L'invasion de la Zone 51: les théories du complot sur fond de crise écologique.

Le 20 septembre, deux millions de personnes sont censées marcher sur la Zone 51, une zone militaire secrète de l'US Air Force. Que peut-on dire sur les croyances liées à ce genre d'événement? S'agit-il juste de théories du complot «délirantes» entretenues par une partie marginale de la population ou bien le contexte actuel de la crise écologique suggère-t-il une autre analyse?

Les médias ont beaucoup parlé ces dernières semaines de la Zone 51, un périmètre militaire situé dans le Nevada autour duquel s'est développé tout un folklore à propos des ovnis et de l'affaire de Roswell, ville du Nouveau Mexique où l'armée aurait récupéré une soucoupe et ses pilotes en 1947. Un événement lancé sur Facebook a même proposé d'envahir la Zone 51 pour délivrer les extraterrestres qui y seraient retenus prisonniers.

Comme j'ai étudié les débats qui se sont développés autour de l'affaire de Roswell et comme j'ai suivi les acteurs à l'origine de ce « folklore »1 , j'ai été interrogé par plusieurs journalistes sur cette histoire. Mais j'ai constaté la grande difficulté à sortir d'un cadre qui réduit les croyances populaires à une forme de pensée irrationnelle (voir les nombreux débats sur les pseudosciences au cours des années 1960-80), cadre qui a été repris et renforcé notamment entre les années 1990 (émergence de l'affaire de Roswell) et les années 2000 (débats sur les attentats du 11 septembre) avec la dénonciation des "croyances aux théories du complot" puis des fake news. On constate en effet que le débat sur les théories du complot est resté calé sur une vision du monde qui est celle des années 1970-80 où il s'agissait d'opposer la réalité scientifique aux chimères des "croyances populaires". Une vision du monde qui croyait pouvoir opposer sans problème complots réels et théories du complot (imaginaire).

Malheureusement entre temps tout s'est effroyablement compliqué avec la multiplication de révélations sur les manipulations mises en place par l'industrie jusqu'à la prise de conscience actuelle de la crise écologique dans laquelle nous sommes pris, crise générée par cette industrie.

Dans ce contexte qui nous oblige à passer du vieux rationalisme soucieux de dénoncer les « croyances populaires » à la situation actuelle où ce sont les élites qui apparaissent comme les portes-paroles de théories irrationnelles sur l'état de la nature à l'origine de la crise écologique, je voudrai essayer de montrer qu'on a tout intérêt à reprendre l'analyse de ces théories du complot en faisant évoluer notre réflexion sur le partage entre sciences et croyances, entre détenteurs d'un discours savant et publics irrationnels. Dans un monde où la réalité commune, incarnée par la manière dont notre société traduit en actes les savoirs scientifiques, où cette réalité qu'on oppose aux ufologues est pour le moins mal en point à cause de la crise écologique qui nous oblige à admettre que notre société a très mal appliquée ce que les sciences ont appris sur la "nature", il devient en effet difficile de déterminer qui est marginal et qui est représentatif par rapport aux savoirs scientifiques. Notre rapport à la réalité est totalement troublé en raison de la divergence entre la réalité décrite par les scientifiques sur l'état de la planète (la crise écologique) et la traduction capitaliste-écocidaire que la société continue de faire des travaux scientifiques qui ont conduit notamment à rendre possible l'exploitation des ressources "naturelles".

A partir de l'idée qui précède, je voudrai montrer que la question soulevée par les croyances sur la Zone 51 ne peut plus se limiter à demander: « Pourquoi les croyants à ces histoires d'extraterrestres sont-ils si irrationnels ? » Car cette question se situe désormais dans un contexte où notre société ignore les changements de cap radicaux qu'impose la crise écologique en maintenant un fossé entre les résultats scientifiques et la réponse des "élites" industrielles, financières et politique à la crise. Ces élites résistent même à ces résultats scientifiques en imposant une version de ces faits totalement falsifiée par ce que certains chercheurs ont appelé les marchands de doutes ou des producteurs d'ignorance2. Dans un monde pris dans des débats où les lanceurs d'alerte sont eux aussi qualifiés de théoriciens du complot, au moment où l'industrie est pourtant condamnée pour avoir menti et, disons-le, conspiré pour diffuser de fausses informations sur la situation écologique (exemple: lorsque Exxon a décidé d'organiser la production de doute systématique contre les résultats des expertises qu'il avait fait pratiquer sur les conséquences climatiques de l'exploitation des hydrocarbures en 1979), la question soulevée par les croyances à propos de la Zone 51 pourrait prendre plutôt la forme suivante : « Que peut-on dire sur la réalité de ces phénomènes dans un monde où la réalité incarnée par notre société est devenue elle-même marginale ? »

