Formation des chômeurs-euses : que de préjugés masquant une hypocrisie.

C'est une émission qui me fait réagir aujourd'hui. Elle se nomme "Tout peut changer" et fut diffusée sur une chaîne télé qu'on espérait être publique. Sur F3 quoi... On ne peut que se désoler et s’énerver même que de constater que cette chaîne..., à travers cette émission en tout cas (et c'est pas la première fois d'ailleurs), n'a pas été au service impartiale de la diffusion d'un savoir en direction d'un public. Par contre elle a à nouveau servie à propager une certaine idéologie politique et économique qui ne fait pas de doute..., est bien néolibérale et libérale... Et malgré une tentative d'habillage "social" assez compassionnel en façade, mais basé que sur des clichés, des préjugés même, voulant parler de la formation des chômeurs-euses, des dernières négociations et décisions gouvernementales prises récemment, dans le contexte global de "crise" que l'on connaît que trop bien..., un élément fondamental fut absent du débat...

C'est d'ailleurs son absence qui confirme, avec d'autres points, l'endoctrinement d'une vision macro-économique et micro-économique néolibéral, du sujet du chômage de masse en France, mais ailleurs aussi, déshumanisant, désincarnant le-a travailleur-euse, l'ouvrier-ère, l'employé-e, le salarié-e peut qualifié, et à bas salaire...Car dans la mécanique du système de formation des forces vives et productrices des richesses, et son crédit exorbitant (32 milliards d'euros) qui fut présentée hier, et pas que..., avec l'artifice de mise en scène classique voulant guider la pensée de l'opinion publique voulue unique, en ce qui concerne "le monde joyeux et idéalisé de l'entreprise", à diviniser bien sûr, le soin fut pris de bien différencier, diviser le statut d'employé-e, travailleur-euse, etc.., de celui de chômeur-euse.... C'est un contre-sens économico-social, intellectuel, complet, surtout en ce qui concerne ceux et celles peu qualifiés-es, qui représentent en gros 50% de la population active de notre pays. Sachant qu'en plus ils-elles sont non-imposables majoritairement (moins de 1630 euros/mois), et sont le plus représentés-es dans les demandeurs-euses d'emploi, plus que les cadres sup en tout cas. Rajoutons à cela le fait qu'ils-elles subissent en plus, et le plus, une variété ahurissante d'inégalités tant économiques que démocratiques (dans le sens de représentativité). 

Le contre-sens se trouve dans le contexte économico-social de "crise" permanente (à défaut de "révolution permanente"), qui s'est accéléré et aggravé après le crack financier de 2007/8. La socialisation massive des pertes bancaires et institutionnelles frauduleuses, douteuses, délictueuses, pas auditionnées, ni débattues, qui suivit ce crack, combinée à la financiarisation croissante de l'économie réelle et fonctionnelle des États européens sont à travers l'explosion des dettes publiques - servant de chantage, de moyen de pression par la peur, d’où l'austérité, les réformes "structurelles", etc - sont le début de cette accélération. Quand les derniers traités européen (TSCG, MES y compris celui de Lisbonne) sont qu'en à eux les moyens de confisquer les pouvoirs démocratiques des peuples, en plus de ceux économique (battre monnaie), leurs souveraineté par le vote d'autre alternative, en ayant transféré la garantie et la responsabilité du remboursement des dettes publiques, de leur recouvrement assuré, en grande partie illégitime donc, vers les structures les moins démocratiques de l'Europe de la monnaie.

Ce contre-sens prend aussi une autre dimension à travers la forme d'une tentative de détournement des réelles responsabilités, dans ce débat de la formation des chômeurs-euses, ayant été produit durant ces années de "crise"... Cette responsabilité est tant politique , celle de l'alternance encartée dans l'austérité "prônée" au niveau européen - servant de cache sexe aux gouvernants-es -, induite par une "mondialisation et une "compétitivité" mortifère, ne cherchant qu'à nous faire courir derrière le moins disant social et fiscal, quelle est aussi patronale. Car ces demandeurs-euses d'emploi ne sont pas sortis-es de la "cuisse de Jupiter" et/ou des fin-fond des ténèbres comme certains-es tentent de le faire croire. Ils-elles sont des anciens-es et potentiellement futurs-es salariés-es, ouvriers-ères, travailleurs-euses, employés-es, précaires et ou à bas salaire (dans le secteur public, dans une certaine messure, mais surtout dans le privé)..., que ces entreprises, étrangement plus humanisées derrière leurs pseudos souffrances, que ces personnes sacrifiées sur l'autel de la croissance de marge, ont viré avec leurs familles précarisées et victimes ignorées. Et victimes elles le sont à plus d'un titre..., entre la mal bouffe, voir la toxicité de certains produits et autres biens, la précarité de logement et le mal logement, etc.

