Ce système techno-libéral est une machine à fragmentation

Ce discours du techno-libéralisme entretien la suprême supercherie d'un individu qui ne serait plus dépendant d'une communauté humaine hétérogène, qui le précède, l'englobe et lui succède. Qui ne serait plus soumis à un ordonnancement symbolique qui l'assigne à une place de sujet

Attention Travaux De Philosophie Politique Sauvage   22

Ce système techno-libéral est une machine à fragmentation

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La seule finalité du système techno-libéral actuel est de perdurer, et cela en dissociant les désirs individuels des aspirations collectives.

Ce système n'a d'autres dimensions que lui-même et son propre fonctionnement exponentiel. Il n'y a pas de limites à son extension, car son discours ne met plus le sujet limité au centre des préoccupations (contrairement aux souhaits illusoires et/ou démagogiques des politiques), mais ce qui est au centre, c'est l'objet seul, matérielle ou intellectuelle, dans sa potentialité marchande.

Autrement dit, le techno-libéralisme, comme phase post-capitaliste, n'est plus un système organisateur de l’agencement les liens sociaux mais un destructeur des ces liens.

Il déconstruit la fonction langagière dans une relation d'altérité entre les sujets. Il écrase les différenciations génératrices d'hétéronomie1 Ce qui est maître aujourd'hui, ce n'est plus le sujet dans sa volonté désirante et son impossibilité de totale satisfaction, mais la jouissance même par l'objet.

Objet Dieu, fétiche, Graal, objets de consummation qui pourrit la planète, objets matérialisés forcément éphémères, objets qui se virtualisent, au plus prêt de l'imaginaire de chacun, sans limites entre l'intime et le public

enjoycapitalisme

Ce système qui n'est en faite pas un système, puisque un système pourrait se définir par: comment s'organiser pour supporter le manque à ne pas être tout-puissant? Ce système «désorganisateur» techno-libérale échappe en cela à toute pensées structurantes. C'est une croyance, l'illusion d'un sujet nouveau, libéré de sa condition de parlêtre2 (Être assujetti au langage, assujetti aux autres par le langage). C'est une croyance fondée sur l'illusion que l'individu se suffirait à lui-même, que son seul désir fait loi (à lui et à ses clones), prédomine à tout autres désirs et fonde sa seule identité. Ainsi son désir ne cherchant plus à se lier aux désirs communs, se retourne en une violente nécessite vitale d'identité. Cette recherche de jouissance narcissique des objets de consommation (y compris l'autre comme objet) dévitalise toutes aspirations à la recherche d'un idéal commun.

Le pseudo 'idéal égalitaire du techno-libéralisme vers le droit à la satisfaction  des désirs individuelles n'est qu'une immense et dramatique tromperie. En aucun cas, cette fausse liberté  ne devrait être confondue avec une volonté commune de justice et d'équité.

Ce discours du techno-libéralisme entretien la suprême supercherie d'un individu qui ne serait plus dépendant d'une communauté humaine hétérogène, qui le précède, l'englobe et lui succède. Qui ne serait plus soumis à un ordonnancement symbolique qui l'assigne à une place de sujet.

Il pourrait ainsi être, en soi3, sa propre finalité, sa propre essence sans être le sujet de son existence.

Ce système se sert du collectif pour faire de l'individuel. Il récupère toutes les idées collectives, toutes les pensées structurantes, toutes les énergies émancipatrices, toutes les aspirations idéologiques à la recherche d'un mieux être sociétal, toutes les formes de créations collectives en général, pour en faire un granula à usage unique, un produit de consommation.

Autrement dit, la valeur marchande déconstruit et écrase toute l'échelle des autres valeurs humaines et la trame des liens existants entre elles.Trois exemples clairs.

L'hôpital entreprise : Sacrifié sur l’hôtel de la rentabilité l'idéal d'une pensée collective en action, sur le soin donné à l'autre.

La mainmise GAFAM sur tous les moyens de communications, de distributions, de surveillances qui isole chacun de l'autre et organise un juteux chaos.

Les réseaux sociaux et ce leurre de liens infinis en réseaux où finalement chacun cherche à faire entendre sa voie, perdue dans un désert de bruits. Où l’espérance première d'une recherche de vérités partagées se transforme en recherche désespérée d'affirmations de soi et de sa seule vérité prise pour seule réalité.

Le rapport du sujet au travail, comme activité valorisatrice et intégrative à un ensemble social, devenant de plus en plus un moyen individuel de pouvoir et de profit ou à l'inverse, de soumission et de misère.

Dans ce système, tout est produit, isolable et divisible, de l'objet manufacturé aux éléments vitaux de la nature (l'eau, les végétaux, l'air, la terre), jusqu'à l'individu lui-même.

Ce système techno-libéral est passé à une autre dimension du capitalisme dans l'exploitation de «l'homme par l'homme»1 Certes, c'est le discours du capitalisme et des puissants de toutes les époques. Mais ce qui est totalement différent aujourd'hui, c'est ce que l'on pourrait penser être un renversement des organisateurs sociaux, voir civilisationnels, en ces temps de mondialisation, c'est que ce système techno-libéral tend à désengager l'individu de son appartenance à un ensemble complexe, en devenir permanent. Ainsi, il tend à transformer chacun et chacune en entité autonome libre de toutes attaches (chacun son propre patron, son propre maître et son propre esclave, avec une totale illusion de maîtrise).En cela, il génère par réaction une multitude de communautés, refermées sur elles-mêmes et centrées sur leurs particularismes, fermées à toutes hétérogénéités.

Il est fait en sorte que ce système déconstruise les organisateurs des liens sociaux, constitutifs de la société et des multiples appartenances identitaires propres à chacun. Liens sociaux multiples, en interactions permanentes, dans un jeu de conflictualités et d'identifications croisées, dans une dialectique permanente, 

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1Théorisé par KANT : Hétéronomie : Fait de dépendre de lois ou de règles extérieures . Le contraire de l’autonomie qui isole, c’est l’hétéronomie qui reconnaît avoir besoin de l’autre, de la richesse de sa différence.

2Pour LACAN, le JE du sujet être est assigné à la parole, contrairement au MOI qui lui, est imaginaire.

3 Les termes d’en-soi et de pour-soi ont été crées par Sartre  dans l’Etre et le Néant,  même si l’origine de ces concepts se trouve chez  Hegel. L’en-soi désigne le monde des choses physiques (un coupe-papier, un cendrier), monde fixe et statique dans lequel les choses ont une essence, c’est-à-dire une fonction déterminée. Le Pour-soi, au contraire, renvoie au monde de l’existence. L’homme est donc un être pour-soi, autrement dit sans essence, il n’est qu’une existence libre jetée dans le monde. C’est à lui de se construire une essence.

4Karl MARX explique dans le capital que le patron exploite l'ouvrier car il achète la force de travail de l'ouvrier moins cher que la valeur réelle de ce travail pour faire un maximum de plus-value, de profit. C'est un principe d'interdépendance autour de la plus-value inscrit dans une dynamique conflictuelle. .

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