Cette question pourrait même être posée de manière plus brutale: « Que peut-on dire sur ces théories du complot dans un monde où la réalité incarnée par notre société est maintenue de manière artificielle par ce qu'il faut bien appeler des complots/opérations de désinformation organisés par les grandes industries — complot de l'industrie du tabac pour cacher la dangerosité du tabac, complot de l'industrie pétrolière pour minimiser voire nier le changement climatique induit par notre utilisation des énergies fossiles, complots entretenus par l'industrie agro-alimentaire pour nier la dangerosité de nos modes d'alimentation, des pesticides, etc ? »

Il ne s'agit bien sûr pas de se contenter de dire que les ufologues (les amateurs d'ovnis) ont raison, il s'agit juste de s'interroger sur les limites du discours critique qu'on leur oppose depuis un monde qui se retrouve lui-même totalement remis en cause par les données sur l'état de la planète et qui n'a choisi comme seul échappatoire que l'accumulation de désinformation sur la réalité et l'ampleur de la catastrophe.

Le débat sur les théories du complot est resté bloqué au moment où notre modèle économique capitaliste (aujourd'hui accusé d'écocide) triomphait et où les seules formes de croyances dénoncées étaient les « croyances populaires ». Dans un monde où ce sont les croyances des élites dans notre modèle économique-industriel qui posent un réel problème, ne faut-il pas reposer la question des théories du complot populaires autrement?

 

Les différents niveaux du problème

Je voudrai dans ce qui suit esquisser quelques pistes de réflexion rapides pour montrer qu'en réduisant ces histoires de croyances à Roswell et à la Zone 51 à de simples folklores à démystifier, on manque en fait l'analyse et l'importance de ces histoires. Pour espérer être complet il me faudrait développer de nombreux points, mais je me limiterai ici aux deux niveaux principaux d'arguments auxquels la discussion doit se placer (j'espère revenir plus tard sur les autres niveaux de discussion).

Il y a en effet deux niveaux dans la discussion qui disparaissent totalement dans les débats publics et sociologiques sur les croyances de type Roswell ou Zone 51 et qui rendent la discussion en grande partie inutile et vaine.

Un premier niveau se situe autour de la question du "croire" que les sciences sociales ont fait progresser depuis l'émergence des sciences sociales avec Durkheim (et avec le Lévi-Strauss de La Pensée sauvage, 1962) mais qui curieusement se trouve d'un coup appauvri lorsqu'on passe à des sujets comme la Zone 51. Ce premier niveau est indépendamment de la crise de société que nous traversons, même s'il implique déjà de prendre en compte sérieusement les points de vue d'autres sociétés qui voient le monde très différemment du capitalisme.

Un deuxième niveau, entièrement dépendant du premier mais lié à la crise actuelle, implique, une fois reformulé le problème de la croyance, de proposer une nouvelle analyse des "théories du complot" sur la Zone 51. C'est la question évoquée plus haut : comment reposer le problème de la croyance aux théories du complot dans un monde où la réalité commune tient sur une série de mensonges, de complots installés et entretenus par l'industrie et retraduit à tous les échelons de la société en pratique commerciale, administrative, juridique, éducative etc ? Qu'est-ce que ces énoncés traduisent comme représentation de notre société ? Ces théories du complot ont-elles quelque chose à dire dans le cadre de ce débat qui remet en question rien moins que notre modèle de civilisation? 

 

Parler de croyance, c'est cesser de croire

Aborder les croyances aux complots ufologiques implique donc tout d'abord de reposer le problème de la croyance.

On constate qu'il y a deux manières radicalement différentes de parler de la croyance dans les sciences sociales. Il existe un divorce entre une manière "respectueuse" de parler des croyances des cultures non occidentales ou anciennes et une manière "brutale" de liquider des croyances comme Roswell. Comment comprendre un tel divorce ? Comment peut-on appliquer deux manières d'aborder les croyances? En effet, les chercheurs en sciences sociales insistent souvent sur le fait qu'ils doivent "prendre la croyance au sérieux"3. Pourtant ce n'est pas ce qu'on observe, tout particulièrement lorsque l'analyse porte sur des croyances proches de nous, comme ces croyances aux complots de type Roswell. On constate en fait que dès qu'on s'approche des croyances qui impliquent de mêler les sciences au débat, les sociologues n'arrivent plus à maintenir leur neutralité, et remplacent leur volonté de comprendre la différence culturelle par une dénonciation des croyances4. Pour résumer à l'extrême l'analyse qu'on peut faire de ce constat (que j'ai développée dans un article publié dans la revue Politix en 20125), les croyances anciennes ou lointaines présentent une telle distance par rapport à nos sciences qu'on peut les aborder calmement, car elles ne viennent pas remettre en cause nos savoirs. Par contre plus les croyances sont proches de nos savoirs scientifiques, plus elles les "titillent", plus elles se trouvent à leur contact, plus la confrontation est difficile et plus on court le risque de voir la sociologie se transformer en dénonciation pure et simple (et ce phénomène n'est pas propre aux croyances occidentales comme les ovnis, quand les Amérindiens se mêlent d'archéologie dans l'affaire de l'homme de Kennewick, les ethnologues se transforment en chien de garde de l'archéologie occidentale et ne voient plus de belles et nobles croyances à étudier).

