La fragile loi 122-1 du code pénal

La loi 122-1 du code pénal n'est pas parfaite, mais il est profondément malhonnête d'instrumentaliser cette justice là, et décider de défaire et refaire des lois pour donner à croire qu'on est le meneur du jeu et que l'on répond du tac au tac aux désirs du peuple.

Attention Travaux de Philosophie Politique - 24

La fragile loi 122-1 du code pénal

Les crimes racistes et les crimes contre les représentants de l'autorité se multiplient. Ils sont de plus en plus souvent commis par des individus isolés, plus ou moins intégrés socialement, qui se sont rapidement radicalisés sur les réseaux sociaux avant de basculer dans une violence suicidaire. Ces crimes atroces se succèdent et génèrent à chaque fois de communs sentiments bien légitimes d'horreur, de dégoût, de compassion pour les victimes et de haine pour les assassins.

Une violente polémique s'est déclenchée encore récemment sur le sort que l'on devait réserver aux auteurs de ces crimes. Au moment de leur passage à l'acte, sont-ils conscients de ce qu'ils font auquel cas ils relèvent de la prison, ou sont-ils dans un état délirant, auquel cas ils relèvent de l'article 122-1 du code pénal, déclarés irresponsables au moment des faits et soumis aux soins psychiatriques (avec n'oublions-pas, une hospitalisation sous contrainte dans des unités fermées spécialisées, hospitalisés la plupart du temps pour de longues années, voir à vie) ?

Je crois que l'on ne doit pas cliver cette question comme les médias et le gouvernement cherche à le faire. C'est une question fondamentale car elle est au cœur même du nouage qu'une société digne de ce nom doit effectuer entre le sujet dans toute sa subjectivité (l’infrapsychique) et le social, c'est-à-dire le cadre symbolique qui nous lie les uns aux autres et nous permet de vivre ensemble.

Aujourd'hui, l'émotionnel est au premier plan et la réactivité est immédiate, instantanément relayée par internet et l'audio-visuel, et par la presse écrite dans un second temps (le temps de la réflexion devient malheureusement un luxe) La quasi totalité des médias sont pris dans cette précipitation consumériste des informations et surfent sur l'immédiateté de l'émotionnel (l'émotionnel capte l'esprit, donc fait de l'audience, donc fait vendre. Ce qui est normal puisque eux-mêmes sont la plupart du temps vendus aux intérêts privés).

Le gouvernement actuel lui, surfe sur l'effet produit par ces médias sur la doxa populaire. Il surfe sur l’émotionnel pour garder la main puisque l'émotionnel est au premier plan. Le gouvernement actuel et l'autocrate à sa tête, ne fait plus de politique, il gère son image en surfant sur les émotions d'un peuple déboussolé.

Quelques pistes de réflexions nous devrions malgré tout avoir pour renouer avec LE politique qui est en chacun de nous

La frontière entre le normal et le psychopathologique est fluctuante en fonction de la réalité commune de l'époque. Cette frontière n'est pas un mur, c'est un espace variant. Comment ne pas penser par exemple, à tout ces jeunes gens européens qui ont rejoint le djihad? Relèvent-ils du judiciaire ou du carcéral? Il y a plusieurs lectures possibles et pas forcément incompatibles dans l'analyse des actes violents commis par ces individus.

La responsabilité au moment des faits.

Enlever la responsabilité à un être des actes qu'il a commis, c'est une peine partagée par les deux parties (dans les deux sens du terme peine), c'est pour l'auteur de l'acte, lui enlever une part d'humanité (au moment des faits tout du moins) et c'est enlever la possibilité aux proches de la victime, de chercher à mettre du sens au traumatisme survenu. Ainsi, déresponsabiliser un homme c'est aussi le condamner, et la folie est bien souvent la plus terrible des prisons. Mais tout autant, reconnaître la réalité du délire comme altération temporaire ou permanente du rapport au monde, et être devant la nécessite de soigner ce trouble majeur est tout aussi vrai.

Aujourd'hui, on considère qu'un tiers des personnes incarcérées en prison souffrent de graves troubles psychiques (entre autre beaucoup de schizophrènes) et de très nombreux patients soignés en psychiatrie relèveraient largement plus, d'une véritable prise en charge éducative restrictive de libertés.

Soigner ou punir ? Soigner et punir ?

Je me souviens d'un argument massue largement rependu à l'époque, que m'avait asséné autrefois un partisan de la peine de mort ; « Oui mais si à toi, on t'avait tué ton enfant, ne voudrais-tu pas tuer à ton tour ce monstre ? » « Oui, bien sur, sur le coup, j'aurai envie de me venger, de l'éliminer, de le massacrer. Mais justement, c'est bien pour ça qu'il est important qu'existe une instance au dessus de moi qui ne cherche pas à me faire justice mais qui cherche à rendre la justice, avec cette idée que la mort provoquée est une fin, en soi injuste ».

La justice républicaine, ce n'est pas les tables de la loi, mais ce n'est pas non plus le lieu pour se faire justice. En ces temps d'individualisme et de communautarisme exacerbés, elle s’éloigne malheureusement beaucoup trop de l'idéal démocratique auquel nous devons aspirer.

La loi 122-1 du code pénal n'est pas parfaite, mais il est profondément malhonnête d'instrumentaliser cette justice là, et décider de défaire et refaire des lois pour donner à croire qu'on est le meneur du jeu et que l'on répond du tac au tac aux désirs du peuple.

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