Philippe Corcuff ou l'injure comme horizon des sciences sociales

Philippe Corcuff ne cesse de dispenser des leçons de morale, de politique et de Science du haut de son Olympe Mediapartien. Il insulte et bestialise à satiété non seulement ses collègues qui, beaucoup plus connus et reconnus, lui refusent leur reconnaissance mais aussi les abonnés qui auraient le malheur de ne pas être d'accord avec lui et lui signifient, parfois vertement.

Ils sont alors immédiatement taxés de "meute" ou de "confusionnistes"et se voient accusés illico presto d'être des rouges-bruns. 

Mais Philippe Corcuff, s'il s'arroge le droit d'insulter et de mépriser, ne tolère aucunement la réplique, y compris de la part de collègues qui, comme moi, s'indignent de l'utilisation de tribunes médiatiques pour régler, de façon assez minable il faut bien le dire, des comptes avec des intellectuels dont il jalouse terriblement la notoriété. 

Quand le débat tourne mal pour lui, c'est-à-dire très souvent, notre célèbre "anarchiste social-démocrate réformiste", si déférent avec des gens comme Jacques Julliard, Philippe Val ou Alain Finkielraut, a pour habitude d'ouvrir et de fermer les commentaires à son gré pour dispenser son fiel. Il l'avait déjà fait à l'occasion de son billet rédigé avec Antoine Bevort, acculé qu'il était au mur du ridicule après l'élection de Trump. 

Ainsi d'une polémique récente à propos d'un de ses billets fielleux, censément humoristique, suggérant que Lordon, Badiou, Todd et d'autres feraient le lit du Front National en participant d'un "confusionnisme" qui n'existe que dans la tête de Philippe Corcuff. L'arme favorite de M. Corcuff : la diffamation et la reductio ad hitlerum. Vous avez le malheur de déplaire à M. Corcuff : vous êtes un agent secret ou un idiot utile de l'extrême droite. Voilà le niveau d'argumentation de notre entrepreneur de morale. 

Après avoir insisté pour avoir une liste de publications, et après m'être plié à cette demande, non sans réticence, M. Corcuff se permet de recompter à sa guise, après avoir fermé, ouvert puis refermé les commentaires, comme le grand démocrate qu'il prétend être. M. Corcuff, confronté au ridicule, empêche la réplique et manipule les indicateurs bibliométriques – légitimisme étonnant pour un anarchiste dont on sait il est vrai qu'il brûle d'être reconnu par les médiacrates – pour sauver la face. Sans faire illusion évidemment. La mauvaise foi ou l'arme des faibles. Comme Churchill, Corcuff ne croît qu'aux statistiques qu'il a falsifié lui-même. 

Tout cela au fond est dérisoire et il sait pertinemment comment sa production est estimée dans le monde académique. 

Plus préoccupant, M. Corcuff contribue selon moi à décrédibiliser les sciences sociales dans l'espace public. Outre sa dérive verbeuse et moralisante, M. Corcuff joue le chercheur en politique et le politique dans la recherche. Classique double jeu des demi-habiles qui ne veulent pas consentir les sacrifices exigés par ces deux univers et cherchent à contourner leurs règles. Sur Mediapart, il a pour habitude d'exhiber des références pseudo-savantes pour intimider son monde. Il en ressort une image finalement très acrimonieuse et politisée des sciences sociales. Or, il faut le savoir, nombre de chercheurs en sciences sociales font leurs enquêtes empiriques sérieusement – travail dont M. Corcuff se dispense – et produisent leurs résultats dans les enceintes académiques. Ils ne confondent pas le savant et le politique, même s'ils peuvent être engagés par ailleurs. Mais il y a un temps pour tout. S'il y a un "confusionnisme", c'est bien celui de M. Corcuff qui confond tous les registres et toutes les activités. Il attaque  politiquement des propositions savantes et tente de décrédibiliser scientifiquement des prises de position politiques. C'est décourageant – et, pour tout dire, très énervant – pour tous les chercheurs qui tentent de bien faire leur travail selon les canons de la science : problématique, hypothèses, confrontation au terrain, discussion avec les pairs. 

M. Corcuff s'est donné pour profession de donner des leçons, tantôt épistémologiques, tantôt de bonne tenue politique, à ses collègues ou aux citoyens et abonnés. Toujours surplombant, il insulte et méprise, et s'étonne après d'être pris à parti, prenant la pose de la victime qui lui sied franchement très mal. Il suffit de relire ses pénibles et si bien-nommées "prises de tête", dégoulinantes de moraline et de pédantisme, dans le Charlie Hebdo de Val et Fourest, personnes qu'il juge plus fréquentables qu'un Bourdieu taxé de complotisme coupable devant Jacques Julliard et Alain Finkielkraut. Ou encore ses réactions que je trouve ignobles aux posts des abonnés qui manifestent leurs désaccords avec le Génie corcuffien : railleries, quolibets, caricatures, procès d'intention, amalgames, jeux de mots grotesques, y compris sur les patronymes (pratique que je considère comme le summum du dégradant pour celui qui s'y livre), M. Corcuff ne nous épargne absolument rien. Y compris l'usage des majuscules et du gras pour bien faire sentir son fiel. 

