à vivre ensemble.

Les décisions sanitaires sur la fermeture des lieux culturels, donnent bien à voir la façon de penser et la logique qui opère chez ceux qui ont pour mission de nous diriger. Aujourd'hui, dans ce monde techno-libéral, le discours dominant se résume à la gestion de la santé et la recherche d'un aménagement de la planète pour la pérennité du monde marchand.

C'est toute la problématique: Rester en vie pour continuer à faire que ce système perdure, ou rester vivant pour se projeter dans un autre avenir possible. Et là, cette aspiration à un avenir possible ne peut se concevoir sans une culture vivante, hors de tous produits commerciaux (boites à images et "plates formes" entre autres).  Individuellement, on espère tous rester en vie, c'est un mouvement logique et «naturel». On préfère rester en vie si possible, et avec un minimum de conscience, protéger aussi nos semblables. Mais rester en vie ce n'est pas vivre. Vivre c'est aspirer à quelque chose qui nous échappe, mais dont l'aspiration fait que nous sommes vivant (aspirer et être inspiré n'est-ce-pas vivre? ). Même si ces mesure sanitaires sont nécessaires, quel idéal de vie défendons nous si notre seul aspiration consiste à ne pas mourir ?

L'individu post-moderne n'a jamais été aussi seul

L'espace du commun se réduit à la recherche du même, dans une fragmentation permanente. Il faut se protéger, de tout et de n'importe quoi. Il faut protéger sa santé, son bien, son avenir, son enfant, son boulot, contre un extérieur qui devient tout les jours de plus en plus menaçant. Les mesures de confinement et de protections sanitaires ne font que précipiter et concrétiser cette situation

La culture c'est bien plus qu'un divertissement ou une accumulation de connaissances, c'est sortir de soi et de l'entre-soi, pour aller vers le nous

Entre moi et toi, il y a un espace qui s'appelle nous.

Entre Moi et Toi, M (aime) se trouve en T (hanté) par le Nous

Entre moi et toi, entre nous et eux, entre eux et tous, il y a un espace infime et infiniment extensible. Des limites illimitées déterminent cet espace. Comme dans les rêves, une pièce que l'on avait jamais vu, là, dans notre appartement, qui s’ouvre sur d'autres pièces, et encore d'autres, et encore d'autres. Un lieu caché/trouvé malléable à l'infini.

Là se trouve le bout de tissu cher à Winnicott, «Le doux d'où?»,

Là est caché l'objet petit a de Lacan.

Là se transforme l'imaginaire de l'infan (celui qui n'a pas encore la parole) en possible réalité.

Là est l'espace de la parole et du symbolique.

Là est l'espace toujours potentiel de la culture

Là est l'espace matriciel de la psyché.

La culture, ce n'est pas comme la confiture, ce n'est pas la douceur qui permet d'avaler la tartine de la vie, ce n'est pas un divertissement en soi, pour faire oublier les petits et les gros tracas de la vie (elle n'aurait alors de divertissant que dans sa capacité à nous détourner un instant de la mort) .La culture c'est une nécessité absolue, c'est la condition première de notre condition humaine Ainsi, les mythes, l'histoire collective et toutes les histoires, le récit individuel et les récits communs, les traditions et les rituels, la fonction transcendantales du sacré religieux et laïc, tout cela fait œuvre de liens civilisationnels, et tout cela existe à travers la culture et l'expression culturelle. La musique, le chant, la littérature, la peinture, le théâtre, le cinéma, la vidéo, les arts plastiques, les arts de la rue, etc.... rassemblent les humains dans un espace potentiel où émerge une pensée collective qui lie entre elles les destinées humaines.

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