La violence du fanatisme religieux comme effet d'une perte de valeurs symboliques

Face à une perte de sens recherché sur la valeur des choses et des gens, le recours à une valeur suprême comme un Dieu rédempteur s'impose alors à nouveau pour certains.

Attention Travaux de Philosophie Politique Sauvage 12

La violence du fondamentalisme religieux comme effet d'une perte de valeurs symboliques

« Il est facile d’aimer le Dieu parfait, sans tache et infaillible qu’il est. Il est beaucoup plus difficile d’aimer nos frères humains avec leurs imperfections et leurs défauts. Sans aimer les créations de Dieu on ne peut sincèrement aimer Dieu »Jalâl ud Dîn Rûmî mystique islamique du 13èm siècle

« Si Dieu tenait dans sa main droite toutes les vérités et dans sa main gauche l'effort infatigable vers la vérité et qu'il me disait ; « Choisis ! ». Je m'inclinerai avec désespoir vers sa main gauche en disant : « Père, donne, la pure vérité n'est que pour toi seul ! »Gérard HADDAD citant G.E Lessing, fils de pasteur protestant au 18èm siècle

On peut aussi revenir au pari de Pascal dans une savoureuse et bien pacifique philosophie L'argument tente de prouver qu'une personne rationnelle a tout intérêt à croire en Dieu, que Dieu existe ou non. En effet, si Dieu n’existe pas, le croyant et le non-croyant ne perdent rien ou presque. Par contre, si Dieu existe, le croyant gagne le paradis tandis que le non-croyant est enfermé en enfer pour l'éternité1 »

Et Freud, pour faire un bon poids, toujours cité par Haddad « Avec la croyance en un seul Dieu, naquit aussi, ce qui était inévitable, l'intolérance religieuse demeurée jusque là étrangère à l'antiquité »

Que l'on croit en Dieu ou que l'on n'y croit pas, qu'elle affaire ! Du moment que l'on ne dit pas du mal de son voisins ! (ça c'est moi qui le dit !!)

 Contrairement à l'animal, l'homme ne peut vivre sa part d'humanité sans se représenter le monde Il a besoin de le nommer par le langage auquel il est assujetti. Il a besoin de différencier et d’ordonner ce monde entre ce qu'il peut en saisir, et ce qui lui échappe, c'est à dire, le Réel de la naissance, de la mort, du corps jouissant et du corps souffrant.

Le monde profane et le monde sacré constituent les deux pôles entre lesquelles s'organisera l'ordonnancement du monde humanisé. Ce que l'on peut saisir, nommer, les choses sur lesquelles ont a une action. Et puis, l'insaisissable, l'impalpable, l’éthéré, le « spirituel », l’irreprésentable que l'on aura quand même de cesse de se représenter : une sorte de Maître étalon des représentations.

C'est un ordonnancement du monde qui dure déjà depuis pas mal de millénaires. De l'animisme au polythéisme puis au monothéisme avec ce fameux père éternel dont la nomination a toujours fait couler et continue à faire couler tant de sang. Dieu, Allah, Yahweh. Et puis il y eu le siècle des lumières, les révolutions sociales du 19èm siècle, les idées et idéologies nouvelles qui se débarrassent de l'idée d'un Dieu pour un idéal commun, pour les valeurs sacrés de la patrie ou pour le petit père des peuples ou pour le Grand-soir. Et puis il y eu les révolutions industrielles et l'avènement de la technique et de la science comme vision matérialiste et positiviste de l'avenir.

Les représentations du mondes et les valeurs qui lui sont attribuées ont changé au cours des temps jusqu'à aujourd'hui. Le matérialisme scientifique soutient un discours dominé par le principe économiste capitaliste. Les rapports de valeurs entre le profane et le sacré se perdent peu à peu dans un indifférencié mortifère.

La violence du fondamentalisme est un effet de cet indifférencié.

