"Comme une fléché de Réel"

Cette épidémie mondiale a frappé notre monde sans gravité comme une flèche de Réel. Notre liberté c'est notre désir de créer de nouvelles réalités face à ce Réel. Ce monde post moderne régit par l’hégémonie du système capitaliste, absorbe nos désirs de liberté et les transforment en produit bouche Trou.

Attention Travaux de Philosophie Politique Sauvage 1 - mars 2020 -

Comme une fléché de Réel

C'est juste un petit texte touffu à partager entre confiné.e.s... Tiens, c'est étrange cette écriture inclusive. On met des points dans les mots pour séparer les sexes. Quel est cet impossible qui nous lie (qui nous lit), avec un poing dans la parole... Drôle d'époque désymbolisante.

Déjà je m'égare, non, ce n'est pas de cet impossible là dont je veux parler aujourd'hui, bien qu'il me soit venu « naturellement » comme à origine de ma réflexion.

Garder le fil de ma pensée. Tiens, ça me fait penser aux aphasiques. Lacan était aphasique à la fin de sa vie. Perdre le langage : L'on-t-ils vraiment perdu ou le fil de la pensée/langage s’est-il rembobiné ?

L'idée générale de ce cours texte est que cette épidémie mondiale (le, la Corona ?) a frappé notre monde sans gravité comme une flèche de Réel (« L'homme sans gravité » Charles Melman) ce retour du réel a secoué à la fois chacun d'entre nous, et à la fois l'édifice dans lequel nous sommes tous embarqués. Il a remis en lumière ce continuum qui lie l'intime à l'universel.

La grande et peut-être la première des interrogations de l'homme depuis qu'il a pris conscience de lui-même, et en cela, depuis qu'il s'est exilé des choses, est comment fait-on seul, et ensemble, face au réel ? C'est-à dire face à la nature, face au monde, face au destin, face à ce réel interne qui est notre propre corps que l'on habite et qui nous mène et nous échappe tout à la fois. Enfin et surtout, comment fait-on face à la mort  ?

.... Alors ça, ça demande vraiment à être déplié sacrément comme idée....Déjà, le réel c'est quoi ? Ça n'a rien à voir avec la réalité. Et puis, quelle est notre part de liberté à nous humain, entre les deux ?

Commençons par ouvrir le chantier du Réel 

 Le réel, c'est ce qui te pète à la gueule et que tu n'as pas vu venir. Pour le dire plus correctement, la réalité, c'est ce que nous vivons, le réel ; c'est ce qui nous traverse. Le Réel, ça décoiffe, ça fait s'envoler les couvres-chefs et les chefs avec. Ça fait éclater la bogue et laisser paraître la petite châtaigne toute lisse, toute brillante, pétrie de vulnérabilité et d 'angoisses. C'est le cordon que l'on coupe, et après tu te démerdes. Et puis, le réel, si ça se trouve, c'est des histoires, ça n'existe pas, parce qu’on ne l'a jamais vu. le Réel, on ne voit que ses manifestations. Et c'est là l'arnaque du scientisme d'aujourd'hui ('j'en reparlerai sûrement). Le Réel, c'est ce qui échappe par définition, si ça t'échappe, c'est du Réel.... , Le Réel c'est l'idée de l'impensable, de l'indicible.

Très bien mais alors pourquoi évoquer l'impensable ? Parce que c'est notre condition d'humain de nous représenter cet impensable, de le nommer, de lui inventer des sens, d'avoir l'illusion de le maîtriser.

Bon, vous connaissez le truc, une table est une table uniquement parce qu'on l'appelle table et que l'on pose des choses dessus. La mort est la mort parce qu'à un moment donné, on ne vit plus. Notre corps se dégrade, disparaît et l'on n'existe plus pour les autres. On a mis des mots sur ces manifestations mais on ne peut penser la mort, puisque ce serait penser une non pensée,. C'est bien pour ça que l'on arrête pas de l'imaginer, de la représenter, de la symboliser. Le Réel alors, ce serait une histoire de manifestations. Les manifestations du Réel peuvent avoir des explications. La foudre, il y a une explication pour la foudre. Elle tombe là ou là, ou là, il peut y avoir une explication. Mais toi, que tu sois dessous ou pas dessous, là, ça devient tout de suite plus compliqué les explications. Mektoub, c'est ta destinée, ça peut être une explication pour les croyants, le sens nous échappe, c'est Dieu qui a les clefs.

Le virus qui se balade actuellement, c'est bien une manifestation du réel. On le voit même au microscope et il est très jolie. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il fait de l'effet, il est dangereux, il peut tuer, il provoque plein de réactions. Il y a des modalités possibles pour définir sa structure, sa dangerosité, voir même les conditions de sa propagation de l'animal sauvage à l'humain (Tiens tiens, un retour de la manivelle Nature ? ). Mais pourquoi là, maintenant, pourquoi moi, pourquoi lui, quel sens cela peut-il avoir ici et maintenant cette histoire ?

Ça c'est bien un truc d'humains ! Chercher à mettre du sens là où il n'y a même pas de sens possible puisqu'on est dans l'impensable.. Et en plus Mesdames Messieurs, on a même plus la religion pour nous guider (c'est peut-être pourquoi certains la brandissent en réaction comme seule planche de salut).de plus, l'hypothèse de l'inconscient pour botter en touche est attaquée de toute part (et c'est peut-être pour cela, aussi que d'autre brandissent la technologie et la science « pure » comme autre planche de salut).

« l'homme est un interprète en quête de sens ».....Piera Aulagnier. Mais en ce moment ; j'ai un peu l'impression qu'il a perdu ses boussoles pour continuer sa quête.

Et la réalité qu'est-ce que c'est ?

La réalité est constituée des formes présentes de nos représentations du Réel, formes toujours instables, évolutives. C'est une réalité consensuelle, commune, inscrite dans une culture historique donnée (au passage, attention à ne pas mélanger l'analyse critique de l'histoire et le dénie de sa réalité objective, le révisionnisme frappe à nouveau à la porte (Cela aussi, nous devrons en reparler).

 La réalité est une création permanente, lorsque notre imaginaire s'habille de symbolique.

Notre liberté c'est notre désir de créer de nouvelles réalités, notre aspiration à un ailleurs toujours renouvelé, chercher à atteindre « l’inaccessible étoile » de Don Quichotte et de Brel. Plus prosaïquement, à vouloir changer le monde pour un monde plus juste et plus joyeux. .

Ce monde post moderne régit par l’hégémonie du système capitaliste, qui absorbe nos désirs de liberté et les transforment en produit bouche Trou (Trou du Réel bien sûr)

 

Pierre-Yves GACHET

 

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