Brésil: Le parquet de Rio requiert la triple inculpation du sénateur Flávio Bolsonaro

Détournement de fonds publics, blanchiment, appartenance à une organisation criminelle, les délits de Flávio Bolsonaro dénoncés par le parquet de Rio de Janeiro dans le cadre de l'affaire des salaires déviés par Fabrício Queiroz, l'ex-assistant du député. La plainte déposée à la justice le 19/10 a été reçue par le juge Milton Fernandes de Souza, rapporteur de l'affaire, le 3/11.

Fabrício Queiroz et Flávio Bolsonaro. © DR Fabrício Queiroz et Flávio Bolsonaro. © DR
Flávio Bolsonaro est pointé comme l'organisateur d'un circuit  de détournement de fonds publics et de corruption - rachadinha, en portugais -  qui a dévié une partie des salaires, payés avec de l'argent public, de vingt-trois de ses anciens assistants parlementaires de son cabinet entre 2007 et fin 2018, alors qu'il était député de l'État de Rio de Janeiro.

Le policier militaire retraité et ex-assistant parlementaire Fabrício Queiroz, écroué le 18 juin 2020 puis jusqu'à ce jour en prison domiciliaire, est considéré comme l'homme-lige du député d'alors et l'opérateur financier d'un circuit frauduleux et a été dénoncé, avec quinze autres ex-assistants, pour les mêmes crimes que son ex-donneur d'ordres. Lui, comme le fils aîné de Jair Bolsonaro, nient les accusations.

Les enquêtes, qui ont débuté à la mi-2018 après qu'un organisme de contrôle de flux financiers ait identifié des mouvements inhabituels sur les comptes bancaires de Fabrício Queiroz, ont conclu qu'au moins 2,7 millions de reais (540.000 US$) ont été soustraits aux assistants parlementaires qui, pour la plupart, n'ont jamais exercé leur supposée activité dans le cabinet ni même fait acte de présence dans les locaux de l'assemblée législative de Rio de Janeiro (Alerj).

Sur ce montant, un peu plus de deux millions de reais (400.000 US$) provenaient de centaines de virements bancaires et de dépôts en espèces effectués par au moins treize (13) assistants parlementaires avec lesquels l'ancien policier militaire Fabrício Queiroz avait une relation de famille, de voisinage ou d'amitié. Selon le ministère public, l'argent était alors transféré à Flávio Bolsonaro via d'autres dépôts ou le paiement de dépenses personnelles. Toujours en espèces.

Flávio Bolsonaro et Fabrício Queiroz. © DR Flávio Bolsonaro et Fabrício Queiroz. © DR
Le parquet de Rio de Janeiro (MP-RJ) a également identifié plus d'une centaine de factures scolaires des écoles privées des enfants de Flávio Bolsonaro et aussi d'assurance santé privée du foyer, payés en cash.
Plus un versement de 25.000 R$ (5.000 US$) sur le compte bancaire de l'épouse de Flávio Bolsonaro, Fernanda Bolsonaro.

Le blanchiment de l'argent en espèces, très régulier et important, était effectué aussi avec des versements faits à partir d'une agence bancaire proche d'un magasin de chocolats - société Bolsotini Chocolates et magasin Kopenhagendont Flávio Bolsonaro est co-propriétaire dans le centre commercial huppé de Via Parque Shopping, du quartier Barra da Tijuca à Rio de Janeiro, et avec lequel il simulait des rentrées d'argent : 1.512 dépôts en espèces ont été faits entre mars 2015 et décembre 2018 sur le compte du magasin de chocolats de la marque Kopenhagen que Flavio Bolsonaro avait co-acquis début 2015.

En outre, l'enquête a également renforcé le lien entre Queiroz et la famille Bolsonaro avec Adriano Magalhães da Nóbrega, l'ancien policier militaire qui dirigeait la milice "Escritório do Crime" dans l'Etat de Rio de Janeiro et qui était en fuite de la justice, jusqu'à ce qu'il soit tué, sans témoins, lors d'une opération de police en février 2020 au nord de l'Etat de Bahia. Feu Adriano Magalhães da Nóbrega - expulsé de la police militaire en 2013, et écroué en 2006, 2008 et 2011 - est soupçonné d'implication dans l'assassinat de la conseillère municipale de Rio de Janeiro Marielle Franco et de son chauffeur Anderson Gomes, le 14 mars 2018, double crime dont les commanditaires sont toujours inconnus, en ce mois de novembre 2020.

Michelle Bolsonaro et Jair Bolsonaro © DR Michelle Bolsonaro et Jair Bolsonaro © DR
Danielle
Mendonça da Nóbrega (6-9-2007/13-11-2018) et Raimunda Veras Magalhães (2015/13-11-2018), l'ex-épouse et la mère du milicien Adriano Magalhães da Nóbrega, étaient également employées au cabinet de député de Flávio Bolsonaro. Elles sont suspectes, pour le ministère public,  d'avoir transféré la somme de 200.000 R$ (40.000 US$) à Fabrício Queiroz, l'homme-lige, dans le cabinet, du fils aîné de Jair Bolsonaro. Après son départ de l'Alerj, Raimunda Veras Magalhães, qui était précédemment associée-propriétaire avec son fils d'une pizzeria en a acheté une seconde. De ces deux commerces, modestes et à la facturation annuelle faible, le parquet soupçonne qu'auraient été transférés autres 200.000 R$ (40.000 US$) pour Fabrício Queiroz.

Précédemment, le juge Flávio Nicolau, de la 27e chambre criminelle de Rio de Janeiro, avait en effet identifié que d'une agence bancaire, l'agence "Rio Comprido" de la banque Itaú, située dans la même rue que les deux pizzerias administrées par la mère du milicien, dix-sept versements en espèces avaient été effectués de janvier 2016 à janvier 2017 sur le compte bancaire de Fabrício Queiroz, pour un total de 91.796 R$ (19.000 US$). 

Le parquet de Rio de Janeiro a également identifié neuf anciens assistants parlementaires de Flávio Bolsonaro, tous parents d'Ana Cristina Siqueira Valle, ex-épouse de Jair Bolsonaro, comme suspects de remettre mensuellement une partie de leurs salaires à Queiroz. Six de ces assistants auraient ainsi "redirigé" plus de 90 % de leurs salaires, et trois autres plus de 70 %, pour un total de quatre millions de reais (800.000 US$).

Ciblés par le parquet, figurent aussi les 27 dépôts de chèques effectués par Fabrício Queiroz à Michelle Bolsonaro, épouse actuelle de Jair Bolsonaro, pour un total de 89.000 R$ (19.000 US$). Au total, le montant transféré par M. Queiroz aux proches du président de la république Jair Bolsonaro pourrait atteindre près de 450.000 R$ (90.000 US$).




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Addendum du mardi 10 novembre 2020 au soir :
Selon la journaliste Juliana dal Piva, du quotidien O Globo, qui a révélé et détaillé l'ensemble des sommes rétrocédées par tous les assistants parlementaires de Flavio Bolsonaro à Queiroz, " Il est improbable que la plainte déposée par le ministère public contre Flávio Bolsonaro et Fabricio Queiroz soit analysée en 2020 en raison des délais de procédures" . Et rajoute, le 6 novembre 2020 : "Avec l'avancée de l'investigation contre Carlos Bolsonaro, le président de la république peut avoir deux fils en situation judiciaire difficile en 2021. "


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