"Lettre à Tunga", par Miguel Rio Branco

Tunga, sculpteur et plasticien brésilien, de renommée internationale, est décédé le 6 juin à Rio de Janeiro, à 64 ans. Son ami le plasticien et photographe brésilien Miguel Rio Branco lui a adressé une lettre, depuis Paris. Paris, où Tunga exposa en 2005 sa grandiose "A la lumière des deux mondes", sous la pyramide du Louvre. Gageons que l'oeuvre de Tunga tutoie désormais une lumière éternelle.

Cher ami, où que tu sois, je n’arrive à comprendre ce qui s’est produit, seule la douleur est là, mais je sais que tu continues de suivre les vents qui mènent nos vies, car je n’arrive pas à croire en la mort, il me semble que c’est seulement une autre part de la vie, je sais que nous nous rencontrerons de nouveau.
En ce moment, je suis dans cet autre espace-ville que tu as tant aimé, la Seine transbordant, noyant les quais, menaçant les réserves du Louvre - où tu as fait cette installation caustique - de torrents d’eau, comme ces larmes quand je pense à ton départ et au supplice que tu as affronté.
Mais par toutes ces rues par lesquelles si souvent nous avons marché ensemble, je ne parviens pas à penser, je sens le vide, dans cette grande cavité qui restera en mon âme, il manquera ton intelligence, ta connaissance, ton talent et ta générosité. Ton oeuvre restera, mais restera un trou noir à la place de la lumière que tu pourrais encore irradier par tes multiples et riches variations... Nous nous sommes toujours dit que l’important est que l’oeuvre demeure, ce serait elle qui nous rendrait immortels, mais cela n’avance à rien maintenant car la douleur de la saudade a déjà fait ses ravages, a déjà ôté la motivation que chacune de tes nouvelles oeuvres amenait.
Manquera ton sourire, tes commentaires qui toujours nous enrichissaient, ta conscience aigüe, tes hallucinations qui nous élevaient, qui nous grandissaient…
Restera, à nous qui sommes encore en ce monde en lambeaux, la tâche de faire reconnaître ton oeuvre à la place qui lui revient sur cette planète, comme l’une des très grandes, tâche difficile dans ce monde de futilités... où des petits prennent la place des grands, où les mensonges ont plus de force que les vérités.
A bientôt ami cher, que tu sois emporté par les vents de la paix et de la sérénité.

Miguel Rio Branco, le 7 juin 2016
(lettre traduite avec l'autorisation de M. R. B.)



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