Autrement dit, le fric pervertit la valeur des choses et des gens

 La valeur est ce que représente quelqu'un ou quelque chose, quantitativement, financièrement, qualitativement ou symboliquement. La valeur est ce qui nous permet d’accéder à une différenciation des choses et des êtres, ce qui nous permet ainsi de nommer les choses, de les séparer et de les lier.

La valeur des choses ou la valeur des individus est soit contextuelle (Est-ce que l'on préfère acquérir le dernier smartphone ou avoir une miche de pain lorsque l'on crève de faim?) subjective et affective (La montre de mon grand-père a-t-elle plus de valeur que la bagnole de mon voisin?) Culturelle (quelle valeur a un tableau de Soulage pour un aborigène d'Australie?) Morale (Cultiver son jardin ou aller combattre pour ce que l'on croit être une juste cause, qu'est-ce qui a le plus de valeur ?)

La valeurs que chacun prête aux choses et au gens serait donc une espère de liant des inter-actions humaines. S'entendre ou ne pas s 'entendre sur la valeur des objets et avant tout sur la valeur que l'on prête à l'autre, font le fondement des échanges : commerciaux, intellectuels, amoureux, artistiques, moraux.

Le système capitaliste a fait basculer ces valeurs dans le champ économique.Je ne suis pas économiste mais je crois que la valeur des choses est très différente de la plus value même si l'une est liée à l'autre.

Définition de la plus-value : « Lors de la cession d’un bien, on regarde la différence entre sa valeur de cession et sa valeur d’acquisition. Si cette différence est positive, on constate une plus-value. Si elle est négative, on constate une moins-value.)

De la valeur que l'on prête aux choses dans les échanges commerciaux dépendra le prix qu'on leur attribue. Il y a le vendeur qui cherche à en tirer le plus grand bénéfice en le vendant le plus cher possible, et puis, il y a l'acheteur, qui lui, cherche à acquérir l'objet au moindre coût. Ils devront trouver un accord sinon la transaction ne se fera pas. C'est donc un accord commun sur la valeur accordée à l'objet qui déterminera le liant de la relation, le bénéfice ou la perte seront une conséquence de cette opération.

Le changement radical amené par le système capitaliste à ce monde d'échanges autour de valeurs partagées (même si la spéculation est très antérieure, elle n'était pas à ce point érigée en système généralisé) C'est le renversement de la finalité recherchée dans les échanges. Ce n'est plus la négociation autour des transactions devant aboutir au mieux, à une satisfaction suffisante de part et d'autre qui est recherchée, c'est l'unique acquisition de la plus-value. Autrement dit, c'est l'idée fantasmatique que l'argent n'est plus une monnaie d'échanges, mais qu'elle a une valeur en soi, et cette valeur pervertie toutes autres valeurs.Tous y passe du plus moral au plus trivial et du plus banal au plus sacré.

Ce qui est fou, c'est que l'argent, qui au départ a une fonction symbolique d'intermédiaire dans les relations humaines autour de valeurs partagées, est devenue une entité en soi, totalement imaginaire, désincarnée, virtuelle, qui dévalue au fur et à mesure des acquisitions qu'il permet, tous objet sensé satisfaire.

C'est la plus-value, l'écart donc entre ce que l'on donne et ce que l'on reçoit qui est devenu le moteur des interactions. Ce n'est pas la relation en soi qui est recherché comme une finalité humanisante mais l’intérêt seul qu'individuellement on pourra tirer de cette relation.Autrement on peut vendre de la merde ou des bijoux, le principal, c'est le fric que cette vente générera L'image « consommable » des individus est plus important que leur valeur propre.

Face à cette perte de sens recherché sur la valeur des choses et des gens, le recours à une valeur suprême comme un Dieu rédempteur s'impose alors à nouveau pour certains.

Il faut bien se rendre compte que les fanatiques religieux ne brillent jamais par leur finesse interprétative des symboles contenus dans les textes sacrés Ce n'est plus alors la recherche du sens des textes sacrés qui les motive mais la fascination de la toute-puissance du Reel. C'est la mort qu'ils donne en même temps qu'il la cherche.

 

 

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.