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Billet de blog 4 févr. 2017

Gérard Filoche : "Unité ! Unité Unité !"

Depuis l'élection de Hamon à la primaire du PS, certains de ses soutiens de dernière minute, comme Gérard Filoche, ne cessent d'en appeler à l'unité, sautant sur leur chaise comme des cabris. Et de lancer des pétitions et autres appels pour "contraindre" Jean-Luc Mélenchon et la France Insoumise à faire l'unité avec le PS. Gérard Filoche représente la politique d'un autre temps.

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Cet autre temps, c'est celui de la gestion patrimoniale de clientèles électorales censément captives, qui suivraient servilement les mots d'ordre de leurs "représentants", souvent des professionnels de la politique plus préoccupés par la gestion de leur portefeuille de postes que par l'intérêt général. 

M. Filoche ne cesse depuis quelques jours d'invoquer des sondages grossièrement manipulés – pardon, on dit "redressés" en termes techniques –, lance des pétitions pour un front "Hamon-Jadot-Laurent-Mélenchon" – l'ordre a du sens –, et insulte celles et ceux qui se refusent à mettre sous respirateur artificiel un PS moribond. Il qualifie "d'historique" la victoire d'Hamon, censé représenter la "gauche socialiste" face à une "droite" du parti en déroute.

Sur le fond de ses convictions, rien à dire : Gérard Filoche est authentiquement de gauche. Mais du point de vue de la stratégie politique, c'est tout autre chose : Gérard Filoche, ancien trotskiste, a le zèle des convertis. La foi aveugle qu'il a dans son parti susciste soit la compassion soit une profonde inquiétude quant à sa santé psychologique. Toujours est-il que M. Filoche, malgré sa bonne foi, et certainement à l'insu de son plein gré, joue désormais le rôle de rabatteurs de voix de gauche pour Cambadélis et la nomenklatura solférinienne. 

C'est que M. Filoche se croit encore au temps de la "gauche plurielle". Il a apparemment zappé la séquence ouverte depuis 2002 et singulièrement depuis 2012. Il ne s'est pas aperçu que la problématique politique n'a plus rien à voir. 

Il faut donc lui rappeler plusieurs choses : 

Premièrement, quoi qu'on dise sur le culte de la personne dont il serait l'objet, Jean-Luc Mélenchon est seulement le point de ralliement de toutes celles et ceux pour qui le PS doit être "liquidé", pour reprendre le mot de Aude Lancelin dans Teknikart. Il suffit de connaître un peu le monde des sympathisants et des militants de la FI pour se rendre compte immédiatement que si, par grand malheur, JLM appelait à soutenir Hamon pour les présidentielles, la FI s'évaporerait presque instantanément. Les militants de la FI veulent de la cohérence et cette cohérence les porte à "vomir" – le mot n'est pas trop fort je crois, quand on discute avec eux – le PS. L'apparatchik carriériste nouvellement élu par le PS ne bénéficierait alors que de très peu de report de voix. Intérêt de l'opération : nul pour Hamon, désastreux pour la FI. 

Deuxièmement, M. Hamon apparaît auprès des militants de la FI pour ce qu'il est : l'ultime et désespérée tentative du PS de faire croire qu'il est de gauche. Noam Ambrourousi a, dans son blog Mediapart, parfaitement analysé les flous, ambiguïtés et faiblesses du "programme" de Hamon. Aucune remise en cause des traités européens, ce qui condamne par avance toute politique de gauche, revenu universel devenu un super RSA au fur et à mesure du ralliement du candidat au "réalisme", soutien tacite à l'équipe sortante (de Valls à El Khomri), etc. De quoi Hamon est-il le nom ? D'un Hollande bis. 

Troisièmement, M. Filoche ne nous explique jamais pourquoi il fait de Hamon le candidat naturel du mouvement unitaire qu'il appelle de ses voeux. En effet, tout voudrait justement qu'il s'efface au regard du bilan qu'il porte, notamment en tant qu'ancien membre du gouvernement ayant conspiré à mettre Valls à Matignon. Mais non : Filoche se croit encore au temps du PS hégémonique. 

