Brésil: menacée, Ana Lúcia, première noire élue en cent soixante-dix ans à Joinville

La professeure Ana Lúcia Martins, du parti PT, âgée de cinquante-quatre ans, élue conseillère municipale de Joinville (600.000 habitants) le 15 novembre dans l'Etat austral de Santa Catarina, est la première noire de la ville à ce poste. Et reçoit depuis lors une pluie, anonyme, de menaces de mort sur les réseaux sociaux.

Ana Lúcia Martins, élue conseillère municipale (PT) le 15/11 à Joinville (SC). © DR Ana Lúcia Martins, élue conseillère municipale (PT) le 15/11 à Joinville (SC). © DR
Trois mille cent-vingt-six votes. A peine élue la veille, dès le lundi 16 novembre, selon son avocate Andreia Indalencio Rochi, envers Ana Lúcia " ont commencé ces menaces sur le réseau social Twitter, par des messagers anonymes qui littéralement réclamaient son assassinat pour que son suppléant blanc assume le poste, qui rappelaient que les fascistes dirigent la ville et qu'elle a besoin de se protéger ".

Le PT de Joinville a publié un communiqué dans lequel le parti des travailleurs affirme que " les attaques sont une censure ". Et de rajouter que " ces commentaires publiés sur les réseaux sociaux et les menaces à notre camarade constituent un mécanisme de censure et d'invisibilité pour empêcher la dénonciation, la réflexion et la critique à propos du racisme ".

Les e-mails de menaces adressés à la conseillère municipale l'avaient été aussi, en copie jointe, à l'Ordre des avocats (OAB-SC), au tribunal, à des journalistes et à d'autres organismes publics.

Il aura fallu attendre cent-soixante dix ans pour qu'une noire intègre le conseil municipal.

Joinville, fondée en 1851, est la première ville de l'Etat de Santa Catarina. Devant la capitale, Florianopolis. Elle est également la troisième ville de la région Sul du Brésil, derrière Porto Alegre et Curitiba.

Ce 2 décembre, une délégation de représentants d'organisations nationales de droits de l'homme et ani-racistes s'est rendue à Joinville pour se réunir au commissariat de la protection des enfants, adolescent, femmes et personnes âgées (DPCAMI) de la ville. Pour que les autorités découvrent et punissent les auteurs de ces pratiques criminelles.

Il y avait la Comissão de Defensores e Defensoras de Direitos Humanos du Conselho Nacional dos Direitos Humanos (CNDH), le Comitê Brasileiro de Defensoras e Defensores de Direitos Humanos (CBDDH) et aussi l'organisation Terra de Direitos. Auxquels s'étaient joints mesdames Juliana Mittelbach et Cleci Martins, de la Rede de Mulheres Negras do Paraná (RMNPR), Fernanda Lapa, de l'Instituto de Desenvolvimento e Direitos Humanos (IDDH), ainsi que Lizandra Carpes, Cynthia Maria Pinto da Luz et Maikon Jean Duarte, trois membres du Centro de Direitos Humanos Maria da Graça Bráz (CDH) de Joinville.
La visite était également soutenue par les trois organisations civiles Instituto Marielle Franco, Justiça Global et Criola.

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