Brésil: le directeur de la rédaction de «The Intercept Brasil» convoqué par la police

Le 10 mai, le directeur de la rédaction et directeur délégué de la publication de «The Intercept Brasil» Leandro Demori est convoqué, à Rio de Janeiro, au Commissariat pour la répression des crimes informatiques (DCRI), de la police civile. TIB réplique: «Tout indique que le DCRI est devenu un commissariat de la répression politique. The Intercept Brasil ne va s'abaisser devant ces gens, jamais.»

Au lieu d'enquêter sur les révélations d'un article de The Intercept Brasil, la police civile de Rio de Janeiro a décidé  d'enquêter sur Leandro Demori pour avoir écrit cet article

The Intercept Brasil, le 8 juin 2021, 13 h 22

Tout indique que la DCRI est devenu un commissariat de la répression politique. The Intercept Brasil ne va s'abaisser devant ces gens, jamais.

 © The Intercept Brasil (TIB) © The Intercept Brasil (TIB)

L'ÉTAT POLICIER qui a rapidement érodé la démocratie au Brésil vient de terminer un nouveau chapitre infâme. La police civile de Rio de Janeiro (PCERJ) a ouvert une enquête sur [le directeur de la rédaction et directeur délégué de la publication ("editor-executivo")] Leandro Demori pour avoir osé faire du journalisme et remettre en question la police civile elle-même.

Dans une inversion totale des priorités éthiques et fonctionnelles, la police a décidé d'agir contre le journaliste messager au lieu d'enquêter sur la grave dénonciation faite par le directeur de la rédaction de The Intercept Brasil. Dans une lettre d'information [newsletter] envoyée à nos abonnés le 8 mai 2021 (que vous pouvez lire ci-dessous), Leandro Demori énumère les preuves recueillies auprès de sources sur l'existence possible d'un groupe de tueurs agissant au cœur de la corporation.

Le journaliste montre que plusieurs actions de [l'unité] Core (Coordenadoria de Recursos Especiais), la coordination des ressources spéciales de la police civile (la même unité qui a été la protagoniste du massacre de Jacarezinho le mois dernier), ont entraîné des dizaines de décès suivant le même scénario. " La police civile de Rio entretient-elle un groupe d'assassins ? ". Telle était la question d'ouverture de l'article journalistique publié par la newsletter de The Intercept Brasil (TIB), suivie de faits publics et notoires qui devraient inciter les institutions à enquêter sur la Core.

Dans les démocraties saines, la police s'inquiéterait de la pile de morts que la Core laisse dans ses opérations. Dans le Brésil de notre époque, la police veut intimider et faire pression sur le messager. Demori a été assigné à comparaître au commissariat à la répression des crimes informatiques (Delegacia de Repressão aos Crimes de Informática - DCRI) jeudi prochain, à 14 heures. Le DRCI est le même service qui a cité à comparaître [les journalistes] Willam Bonner, Renata Vasconcellos et [l'influenceur] Felipe Neto, dans des affaires présentant un parti pris politique évident. Tout indique que le DRCI est devenu un commissariat de répression politique. The Intercept Brasil ne va s'abaisser devant ces gens, jamais.

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Nous devons réagir maintenant. Dans le Brésil de 2021, les journalistes font l'objet d'une enquête pour avoir fait leur travail, mais cela n'arrêtera pas The Intercept Brasil. Contre l'arbitraire, nous continuerons à enquêter, à dénoncer et à révéler tout ce qu'ils veulent cacher. Le journalisme indépendant est attaqué et nous avons besoin d'aide pour résister. Notre travail est coûteux : il implique des producteurs, des rédacteurs, des journalistes, mais aussi un ample appareil juridique. Votre soutien fait la différence dans cette bataille.

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Traduction de la Newsletter de The Intercept Brasil, du samedi 8 mai 2021, intitulée " A facção da Core ", envoyée aux abonnés à cette lettre d'information :


La faction de la Core

" La police civile de Rio entretient-elle un groupe d'assassins ? "


Une rumeur circule selon laquelle le massacre de Jacarezinho affaiblit le pouvoir de [l'organisation criminelle] Comando Vermelho (CV) en faveur de la milice. Cette idée est loin d'être déraisonnable, d'ailleurs. Dans une ville de plus en plus dominée par des gens comme Adriano da Nóbrega et les copains du " gars de la maison de verre ", il est naturel de faire le lien entre une chose et une autre. D'une manière symbolique, oui, il est possible que les milices applaudissent le massacre. Mais je veux faire un pas dans une autre direction.

Avant : jusqu'à il y a quelques années, on pensait qu'il était impossible pour la milice d'entrer dans [la favela] Cidade de Deus, par exemple. La favela est très convoitée et, comme nous le savons maintenant, elle commence à être envahie, via ses frontières, par des miliciens. Dans la favela Jacarezinho, c'est différent. [L'organisation criminelle] Comando Vermelho est très puissante dans toute la région : Manguinhos, Arará, Mandela, Urubu, Mangueira, Alemão, Penha, Maré.

Donc, s'il n'y a aucune preuve que les milices tentent activement d'envahir Jacarezinho, que reste-t-il ? Des évidences que la police civile de Rio de Janeiro maintient impuni un groupe de tueurs.

Les policiers qui ont participé au massacre du jeudi 6 mai 2021 - 24 morts dont le nom n'a pas encore été révélé - sont connus par le bouche à oreille sous le nom d'une " faction de la Core ", la coordination des ressources spéciales de la police civile. L'histoire prend de l'ampleur lorsque l'on ajoute d'autres faits : la " faction " est impliquée dans l'affaire João Pedro (un garçon de 14 ans tué lors d'une opération), le massacre de la favela Salgueiro (huit morts) et l'affaire de l'hélicoptère de la favela Maré (huit morts). On dénombre 41 homicides dans ces seules affaires. Combien d'autres ?

Il est nécessaire d'enquêter sur les circonstances et les responsables de ces opérations meurtrières. Mais pas seulement. Il est nécessaire d'enquêter sur les intentions de ces massacres. Il ne semble pas que tout cela puisse être laissé au compte de mésaventures répétées. Le cabinet du procureur général doit enquêter sur la vie des commissaires qui ont commandé l'action. Ce sont des agents publics. Nous devons savoir si nous - qui payons leurs salaires - sommes encore leurs véritables patrons.

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Traduction manuelle, par BF.

Article original (déjà présent dans le lien du titre, général, en français), publié le 8 juin 2021:

https://theintercept.com/2021/06/08/denuncia-core-leandro-demori/

Blason de la CORE © DR Blason de la CORE © DR

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