Si on s'inspire des analyses les plus intéressantes qui ont été proposées des croyances que les chercheurs "prennent au sérieux" (celles qui portent sur les croyances «lointaines », exotiques), on peut enrichir notre discussion sur les croyances de type Zone 51. Ainsi on sait bien, notamment grâce à certains historiens comme Michel de Certeau que le problème soulevé par la notion de croyance c'est que le terme même (croyance) montre qu'on parle de quelque chose dont on est sorti. On parle de croyance quand on cesse de croire. Je me suis rendu compte sur des études de cas concrets que cette idée de De Certeau est validée par le fait que les croyances ovnis sont moins le signe de l'existence de formes d'adhésions fortes à certains énoncés que le signe clair de notre prise de distance critique par rapport à des énoncés, ces croyances que nous attribuons en fait surtout aux autres. Parler de croyance implique moins de croire que d'attribuer des croyances à autrui. Par exemple, au cours de l'été 1947, il y a moins de gens pour croire à l'existence des soucoupes que de gens pour dénoncer la croyance des autres à l'existence de ces soucoupes. Le premier sondage d'opinion réalisé fin juillet 1947 montre que plus de 80 % de la population se moque du sujet. A peine 1 % suggère que les Russes pourraient être derrière ces histoires. On n'a cessé au cours des décennies écoulées de nous expliquer que les soucoupes étaient le résultat de l'influence de la guerre froide, les chiffres ne confirment absolument pas cette idée qui est devenue pourtant une véritable croyance sociologique. En 1947, les soucoupes volantes sont moins une "croyance populaire" que ce qu'il faudrait qualifier d'"incroyance populaire"6.

Pourtant malgré les progrès réalisés par les sciences sociales sur le croire, il semble impossible d'appliquer ces progrès aux croyances comme les ovnis. Résultat : les croyances actuelles sont devenues une tâche aveugle que les sociologues refusent purement et simplement d'aborder ou qui les conduit à se transformer en chien de garde du savoir scientifique.

Pour un exemple de cela, on peut par exemple comparer deux numéros de la revue d'ethnologie Terrain publiés à 25 ans d'écart. Le premier numéro paru en 19907 auquel j'avais participé représentait alors la diversité des études réalisables sur la croyance par des sociologues et ethnologues influencés par des travaux qui avaient bousculé la volonté de séparer le monde entre des croyants et des esprits critiques, comme ceux de Jeanne Favret-Saada sur la croyance aux sorts8. Ce numéro ouvrait un chantier sur les croyances contemporaines au plus près des sciences. Dans un numéro récent de la même revue Terrain consacré aux revenants9 on découvre que les exemples de croyances ont été sélectionnés avec le même genre de méticulosité que les parlementaires américains mettent à découper leurs cantons au moment des élections (on appelle cela le gerrymandering) comme s'il fallait à tout prix éviter de prendre le risque de se trouver confronté à des situations où les sciences et les croyances seraient directement confrontées. L'introduction de ce volume illustre le numéro d'équilibriste réalisé par les concepteurs du dossier qui ont accueilli des études donnant l'impression de « prendre les croyances au sérieux » tout en excluant l'idée de prendre précisément au sérieux les croyances qui se trouvent « à moins de 200 km », c'est-à-dire trop près des sciences et qui obligeraient donc à discuter en même temps le discours de la "croyance" et celui des "sciences". (il y aurait évidemment un long développement à faire ici sur ce que ce genre de gerrymandering ethnologique implique sur l'incapacité des sciences sociales à prendre en compte les résultats accumulés par la sociologie des pratiques et controverses scientifiques. Je me permets de renvoyer à mon article de Politix cité plus haut pour une discussion plus détaillée de cette question). 

L'intérêt de sujets comme Roswell ou la Zone 51 est précisément de nous obliger à affronter ces croyances que les sociologues soucieux de prendre les croyances au sérieux rejettent et qui permettent aux sociologues rationalistes d'ignorer les progrès des sciences sociales (et notamment de la sociologie des sciences) sans risquer d'être inquiétés par les précédents. Car ces sujets nous oblige à constater que loin d'incarner des croyances au premier degré, la discussion de ces affaires suscite des allers et retours incessants entre les différents niveaux d'arguments sur la réalité des faits évoqués et sur les croyances que nous attribuons aux autres. Il suffit de s'interroger sur les 2 millions de personnes qui ont signé l'appel à envahir la Zone 51 pour comprendre qu'on n'a pas affaire à deux millions de personnes préoccupées d'envahir réellement ce périmètre militaire, mais qu'on y trouve tous les degrés de discussion de la croyance, et de l'incroyance. 