Cette segmentation, cette séparation psychologique et intellectualisée entre le statut de personnel inclue dans l'entreprise "sacralisée", dans un réseau relationnel (la marche de l'emploi de l'ombre), et celui des exclus-es "diabolisés-es" du marché du travail sous l'excuse d'un manque de qualification, de flexibilité, d'un code de travail trop lourd, ou autres argumentaires fallacieux quand ils cachent leur précarisation et paupérisation croissante elle, ne cherche t-elle pas à diviser politiquement encore plus ce corps social "d'en bas" bien plus en souffrance que tout autre (la baisse du pouvoir d'achat accrue par la hausse des taux de TVA et autres prix, puis les prochains sacrifices à venir derrière le pacte de responsabilité et son financement, l'accord l'ANI, etc)...? Pourquoi vouloir accroître cette division, si ce n'est d'éviter que ces deux catégories se rencontrent, s'unissent pour lutter ensemble...?

En conséquence. Cette stigmatisation des chômeures-euses par division volontaire du corps social "d'en bas", en rapport à un marché du travail dépendant d'une croissance faible..., dépendant de mécanique managériale du genre turn-over, etc..., ce tout incrémentée dans une gestion globale de l'économie réelle faisant des bas salaires la seule variable d'ajustement d'un taux d'inflation courant vers des prix toujours plus bas - pour ces bas salaires - et des profits de capitaux exorbitant (non taxés à hauteur des revenus du travail bien sûr, vous dirons les néolibéraux )..., seule variable d'ajustement aussi d'une monnaie voulue comme forte (et des rendements élevés de ceux et celles en détenant le plus), cette division au niveau de l’accès à la formation réduit voir bloqué (voir les lois Nairu, Okun et ici)..., n'est-elle pas garantir ignoblement la cohésion économique et non sociale de ceux et celles inclus-es dans le marché du travail, à qui l'on désigne un bouc-émissaire facile, parmi tant d'autres, puisqu'il a été abandonné tant par les politiques que par certains syndicats de salariés-es...?

Craignant que les réponses soient positives au regard de la continuité de la politique macro-économique ne voulant qu'accompagner docilement le dogme néolibéral mortifère..., d'autres responsabilités apparaissent alors plus nettement. C'est celle d'un certain syndicalisme salarial, pas tous..., qui de fait se montre bien plus corporatiste en matière de protection sociale, de protection des droits du travail, de reconversion des gens virés, quand tout cela prouve qu'il n'a cherché qu'à protéger une "clientèle" (partagé politiquement), à travers sa responsabilité de gestion paritaire (au vu des déficits des autres caisses, UNEDIC, etc)..., au détriment des chômeurs-euses. La dissociation de la vie d'un-e actif-ve peu qualifié-e devenant demandeur-euse d'emploi, de plus en plus souvent au vu du cap économique choisi, devant ne pas bénéficier des même droits (adieux leurs égalités alors...?) dans l’accès à la formation, au niveau des distorsions de la réparation de la somme alloués (voir le montant cité plus haut), ne confirme t-elle pas cet abandon syndical...? C'est sur que leur faible nombre de syndiqués-es pour certaines structures syndicales, peut être plus important dans les bas salaires cités plus haut (?), n'a pas aider à englober et considérer la difficulté des chômeurs-euses, anciens-es et futurs-es actifs-ves.

Pour conclure, le plus inquiétant dans tout ça, en plus des "rumeurs" (Vraiment? Tellement elle est sur-médiatisée, sur-exposée, elle en pâlie, dans sa temporalité décalée, ambiguë, en nous faisant pâlir d’effroi maintenant) du jour, c'est d'avoir constaté au cours de l'émission d'hier, comme celle qui suivi sur une chaîne du "service pudique" au sujet de la vérité des faits (sur F2 "Mots croisés". Le paquet fut mis hier dans la propagande à travers 4 heures de faux débats, sur une chaîne qui n'a rien de publique dans le sens d'impartialité de l'information)..., que le bruit de fond du débat tentait à distiller l'idée qu'il faudrait laisser les patrons former  - soit formater - les demandeurs-euses d'emploi à leur guise, en fonction de leur besoin (ou envie..?). Comprendre ce qui pourrait être sous-entendu dessous cela..., cette sorte d'individualisation de la formation, des droits de tous-tes quoi, à accorder à leurs victimes, loin de l'intérêt général de cette population de bas salaire peu qualifié déjà paupérisée, précarisée, abandonnée, quand ce patronat refuse à l’État, aux syndicats de salariés-es d'avoir un droit de regard et son mot à dire sur l’investissement public distribué massivement à l'aveuglette, sur les exonérations et suppressions de certaines cotisations sociales patronales, dispendieuses au regard des résultats précédents pas évalués, et des déficits, refuse même toutes contreparties tant à travers le contrôle fiscal de l’utilisation du denier public, que de s'engager à chiffrer ses objectifs sociaux..., comprendre le marché de dupe proposé ici doit être un enjeu politique national.

 

 

 

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