Brésil: Bolsonaro barre l'amnistie politique fédérale à des victimes de la dictature

Une nouvelle orientation du gouvernement Bolsonaro, publiée le 7 juin 2021, prohibe tout nouvel examen et octroi du statut fédéral d'amnistié politique aux demandes, en cours et à venir, des persécutés de la dictature militaire (1964-1985). L'objectif déclaré du gouvernement postfasciste est de clore cette Commision en 2022 et de réécrire l'histoire.

La Commission d'amnistie, - collège créé en 2002 et chargé d'analyser la documentation de toutes les demandes de réparations historiques faites par les personnes politiquement persécutées - du gouvernement Bolsonaro a décidé de restreindre encore plus l'octroi de l'amnistie politique fédérale aux personnes persécutées pendant la dictature. Depuis le mois de mars 2019, le collège compte vingt-sept membres, alors qu'il en comptait vingt auparavant.

Ce collège a un caractère consultatif et la décision finale sur qui doit recevoir, ou non, des réparations financières, revient à la ministre de tutelle. 

La Commission est présidée par l'avocat João Henrique Nascimento de Freitas*, fidèle entre les fidèles d'un des fils du président de la République, Flavio Bolsonaro, et qui a été son assistant parlementaire de 2005 à 2012 à l'assemblée législative de Rio de Janeiro. Il y a toujours une enquête sur sa personne, tout comme quatre-vingt cinq autres individus, dans le cadre de la gigantesque fraude orchestrée par le fils aîné Bolsonaro.

Le statut d'amnistié politique est en effet accordé aux personnes ayant subi des persécutions de la part d'organes ou d'individus liés à l'État brésilien entre 1946 et 1988. La plupart des personnes reconnues amnistiées ont été la cible de persécutions pendant la dictature entre 1964 et 1985. 

Depuis le début du gouvernement postfasciste de Bolsonaro, seulement 10 % des demandes avaient été acceptées.

Dans une nouvelle interprétation, la commission considère désormais que les personnes qui ont reçu des indemnités et d'autres avantages en raison de persécutions politiques de la part des gouvernements des États [du pays] ne sont pas en droit de bénéficier d'une amnistie du gouvernement fédéral. Les cas qui correspondent à cette situation seront exclus de l'ordre du jour de la Commission d'amnistie.

La nouvelle orientation de la Commission d'amnistie a été approuvée lors d'une réunion le 20 mai 2021 et publiée au Journal officiel ce lundi 7 juin 2021. Depuis le début de la gestion de la Commission d'amnistie sous le gouvernement Bolsonaro, les demandes correspondant à cette situation ont toutes été refusées. Et la dite commission a approuvé un accord général pour classer les affaires sans jugement.

L'objectif, tel qu'il a été rapporté par les interlocuteurs du gouvernement, est de clore, d'ici la fin 2022, cette Commission d'amnistie.

En avril 2021, l'ultra réactionnaire ministre des femmes, de la famille et des droits de l'homme, tutelle de cette Commission d'amnistie, y avait nommé trois nouveaux conseillers, tous avocats. Auparavant, le 8 juin 2020, le gouvernement Bolsonaro avait annulé par décrets des reconnaissances d'amnistie politique à 295 militaires de l'armée de l'air.

Cette décision du è juin 2021 rend difficile l'approbation de la demande de l'ancienne présidente de la République Dilma Rousseff, qui a été persécutée, emprisonnée et torturée pendant la dictature. Sa demande, présentée en 2002, n'avait pas été examinée par les gouvernements du Partido dos Trabalhadores (PT) et demeure sans jugement. Dilma Rousseff a déjà reçu des réparations de trois commissions locales, dans les Etats du Rio Grande do Sul, de Rio de Janeiro et de São Paulo. Et elle a fait don des montants.

A la Commission d'Amnistie, l'ancienne présidente de la République demande une compensation et le décompte du temps de retraite pour le temps de persécution. Après son arrestation, elle a travaillé à la Fondation pour l'économie et les statistiques de Rio Grande do Sul, où elle est restée jusqu'en 1977. La direction de l'organisme a été contrainte de la licencier car elle était considérée comme une subversive par le régime.

Le cas de Dilma Rousseff a déjà été inscrit à l'ordre du jour de la Commission d'amnistie à deux reprises sous ce gouvernement, mais son avocat, Paula Febrot, a demandé un report en raison de la pandémie. Le défenseur veut défendre sa cliente en personne.

Aujourd'hui, le gouvernement de l'ancien capitaine de l'armée fait tout pour réécrire l'histoire, et nier l'existence d'une dictature qui a utilisé la persécution politique et la torture, bien que beaucoup se battent encore pour que les parents tués à cette époque soient reconnus comme des victimes de l'État. 

" C'est un révisionnisme historique qui ne peut avoir lieu. Mais on ne pouvait pas s'attendre à autre chose de la part de quelqu'un qui a défendu les tortionnaires de la dictature militaire dans des discours publics ", affirme Diva Santana, du Grupo Tortura Nunca Mais de l'Etat de Bahia.

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(*) En janvier 2019, João Henrique Nascimento de Freitas avait été nommé conseiller spécial du vice-président de la République, le général Hamilton Mourão, avec un salaire brut de 13.600 reais (2.000 euros). A noter que le général Mourão a encore fait l'éloge, en octobre 2020, d'un des tortionnaires de la dictature militaire, le colonel Carlos Alberto Brilhante Ustra, dont il a été un des subordonnés dans les années 70.

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