 

Le passage des théories du complot à la multiplication des procès de l'industrie pour complots

Mais ce premier niveau de la discussions sur ce qu'on croit ou pas sur Roswell et la Zone 51 contribue par son côté spectaculaire ("ces allumés qui croient aux complots pour cacher la présence d'ET sur terre") à masquer un deuxième niveau d'analyse qui porte sur la signification de cette histoire qui commence à émerger lorsqu'on l'insère dans son contexte plus général actuel.

Le milieu des années 1990, c'est-à-dire le moment où Roswell devient à la fois une « croyance » dénoncée dans les médias et un sujet de plaisanterie général (cf les Guignols de l'info sur Canal+ qui avaient largement repris à l'époque l'histoire du film de l'autopsie d'un extraterrestre découvert à Roswell), correspond moins un moment de généralisation de la crédulité qu'à un moment où notre société incarne une vérité scientifique qui commence elle-même à devenir marginale par rapport à l'état des connaissances scientifiques sur la situation écologique et où les mises en cause de grandes industries se multiplient10. Et ce phénomène ne va cesser de prendre de l'ampleur au point qu'on ne peut plus se contenter de dénoncer les croyances à un complot autour de Roswell dans un monde qui, entre les années 1990 et aujourd'hui, va lui-même progressivement basculer de l'idée que nous vivons dans une société "normale", relativement bien insérée dans une nature à peu près gérée correctement, où le savoir scientifique coïncide assez bien avec sa traduction par notre société essentiellement capitaliste, vers une société perçue de plus en plus comme décalée par rapport à ce qu'il faudrait bâtir comme rapport à la nature pour prétendre être en accord avec ce que les sciences nous apprennent sur l'état de cette nature. 

On bascule alors d'un monde où l'Occident apparaissait comme porteur de valeurs de « civilisation », de science, de progrès, vers un monde où, avec la multiplication des procès contre les manipulations, désinformations et complots de l'industrie et la révélation de l'ampleur de la crise écologique, notre mode de vie apparaît de plus en plus comme une espèce de croyance aberrante, au moins aussi aberrante que les croyances ufologiques car ses conséquences sont autrement plus inquiétantes que les croyances ufologiques qui sont loin d'avoir converti l'ensemble de l'opinion et qui sont loin d'être incarnées dans nos pratiques sociales.

Ce n'est plus Roswell qui est bizarre, ce ne sont plus les ufologues qui apparaissent comme étranges avec leurs théories du complot, c'est le mode de vie occidental que les scientifiques n'hésitent plus à dénoncer comme totalement inadapté à la planète qui nous porte. Nous nous comportons comme si la planète était un supermarché cosmique et nous entretenons une conception de la société profondément inadaptée par rapport au type de relation que nous aurions dû instituer et maintenir avec le monde des non humains.

Dans un monde occidental qui ne tient plus que par les mensonges de Trump sur le climat ou par la répression mise en place dans notre pays pour faire taire les manifestants, qu'il s'agisse des Gilets Jaunes ou des militants écologiques, ce sont nos dirigeants qui apparaissent comme des amateurs de théories du complot, comme des marginaux qui croient à une réalité totalement fantasmatique à base de progrès et de croissance. La différence, c'est que là où les ufologues nous amusent ou scandalisent tout en restant marginaux, les dirigeants du monde occidental sont capables de nous imposer un mode de vie délirant dont nous continuons nous tous à être les relais de moins en moins volontaires. Dans une réalité de mieux en mieux décrite par les climatologues et les écologues, des discours comme celui d'Emmanuel Macron qui prétendent marier écologie et croissance émergent comme une forme supérieure de crédulité ou comme une opération de communication de moins en moins habile qui doit de plus en plus compter sur le concours des forces de police pour parvenir à nous "convaincre". Pourtant, c'est lui et ses porte parole qui continuent de désigner comme des « extrémistes » les économistes, les militants, les lanceurs d'alerte qui critiquent de plus en plus notre modèle économique et ses dérives ! En poussant même l'exercice jusqu'à dénoncer ou diagnostiquer les manifestants à la manière dont les dissidents étaient psychiatrisés par la médecine soviétique. Et son discours est encore assez régulièrement repris par certains grands médias qui trouvent plus simples d'associer les militants écologistes et les partisans des fausses sciences plutôt que d'admettre que notre modèle social n'incarne plus la moindre réalité scientifique. 