Quatrièmement, la FI n'est pas un parti mais un mouvement. Il n'a pas de postes à préserver. Dès lors les petites combines filochardes qui ont permis au PS de maintenir en servilité ce qui reste du PCF et de EELV tombent à l'eau. Hamon peut, certes, dans son propre parti faire chanter Lienemann pour qu'elle retire sa candidature aux primaires sous peine de se voir retirer son investiture aux prochaines sénatoriales. C'est en effet un habitué des coups tordus et des manoeuvres de couloir qu'affectionnent tant les Solfériniens. Mais avec les Insoumis, ce type de pratique est neutralisé. Pas de postes, pas de chantage. 

Cinquièmement, et de façon connexe, l'un des grands acquis de la séquence qui va se clore en 2017, est de faire disparaître le PS. C'est le voeux de centaines de milliers d'Insoumis. Et Filoche, manifestement bloqué dans les années 1980, de nous refaire le coup de "Au secours, la droite revient" et du chantage au "votutil" pour faire "barrage au FN et à la droite dure". Pour un peu, il nous ressortirait Séguéla. "Ils vont revenir" écrit-il, tordu d'angoisse, sur son blog. Ah bon ? "Ils" étaient partis ? "On" ne s'en était pas rendu compte, comme le montre le bilan fait par le site du "PS en acte" (https://www.bilan-ps.fr/). N'en déplaise à Filoche, mieux vaut une droite "dure" qu'une droite complexée (de moins en moins cela dit) qui manie le chlorophorme comme un CRS la matraque. En effet, cette configuration – que je souhaite éviter mais pas à n'importe quel prix – permettra au moins à la gauche de se recomposer et de se mobiliser. La différence dans les politiques publiques ne sera pas forcément évidente à voir.

M. Filoche avoue, au détour d'un post, qu'il porte rancune éternelle à JLM d'avoir déclaré que la "gauche socialiste est comme un chien, elle couine puis elle se couche". Ce n'est pas totalement exact. Elle couine, certes, mais elle chouine aussi, comme on l'a vu au moment de l'affaire Cahuzac, sur les plateaux de télé. 

Au fond, la trajectoire d'un Gérard Filoche suscite la compassion. Voilà un homme de gauche sincère qui aura servi une grande partie de sa vie de militant, de caution à un parti oligarchique qui, plus que la droite encore, aura été l'acteur clé de la conversion néolibérale de la société française. 

Un conseil Gérard : profite de ta retraite au lieu de mener le combat de trop, et avant que la compassion ne cède le pas au mépris, ainsi que le suggère Fargeau dans les commentaires.  

Pour les Insoumis, il y a un cap et une stratégie. La campagne démarre. Il ne faut pas en dévier. 

Et, à la clé, l'incommensurable plaisir – au moins pour un homme s'étant éveillé à la politique avec les premières trahisons du PS au début des années 1980 – de voir tous les gamelards du PS, amis de M. Filoche, pointer à Pôle Emploi, et ainsi faire l'expérience du marché du travail flexible qu'ils appellent de leurs voeux. S'ils retrouvent du travail tant beaucoup n'ont jamais travaillé de leur vie. A commencer par M. Hamon.

Le PS est déjà quasiment un hologramme. On dit qu'il ne compte plus que 30 000 adhérents à jour de cotisation ; en gros toutes celles et ceux qui vivent du PS. Son omniprésence publique prend, en outre, sa source dans les allégeances et copinages dont il bénéficie dans le (tout) petit milieu intellectuel et journalistique parisien. Surmédiatisation favorable qui tranche singulièrement avec le traitement réservé aux représentants de la FI. 

Et en mai 2017, quand il disparaîtra définitivement du paysage politique, je ferai comme Pierre Desproges : je reprendrai deux fois des nouilles.  

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