Quelques réflexions sur le Arfi-Perraugate

Cher(e)s Médiapartien-ne-s,Médiapart se voulait un journal participatif : depuis deux jours, dans le sillage de la publication du "parti-pris" de Arfi et Perraud, la réalité écrase l'ambition des initiateurs de ce journal : plus de 1800 commentaires, massivement indignés, des menaces de désabonnement en rafale, des critiques argumentées, quelques mouches du coche venant appuyer la diatribe anti-mélenchon de nos deux éditorialistes et titiller les convictions de gauche des autres abonnés.

Cher(e)s Médiapartien-ne-s,

Médiapart se voulait un journal participatif : depuis deux jours, dans le sillage de la publication du "parti-pris" de Arfi et Perraud, la réalité écrase l'ambition des initiateurs de ce journal : plus de 1800 commentaires, massivement indignés, des menaces de désabonnement en rafale, des critiques argumentées, quelques mouches du coche venant appuyer la diatribe anti-mélenchon de nos deux éditorialistes et titiller les convictions de gauche des autres abonnés.

Cette affaire m'inspire quelques réflexions en forme de questionnements :

1. Médiapart ne devrait-il pas officiellement assumer sa ligne politique favorable à l'aile gauche et aubryste du PS ? En effet, à mesure que le climat politique s'alourdit, que la défaite électorale à venir du PS dessine plutôt une déroute, il semble que ce journal se soit résolu à dézinguer tout ce qui est à la gauche du PS (Front de Gauche, Nouvelle Donne, Ecologie politique) tout en continuant à taper sur la droite Hollando-Vallsiste, en même temps qu'il donne une surface éditoriale démesurée à des Montebourg et autres Hamon. Les lecteurs de Médiapart sont à l'évidence des individus politisés et informés : il ne faudrait pas les prendre pour des imbéciles. Au passage, votre engagement politique, respectable à défaut d'être original (en effet, nombre de médias dominants sont pro-PS), n'a que peu de chance de convaincre des gens dont les opinions politiques sont solidement ancrées.

2. L'hypocrisie qui entoure votre engagement politique n'est-il pas du à votre dépendance économique à un lectorat dont vous savez que le centre de gravité politique est plus à gauche que celui de votre rédaction ? D'une façon générale, un média n'échappe jamais à une forme de dépendance, quelle qu'elle soit : dépendance politique, dépendance aux annonceurs, dépendance aux lecteurs...

3. Un parti-pris autorise-t-il à s'affranchir d'un minimum de déontologie journalistique ? En effet, proposer une interprétation des faits (ici des écrits de Mélenchon) n'autorise pas à déformer voire à détourner ces faits afin de mieux satisfaire des haines personnelles. Quelques bons mots, de la morale et de l'acrimonie n'ont jamais fait un bon papier.

4. Un journal peut-il maltraiter ses abonnés lecteurs en les prenant non seulement pour des imbéciles en tentant de les manipuler mais aussi en les toisant avec mépris dans les réponses que ses journalistes font aux commentaires indignés ? Il y a là un vrai problème : un journal doit avoir du respect à l'égard de ses lecteurs, ce qui ne signifie pas les caresser dans le sens du poil politique.

5. Est-ce que critiquer ce parti-pris malhonnête intellectuellement fait de vous un béat de Mélenchon, un stalinien sectaire aux pulsions criminelles, ainsi que le sous-entend le papier incriminé ? Il y a là à l'évidence un syllogisme méprisant et méprisable. La lecture des commentaires montre que beaucoup ont des réserves – voire n'aiment pas – à l'égard de Mélenchon mais aussi que les lecteurs détestent qu'on cherche à les manipuler avec des arguments fallacieux.

6. Les abonnés, dans leur majorité, cette polémique l'a révélé avec éclat, et à rebours de ce qu'affirme un Antoine Perraud, rejettent le PS, et ils sont à l'image du peuple de gauche : en fait, nombreux sont ceux qui, comme moi, se sont abonnés à Médiapart pour échapper au matraquage des médias dominants qui, comme France Inter, Le Monde, Libération ou Le Nouvel Observateur sont devenus les porte-parole de ce parti qui dispose d'une bienveillance médiatique disproportionnée en comparaison de son audience électorale. Quelles raisons auraient-ils de continuer à financer un journal qui s'aligne sur la doxa médiatique, même si c'est à ses marges ? Je pense par exemple au suivisme de Médiapart à l'endroit d'un "esprit du 11 janvier" qui relevait davantage de la manipulation politique de haut niveau plutôt que de la réaction républicaine réfléchie.

7. Médiapart n'est-il pas victime d'une forme d'institutionnalisation et, surtout, d'un enfermement social et intellectuel lié à la fréquentation assidue du petit monde parisien, qui l'éloigne de plus en plus du vécu de très nombreux électeurs ?

J'avoue que je m'interroge énormément sur mon abonnement, comme beaucoup. Je demande avant tout à Médiapart une information originale, loyale, équilibrée, honnête, et non un engagement politique quel qu'il soit. En fait, si je reste pour le moment abonné, c'est parce que je n'ai pas envie de renoncer aux échanges fructueux et sympathiques que je peux avoir ici avec d'autres abonnés fidèles. Il appartient désormais à la direction de Médiapart de choisir s'il veut rester un journal à part entière ou devenir un simple réseau social, dans lequel les abonnés sautent les articles pour aller directement lire les commentaires, ce qui est très souvent mon cas tant la qualité éditoriale est en baisse, à quelques exceptions près (Martine Orange, beaucoup de papiers de Laurent Mauduit, Jade Lindgaard).

En exergue de ce billet, je me permets de citer un extrait de la charte professionnelle des journalistes, dont Morvandiaux m'a gentiment indiqué l'adresse internet. En effet, Antoine Perraud aime invoquer la charte de Médiapart pour censurer certains commentaires qui lui déplaisent. Donc charte contre charte. [Un journaliste] "tient l’esprit critique, la véracité, l’exactitude, l’intégrité, l’équité, l’impartialité, pour les piliers de l’action journalistique ; tient l’accusation sans preuve, l’intention de nuire, l’altération des documents, la déformation des faits, le détournement d’images, le mensonge, la manipulation, la censure et l’autocensure, la non vérification des faits, pour les plus graves dérives professionnelles". On en demande pas plus. Et, dans ce parti-pris, on en est très loin. 

PS : les copains, ne vous désabonnez pas, sinon on va se sentir encore plus seul politiquement ! Je reste abonné pour échanger avec vous.

PS 2 : d'autres liens vers des billets d'abonnés froissés ou indignés :

http://blogs.mediapart.fr/blog/liberte21/060315/s-il-te-plait-mediapart-explique-moi-explique-nous-pourquoi-tu-nous-insultes

http://blogs.mediapart.fr/blog/nicolas-corte/070315/melenchongate-sur-mediapart-quelles-consequences

http://blogs.mediapart.fr/blog/eric-noire/060315/melenchongate

http://blogs.mediapart.fr/blog/noushka/080315/polemique-arfi-perraud

http://blogs.mediapart.fr/edition/boulevard-des-mots-dits/article/080315/saute-cadavre-surprenant-neologisme-pour-saute-ruisseaux-mal-inspires

http://blogs.mediapart.fr/blog/horus/060315/parti-pris-ou-diffamation

http://blogs.mediapart.fr/blog/register/270215/mediapart-victime-collaterale-de-charlie-hebdo

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