Les théories du complot sont moins incarnées par les amateurs de Roswell ou de la Zone 51 que par les vrais complots mis en place par l'industrie du tabac, l'industrie pétrolière, l'industrie agro-alimentaire, la sphère économique et financière (avec l'économie de Wall Street qui apparaît de plus en plus comme une gigantesque chaine de Ponzi), etc. Le problème ne renvoie plus à l'idée de croire à des complots mais au constat que nos sociétés sont construites sur un mode de vie qui a de plus en plus pris la forme d'une conspiration pour ne pas avoir à reconnaître son caractère profondément pathologique, maintenu artificiellement par nos gouvernements qui refusent de prendre la pleine mesure du fait que nous sommes totalement inadaptés à notre environnement et malheureusement relayé par chaque rouage de la mécanique sociale (d'où ce sentiment terrible ressenti par de plus en plus de gens d'être malgré eux les complices d'un monde qui a inscrit sa propre perte à son agenda).

 

Comment repenser la notion de croyance dans un monde dont le mode de vie est une croyance

Ce contexte nouveau sur lequel se profilent les croyances ufologiques invite me semble-t-il à analyser autrement les croyances aux complots pour cacher la vérité sur la présence cachée d'ET parmi nous. Et cela s'étend aux autres théories du complot développées depuis les années 1990. Cette défiance accrue des ufologues sur Roswell, les théories défendues par divers auteurs sur les attentats du 11 septembre, la montée de l'incroyance dans la réalité des missions lunaires, etc, tout cela se réduit-il à une forme d'ignorance populaire, de superstition, de fausse science, ou bien le contexte de la crise écologique nous met-il sur la piste d'une autre interprétation de ce phénomène ? Ce qu'on élimine comme une croyance irrationnelle nous dit-il autre chose, quelque chose qu'on a complètement manqué, notamment les sociologues et autres spécialistes des théories du complot ?

Ne peut-on voir dans ces discours complotistes autre chose que de l'irrationnel et de l'extrême droite. Je ne suis pas en train de dire qu'il faut ignorer d'éventuels liens entre ces théories et l'extrême droite, mais que par exemple l'extrême droite est la chose à expliquer, pas l'explication ; on n'a rien expliqué une fois qu'on a établi un lien entre des théories du complot et l'extrême droite. Comme dans les propos qui condamnent les Gilets Jaunes comme xénophobes, les analyses qui réduisent les théories du complot sur Roswell à l'extrême droite n'occultent-elles pas un phénomène plus subtil et digne d'intérêt pour comprendre les relations entre les acteurs au sein de notre société en crise ? N'a-t-on par affaire à la généralisation d'une forme de défiance vis à vis du cadre de vie mis en place par nos sociétés occidentales?

Dans un tel contexte, doit-on se contenter de dénoncer les croyances de type Roswell, ou devient-il important de faire un effort renouvelé pour à la fois comprendre ce que ces histoires incarnent vraiment et pour comprendre l'élargissement du cadre de notre réalité, où nous avons dû passer de la contemplation de notre société à l'analyse de la manière dont cette société s'insère dans l'écosystème terrien?

Si on replace les discussions sur les complots de type Roswell dans ce basculement opéré entre 1990 et aujourd'hui par la crise écologique et la remise en cause de notre modèle de société dans ce passage d'une société rationaliste-industrielle, vers une société qui prend de plus en plus conscience de la crise écologique, que peut-on dire ?

 

Les théories du complot comme transition vers la pensée écologique ?

Il me semble qu'il est important de commencer par décrire ce qui distingue les discussions entre experts sur le climat et les discussions sur les complots répercutés dans l'espace public, et notamment le fait que alors que les experts évoluent dans un univers de références et d'inscriptions scientifiques, le public évolue dans une culture orale (même si elle passe aujourd'hui par des sms, des messages sur internet, facebook etc) qui ne peut faire circuler des énoncés techniques. On peut alors remarquer que certaines théories du complot sont sans doute moins à prendre au pied de la lettre qu'à analyser comme des stratégietrès fineinventéepar la culture populaire pour construire des énoncés qui vont permettre à cette culture populaire-orale de mémoriser et de faire circuler certains types d'énoncés. Nous vivons dans un monde tellement saturé par des mémoires non biologiques (livres, archives, bibliothèques sur internet etc) que nous oublions qu'une partie de notre culture, même avec internet, dépend encore de notre mémoire biologique et de la capacité à trouver des méthodes pour mémoriser et transmettre des énoncés renvoyant à des discussions techniques dont nous ne pouvons pas maîtriser le contenu précis mais sur lesquelles nous entretenons néanmoins des polémiques.