Il convient donc ici de rappeler aux personnes qui ne sont pas familières du monde de la recherche en sciences sociales que le poids académique de M. Corcuff est inversement proportionnel à son ego démesuré et à son ressentiment sans borne vis-à-vis de gens bien plus brillants que lui, identifiés dans le billet incriminé à Zemmour et Soral ! Rien de moins ! On a échappé à Goebbels, mais de peu, ouf ! Ces amalgames diffamatoires – de même que, je le répète les jeux de mots stupides sur les patronymes : "Insécure Bovin", "Emmanuel Tôle", "Sapir Lipopette", "Bah diou", "Ramoneur", etc. – sont intolérables de la part d'un universitaire qui est censé incarner la rigueur des sciences sociales à défaut du fair play à l'égard de collègues. M. Corcuff se croit drôle avec son pseudo-conte qui fait passer ses cibles préférées – et donc aussi celles et ceux qui leur portent de l'intérêt – pour de parfaits abrutis. Il n'est pas difficile en matière d'humour mais c'est son droit. Toutefois, quelle image des sciences sociales donnent ces pratiques déloyales ? Eh bien que tous les coups, y compris, surtout même, ceux en dessous de la ceinture, sont permis. On aurait vite fait de lui rappeler que les jeux de mots avec les patronymes sont une sale coutume... de l'extrême droite ! 

Là où on aurait pu penser qu'en tant qu'universitaire il réfutât, faits à l'appui, les arguments des uns et des autres (sinon à quoi sert-il en tant que "sociologue" ou "politiste" ?), le voilà qui passe plutôt la vitesse supérieure, à l'image d'un Philippe Val ou d'une Caroline Fourest avec qui il partage décidément bien des pratiques et des convictions : celle de l'insulte et de la diffamation pures et simples. C'est tellement plus économique en temps et en neurones que de faire de la vraie sociologie électorale, comme a pu le faire Eric Fassin sur son blog après l'élection de Trump. M. Corcuff se réfère d'ailleurs étrangement, ou plutôt paradoxalement, à ce billet de blog de Eric Fassin, alors même que son analyse va dans le sens de celle, par lui raillée, de "Emmanuel Tôle" ou de "Sapir Lipopette" : le néolibéralisme et le libre-échange doctrinal du parti démocrate ont précipité la démobilisation politique de la gauche ouvrant un boulevard à une droite extrême mobilisée ; j'avais moi-même alors mentionné le livre percutant de Thomas Franck, Listen Liberal! qui allait dans ce sens, ou encore rappelé le billet de Michael Moore à ce propos... Il me semble que Lordon, Sapir, Todd et les autres sont tous d'accord pour dénoncer la dérive droitière des partis censément "socio-démocrates" et leur responsabilité dans le marasme politique actuel, plaidant pour une gauche de gauche. Fassin est respectable mais pas Todd, Lordon, Zizek ou encore Badiou ? Cherchez l'erreur. M. Fassin doit être un copain. Les autres ne sont que des renégats confusionnistes qui bouffent une part du soleil médiatique auquel M. Corcuff pense avoir droit. 

Comme chercheur, je déplore vivement le détournement du statut d'intellectuel pour régler des comptes peu glorieux, car très personnels, avec des collègues qui n'ont que le malheur de ne pas le calculer. Comme citoyen, je suis consterné par le niveau auquel M. Corcuff abaisse le débat. 

Philippe Corcuff ou la déloyauté comme règle déontologique. 

Un excellent billet à redécouvrir de Jarogne : https://blogs.mediapart.fr/jarogne/blog/120515/les-sophismes-de-corcuff

Je laisserai le mot de la fin à un abonné qui, en privé, m'a fait part de sa sagesse que, pour le coup je lui envie et que j'essaierai de mettre à l'avenir en pratique : 

"Bonjour Pierru, j'ai vu votre réponse à Corcuff sur le fil Oui-Oui, puisque notre ami écrit un nouveau chapitre de cette histoire qui a enchanté nos enfances. Je pense que vous avez tort de lui répondre. Je considère que Corcuff est un demi-fou : associer dans un billet Todd, Lordon, Sapir, Badiou à Soral et Zemmour, il faut être atteint. Il l'est. Fou de jalousie, votre diagnostic est juste. Mais le problème ce n'est pas tant Corcuff que Médiapart. Comment un journal qui se positionne à la gauche du PS peut-il publier régulièrement les articles poubelles de Philippe Corcuff ?

Europamuseum écrit de façon aussi très pertinente : "Si les gens réagissent autant aux billets de Corcuff, c'est qu'ils sont tout empreints de ce racisme de classe, tellement présent chez les professeurs dont une bonne partie de l'activité consiste à distribuer bons et mauvais points, dire le mal et le bien, classer et légitimer les positions sociales, bref en un mot comme en cent : justifier l'ordre. Et en se proclamant anarchiste, il est normal que tout le monde saute au plafond..." On ajoutera que M. Corcuff est anarchiste comme il a été socialiste, écolo, anticapitaliste... La seule cause politique de Philippe Corcuff c'est Corcuff Philippe. 

De M. Corcuff, ce sont les connaisseurs qui en parlent le mieux. A méditer. 

PS : Pour mesurer le degré de narcissisme auquel M. Corcuff est arrivé, il suffit de lire ses propos : "Dans ce cadre, je suis devenu la principale figure honnie des z'élites"... No Comment tant c'est consternant. Les z'élites, il brule d'en être. Que de frustrations... Heureusement que le ridicule ne tue pas. On saisit aussi les raisons de sa bonne entente avec Val. Deux ambitieux imbus d'eux-mêmes. 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.