Sortir du confinement néolibéral

Au sortir de ce confinement comment se réapproprier l'espace de la gauche.  ?

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Sortir du confinement néolibéral

 

On est dans le noir actuellement et on ne voit pas très bien le bout du tunnel. Ce putain de virus est tombé très opportunément du ciel (c'est-à-dire du Réel). Opportunément, car cela a permis au système ultra libéral actuel, de poser un couvercle sur une marmite où les peuples exploités commençaient à bouillir (lire, regarder pour cela le très intéressant Hervé KEMPF). Un couvercle de censure, de surveillance, de reniement, de sécuritaire, maquillé plus ou moins hypocritement par ce gouvernement, en urgence sanitaire . Opportunément aussi, car ce couvercle imposé est aussi un extraordinaire accélérateur de particules néo-libérales, et un magnifique bonus pour la poignée d'individus dirigeant le monde (commande en ligne ; télétravail, applications mobiles, vidéo enseignement)

_ «Il faut être pragmatique, il faut s'adapter.  Vous comprenez ; il y a des priorités, il y a l'essentiel et le superflu »

Non, il y a ceux qui déterminent pour les autres l'essentiel et le superflue et qui mettent le pouvoir d'achat avant le pouvoir de vivre, ou plutôt, qui mettre la santé au service du pouvoir d'achat.

_ « Mais les français sont jamais satisfaits, ils ne savent pas la chance qu'ils ont de nous avoir. Récalcitrants ils sont, mais tellement attachant au fond.  C'est tout un art de savoir les diriger dans le bon sens ( dans le sens de la soumission bien sur). Un doigt de démagogie, un doigt de culpabilisation, un doigt de fausses reconnaissances, tout ça sur un ton grave, profondément grave, très profond...Nous savons bien nous, gens instruits, initiés aux arcanes du pouvoir, à quel point le peuple est infantile. Il a encore besoin d'une maman nourricière (gaveuse serait plutôt le terme) et d'un papa autoritaire mais juste (d'une justice partiale et frelaté)

 Mais ce noir du confinement comme « l'enfumage' du discours gouvernemental qui l'accompagne, ne doit pas nous aveugler. Il doit nous permettre au contraire de prendre le temps de réfléchir à la façon dont nous devrons, dans un prochain avenir, fédérer nos luttes. La lumière ne reviendra pas magiquement une fois que le couvercle va tout tout doucement se relever. Il n'y aura pas de révélation écologico-humaniste universelle. Il y aura une réalité augmentée au contraire, c'est-à-dire, coupée du vivant, avec encore plus de paupérisation et de surconsommation (cette contradiction pourrait à elle seule définir le capitalisme).

Il nous faut retrouver le sens des luttes collectives et nous réapproprier ce qui nous appartient : «la chose politique», alors que tout est mis en œuvre pour atomiser nos désirs. Tous mouvements, toutes actions se doivent d'être mis dans une perspective politique, c'est-à-dire un projet de renversement du système établi. Il ne peut aujourd'hui y avoir de combats écologiques et sociaux en dehors de cette perspective.

Le capitalisme depuis les années 70, 80, est passé à une vitesse supérieure. Reagan, Thatcher, Giscard, ont très clairement orienté leur politique dans l’intérêt des firmes et du capital. Lorsque ces régimes démocrates et républicains n'étaient pas suffisamment adéquates, les marchés soutenaient alors d'autres régimes plus violents mais plus propices aux intérêts financiers :en Amérique Latine, en Afrique. Ce tournant fut accompagné et renforcé par la disparition d'un contre pouvoir majeur : Le bloc soviétique.

Enfin, la capitalisme sous sa forme ultra-libérale, a su s'approprier la puissance phénoménale de la technologie, de l'informatique et du web pour coloniser la force créatrice de l'imaginaire de chacun. (Age d'or de la silicon valley, très étonnamment située dans la même région qui a vu naître le mouvement hippie). Cet OPA sur «l’esprit » des gens est une opération révolutionnaire extraordinaire. L'homme pourrait enfin potentiellement se débarrasser de ses doutes. Toutes réponses sont virtuellement dans la machine, dans ce nouvel âge de l’intelligence artificielle. Désormais, il nous faudra tenter de nous aligner à son savoir et à son pouvoir ou n'être rien (comme la dit notre cher président)

Cet âge révolutionnaire tente de faire oublier aux hommes tout simplement que leur existence leur appartient, et que cette 'existence est toujours singulière et complexe, paradoxale. Un consommateur se doit d'être visible et prévisible, plus de mystères, plus de claire obscure, plus d'ambivalences, plus de doutes. Si on est malheureux, c'est qu'on a pas le bon logiciel pour l'être, on ne s'est pas suffisamment conditionné pour l'être. L'inconscient est une donnée négative qu'il faut combattre ou tout simplement dénier.

Le sujet consommateur est aujourd'hui pour ou contre. Identique à l'autre ou opposé à l'autre. Le peut-être est une faiblesse. Pour ou contre l’immigration, pour ou contre l'islam, pour ou contre la libertés d'expression, pour ou contre la laïcité, pour ou contre Charlie, pour ou contre les mesures contre le Covid, pour où contre le Pr Raoult, les vaccins, les tests, Pour ou contre Me Too, les femmes, les hommes, les LGBT, pour ou contre la gestion de la crise par le gouvernement Macron . La GESTION de la crise : Formulaire à remplir : Dedans/dehors. Pas content, moyennement content, très content : Satisfait ou remboursé.

Merde !! Mes opinions ne se résument pas à un questionnaire de satisfactions ou de réclamations, et ma vie ne se résume pas à aimer ou ne pas aimer, à être victime ou bourreau, à être in ou off, à adhérer ou à combattre !! Je ne veux pas de ce monde binaire comme le langage informatique, présenté par ce système comme le seul monde possible.

La vie est ailleurs comme disait Kundera.

Oui je pense que la vie est ailleurs, mais l'ailleurs est juste là, à ma porte, un ailleurs possible toujours renouvelé. L'ordre/des-ordre établi par ce système est non seulement oppresseur, mais il est mortifère car il cherche à annihiler l'idée même d'oppression (dans nos sociétés plus ou moins démocratiques bien sur). Les mots perdent ainsi de leur substance à force d'être trahis.

Le mot gauche par exemple. Qu'est-ce que c'est qu'être de gauche en 2020 ?

Être de gauche c'est un mot qui a été tellement tordu et récupéré depuis 1789

Pour enfin sortir de ce tunnel néolibéral dont le confinement n'est qu'un symptôme, il est urgent de retrouver, par delà ce vieux concept tiroir où moisi notre espérance, un signe, un symbole fédérateur

LA GAUCHE, ce n'est pas une doctrine, c'est un espace signifiant dont il faut nous ré-emparer si l'on veut redonner du sens au mot POLITIQUE et ne plus accepter cette politique là, qui n'a pour fonction que de gérer l'existant.

(pardonnez cette emphase finale mais les mots parfois s'emballent et refusent alors d'être emballés)

 

 

 

 

 

 

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