Ainsi dans le cas de l'histoire du nuage de Tchernobyl arrêté à la frontière en 1986 par la volonté politique, phrase qui n'a jamais été prononcée, il est moins intéressant de relever le fait que cette phrase n'a jamais été dite que de comprendre comment cette phrase a permis d'inscrire dans la mémoire collective le débat suscité par les déclarations des experts étatiques sur cette affaire. De même, il ne faut sans doute pas prendre l'énoncé sur la présence d'extraterrestre dans la Zone 51 au premier degré mais il faut peut-être apprendre à y voir la manière dont notre culture populaire traduit sous forme d'histoires facile à mémoriser et à faire circuler, d'autres énoncés techniques plus complexes qui ne pourraient pas être transmis et discutés si on avait dû en mémoriser les détails précis. Les chemtrails illustrent à mon avis bien cette situation. Le problème des chemtrails n'est pas à prendre au premier degré, mais il est important de voir, sous cette histoire, la traduction de nombreux autres questions qui ont été soulevées par l'utilisation des pesticides répandus par avion, par le recours à l'agent Orange au Vietnam, par les débats sur les problèmes écologiques posés par la multiplication des déplacements en avion, etc. Si on prend au premier degré les chemtrails on s'interdit de comprendre le fait que la parole commune, la culture commune, orale, doit fabriquer des énoncés faciles à mémoriser et à transmettre, pour maintenir les débats autour de certains énoncés, quitte à trahir la lettre de ces énoncés d'origine. C'est comme les amateurs de monstres de lac qui insistent sur le caractère mystérieux des observations de monstres en évoquant des lacs "sans fonds". Les lacs à monstres ne sont bien sûr pas sans fonds, et le naïf serait moins celui qui l'affirme que celui qui irait sonder le lac avec un poids attaché à une pelote de corde, mais ce sont des formules qui traduisent à leur manière certaines des questions liées à l'incapacité à faire la lumière sur certains sujets de controverse.

Entre les analyses de contes et légendes et l'analyse des rumeurs actuelles autour des risques technologiques et de la crise écologique, les sociologues, trop proches des discours qu'ils étudient à cause de la place qu'ils occupent dans la même société que les amateurs de théories du complot, ont perdu cette capacité à s'interroger sur ces énoncés pour ne plus se focaliser que sur l'idée de dénoncer des énoncés faux. Mais dénoncer la fausseté des chemtrails n'a probablement pas plus de sens que le fait de, mettons, dénoncer le caractère fictionnel de la légende antique décrivant comme Thalès s'y prit pour mesurer la hauteur des pyramides. On peut parier que l'histoire de Thalès aux pieds des pyramides est une fiction qui n'a jamais eu lieu, mais qu'est-ce qui est le plus important ici, dénoncer la fausseté de cette histoire, ou bien remarquer que dans le monde hellénistique où l'écrit était rare, la transmission de certains contenus mathématiques précis était donc impossible et imposait d'inventer des histoires facilement mémorisables qui permettaient à ces énoncés de circuler aisément en permettant à tout un chacun de reconstituer le théorème ?

L'histoire des rumeurs autour des ovnis, des missions sur la lune ou des chemtrails, ou les légendes urbaines sur la viande de rat dans les plats préparés par certains restaurants ne sont pas à prendre au premier degré à moins de nous montrer plus naïfs que les naïfs qu'on dénonce. Ces rumeurs nécessitent un décryptage pour comprendre comment la parole publique invente avec génie des histoires, des formules qui permettent de maintenir en éveil notre attention sur certains sujets. Le problème c'est donc moins la naïveté des gens que la naïveté des sociologues qui n'ont pas compris que le discours populaire est sans doute plus sophistiqué qu'ils ne l'avaient cru. A force de manquer l'analyse des croyances populaires, les sociologues montrent leur propre naïveté, pas celle du public.

Je m'attends évidemment, et notamment de la part de certains partisans de ces théories du complot, à ce qu'ils me répondent que leurs propos ne sont pas du tout métaphoriques et qu'ils ne parlent pas d'autre chose que ce qu'ils affirment. Mais il suffit de se pencher sur les énoncés qui circulent dans notre société sur les sciences et sur la définition qu'on donne aux sciences dans le discours courant pour comprendre que ces énoncés qui portent sur les sciences disent également autre chose que ce qu'ils semblent dire. En effet, on ne cesse d'affirmer que les sciences cherchent la vérité, que leur but est de définir de quoi se compose la réalité. Voilà bien un énoncé qui a peu à voir avec la réalité pour le coup. Dire que les sciences cherchent la vérité c'est un peu comme dire que les peuplent premiers ont su "vivre en harmonie avec la nature"; ce sont des formules aussi jolies qu'elles sont creuses. Qu'est-ce que signifie vivre en harmonie avec la nature dans un cosmos dont nous avons toujours constitué un des éléments ? Qu'est-ce que la vérité, la réalité par rapport à un monde qui n'a jamais été extérieur à nous et qu'on ne peut guère décrire puisque le simple fait de le décrire implique de tisser des liens avec certains de ses composants, ce qui revient donc à composer de nouveaux collectifs qui sont de fait autant de réalités nouvelles, plus ou moins locales, plus ou moins temporaires ? Ne vaut-il pas mieux décrire ce que font les sciences plutôt que de placer la discussion à de tels niveaux de généralité ? Les sciences cherchent moins la vérité comme l'ont montré de nombreuses études sur les pratiques scientifiques, qu'à étendre un modèle de société qui consiste à consolider nos liens sociaux par l'enrôlement de non humains, par la construction et l'extension de réseaux sociotechniques11.

