Brésil : Jair nie Bolsonaro

Après deux cents jours de gouvernement Bolsonaro, et à partir de l'analyse serrée de l'agenda présidentiel public, le journaliste Rubens Valente éclaire magistralement le sectarisme et le grand et grave schisme provoqué par Jair Bolsonaro.

"Je gouvernerai pour tous" a dit le président lors de la remise de son procès-verbal d'investiture le 10 décembre 2018, au tribunal supérieur électoral (TSE). "Je construirai une société sans discrimination ou division" a-t-il répété lors de la passation de pouvoirs, le 1er janvier 2019.

Qui parcourt les 964 rendez-vous de l'agenda de Jair Bolsonaro, en audiences, déjeuners et dîners jusqu'à ce vendredi 2 août 2019 va embarquer pour un voyage hallucinogène via des rituels évangéliques, des parties de football, des députés lobbyistes des armes, le chanteur Amado Batista et le présentateur de rodeos Cuiabano Lima. Et des entrepreneurs, de nombreux entrepreneurs extrêmement riches et leurs puissants groupes de pression.

Le lecteur percevra également pour qui Bolsonaro gouverne. Il a reçu les plus hauts dirigeants des multinationales Exxon et Shell, mais aucun représentant des pétroliers brésiliens opposés à la vente des actifs de Petrobras. Il a échangé souvent avec des grands propriétaires terriens, mais avec aucun porte-parole légitime des sans-terre, des quilombolas ou des indigènes (il a seulement fait une rencontre filmée en direct avec des indigènes amenés là, au Planalto de Brasilia, par des grands éleveurs et grands propriétaires terriens).

Bolsonaro n'a maintenu aucune audience avec le moindre représentant de la communauté LGBTQ, mais il eu huit rencontres avec des pasteurs évangéliques. Il a également participé à un Acte de Consécration du Brésil à Jésus-Christ à travers l'Immaculé Coeur de Marie.

A Rio de Janeiro, il s'est rendu à la remise de diplômes de parachutistes de l'armée, mais n'a reçu la moindre organisation des milliers de cariocas qui manquent de tout, issus de communautés et favelas souffrant du poids des milices, des traficants de drogue et des exécutions extrajudiciaires. A Brasilia, il n'a reçu aucun leader des sans domicile fixe, aucun activiste environnemental, aucun scientifique, anthropologue, écrivain, professeur, cinéaste de premier plan, alors qu'il a reçu un groupe identifié comme "Youtubeurs de droite".

L'agenda présidentiel prouve que ce Bolsonaro homme d'Etat n'a été rien d'autre qu'une fiction. Le vrai Jair, partial, sectaire et diviseur, ne gouverne que pour un seule face du Brésil, depuis le premier jour.

 Rubens Valente

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L'article de Rubens Valente a été publié le 3 août 2019 dans l'édition électronique, pour abonnés, du quotidien Folha de São Paulo:

https://www1.folha.uol.com.br/colunas/rubens-valente/2019/08/jair-desmentiu-bolsonaro.shtml

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