Si les sciences sont tout autre chose que ce qu'on en dit souvent, on peut admettre que les théories du complot font autre chose que ce qu'elles disent faire.

 

Au coeur du lien entre théories du complot et crise écologique, notre incompréhension des sciences

Et derrière l'idée de reprendre l'analyse de ces théories du complot sans limiter la discussion au fait de s'indigner, se pose le problème de la nécessité de parler autrement des croyances mais aussi des sciences dans un monde dont la réalité est elle-même bancale.

En ravivant les débats sur les théories du complots autour de la Zone 51, les internautes qui parlent d'envahir la zone sont peut-être moins en train de sombrer dans la crédulité et l'irrationnel que de dire quelque chose sur leur perception de l'état du monde et sur la manière dont ils perçoivent la Zone 51 comme illustrative des dérives d'un monde qui a provoqué sa ruine en s'enfonçant dans une crise sans précédent. C'est la conception industrielle de l'exploitation de la nature qui est marginale par rapport au savoir scientifique, pas le discours des ufologues qui avaient pour le coup bien saisi que quelque chose se tramait. Finalement leur Watergate cosmique paraît presque anodin par rapport à la crise de civilisation dans laquelle nous nous retrouvons aujourd'hui. L'ampleur des secrets de l'industrie sur l'état écologique de la planète dévoile des complots bien plus graves que l'histoire de Roswell, et dont les conséquences pour notre société sont bien plus inquiétantes. Même si je ne pense pas que des ET soient cachés dans la Zone 51, cette zone incarne le caractère profondément pathologique du fonctionnement de nos sociétés.

Est-ce que l'urgence c'est de démystifier des histoires comme Roswell ou de s'inquiéter du fait que nos sociétés ont basculé dans une "réalité" qui, elle, est à son tour de plus en plus démystifiée par les scientifiques et les militants écologistes car ce sont nos élites industrielles qui constituent une bizarrerie profonde dans le monde actuel. Ce sont les industriels et le mode de vie qu'ils ont installé qui devraient selon les scientifiques du climat susciter des analyses sociologiques.

De ce point de vue, ce ne sont plus les ufologues qui apparaissent comme des "Martiens" en complet décalage par rapport à la réalité commune, ce sont les élites qui se comportent comme des ET non seulement car elles ont pillé la planète comme les Martiens le font dans La Guerre des mondes, le célèbre roman de HG Wells (1898), mais parce qu'elles entendent en prime se retirer du monde commun pour éviter de subir la catastrophe qu'ils ont provoquée12. Ces élites se comportent également comme les opérateurs des complots sur les ovnis en ayant cherché à garder le secret sur les conséquences dramatiques, écologiques, de leurs pillages. Notre monde a bien été vendu à des ET qui en ont organisé le pillage en règle avant de filer se réfugier sur Mars (comme l'imagine Elon Musk). Nous sommes bien, d'une certaine façon, entre les mains des "reptiliens". 

Evidemment le problème des discours sur Roswell ou la Zone 51 c'est qu'ils ont été l'objet de tant de discours méprisants pendant des décennies, ils ont tellement été réduits à la stupidité et à l'irrationnel, ils sont tellement associés aux vieux scénarios multipliés par les auteurs de pulps et de comics des années 1930, des auteurs hautement méprisés par la culture savante (au point d'organiser des autodafés de comics dans les années 1950), que la simple idée de prendre ces discours ufologiques au sérieux comme les ethnologues ou les historiens prennent au sérieux les croyances médiévales ou les croyances non occidentales, paraît déjà une idée totalement farfelue aux universitaires. L'université et la recherche qui admettent, après Lévi-Strauss, Foucault, etc qu'il faut prendre les croyances au sérieux, qui semblent admettre désormais avec Latour que les sciences doivent être décrites et non plus crues, est incapable de maintenir ce programme lorsqu'elle passe aux croyances ufologiques, aux chemtrails etc. Tout d'un coup on passe des analyses pleines de respect et de déférence vis à vis des paysans médiévaux ou des chamanes achuars au mépris pur et simple vis à vis des « soucoupistes ».

Mais ce mépris pour les croyances ufologiques, pour ces croyances si proches des sciences, cache sans doute autre chose que l'embarras vis à vis de ces croyances. Au-delà du mépris exprimé pour ces croyances on peut aussi avancer une piste qu'il conviendrait d'explorer plus attentivement, à savoir que c'est finalement notre incompréhension des sciences qui transparaît sous cette incapacité des sciences sociales à parler des croyances contemporaines. Se contenter d'exiger du public qu'il comprenne les sciences sans demander aux sciences de faire l'effort de comprendre le public, refuser donc de faire l'effort de comprendre ces théories du complot en limitant toute analyse à leur dénonciation sans voir le contexte de l'écocide dans lequel ces théories s'insèrent, participe en fait autant au refus de comprendre le public qu'au refus de comprendre les sciences. Mais comment espérer construire de nouveaux types de liens entre les différents groupes humains ainsi qu'entre les humains et les non humains sans faire l'effort de comprendre sciences et publics?

A l'heure où les sciences nous permettent de prendre conscience du fait que notre mode de vie basé sur la croissance sans fin est inadapté sur une planète aux ressources finies, il est important de cesser de "croire" aux sciences, de cesser de croire que les sciences renvoient à une simple description rationnelle et objective du monde, à une simple opération de catalogage des êtres qui composent la nature, pour prendre conscience à la fois de ce que les sciences ont rendu possible comme rapport au monde et à la fois de ce que l'industrie a produit comme société grâce aux sciences. A l'heure de la crise climatique, il est important de comprendre les sciences pour imaginer de nouveaux modes d'accrochages entre les sciences et la société, de nouvelles manières de rattacher les non humains aux humains pour espérer continuer à vivre sur une planète à laquelle nous serions enfin capable de nous adapter13Si l'on souhaite participer à la construction et à l'expérimentation de nouveaux modèles de sociétés capables d'entretenir un autre commerce avec les non humain, il n'y a pas d'autres alternative que de tester d'autres manières de relier humains et non humains, que de tester des modèles différents du modèle actuel basé sur la soumission des non humains et d'une partie grandissante des humains à la volonté de quelques élites. En espérant que d'ici là, il reste des non humains avec lesquels commercer. 

 

Notes

1 - En 1996 mon premier livre portait sur La Rumeur de Roswell (La Découverte). Dans les années 1980 et 1990 j'ai étudié les conditions dans lesquelles l'histoire des soucoupes a émergé aux Etats-Unis en 1947 et mon enquête s'est déroulée au moment où le folklore autour de Roswell était en train d'émerger, ce qui m'a conduit à interroger les principaux acteurs de ce courant ufologique.

2 - Naomi Oreskes et Erik Conway, Les Marchands de doutes, Le Pommier; Robert N. Proctor, Agnotology: The Making and Unmaking of Ignorance, Stanford University Press, 2008.

3 - Alain Boureau, "La croyance comme compétence", Critique n° 529-530, 1991.

4 - Les exemples sont nombreux de ces études sociologiques qui liquident les croyances qu'elles sont censées analyser: JN Kapferer et B Dubois, Echec à la science. La survivance des mythes chez les français, Editions rationalistes, 1981: Gérald Bronner, L'Empire des croyances, PUF, etc. 

5 - Pierre Lagrange, « Pourquoi les croyances n’intéressent-elles les anthropologues qu’au-delà de 200 kilomètres ? », Politix n° 100, 2012 [lien vers l'article: https://pierrelagrangesociologie.files.wordpress.com/2013/12/lagrange-croyances200km-politix-100_0201.pdf].

6 - Dans la vidéo que Laetitia Dufour et moi avons réalisée il y a quelques mois dans le cadre de notre chaîne internet Projet Crank, ce point est montré en détail. Mais comme les acteurs du débat de l'été 1947 n'ont cessé de reformuler cette dénonciation, ils ont fini paradoxalement par implanter dans la mémoire collective de cet événement l'idée que « tout le monde y a cru ». C'est la même chose avec la prétendue panique déclenchée par Orson Welles en 1938 : le problème c'est moins la panique et la crédulité des auditeurs que la panique des commentateurs du lendemain qui sont persuadés que les auditeurs ont cru à une émission alors que dans leur immense majorité ils ont écouté sans s'inquiéter (voir la vidéo en deux parties que Laetitia Dufour et moi avons réalisée sur l'histoire de l'émission d'Orson Welles).

Soucoupes volantes et guerre froide? © Projet Crank

7 - Terrain n° 14, "L'incroyable et ses preuves", 1990.

8 - Jeanne Favret-Saada, Les Mots, la mort, les sorts, Gallimard, 1977.

9 - Terrain n° 69, 2018, "Fantômes". 

10 - Robert Proctor, Golden Holocaust, University of California Press. Traduit en français aux éditions des Equateurs (2014). 

11 - Bruno Latour, Changer de société, refaire de la sociologie, La Découverte. 

12 - Bruno Latour, Où atterrir?, La Découverte, 2017. Dans la vidéo ci-dessous, réalisée lors d'un exposé de Bruno Latour dans le cadre d'une conférence organisée par Médiapart, Latour explique comment les plus riches ont décidé d'abandonner le monde commun après avoir provoqué sa ruine. 

Bruno Latour: Comment s'orienter en politique ? © Mediapart

13 - Outre l'ouvrage de Latour cité dans la note précédente, l'essai publié par l'astrophysicien Aurélien Barrau, De l'explication dans les sciences (Dunod), constitue une excellente introduction à une description pragmatique et relativiste des sciences. 

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