Brésil: «Open Lux» dénude une autre offshore des influents Neves, du Minas Gerais

Main de fer politique au Minas Gerais depuis les années 50, la très conservatrice famille Neves, est réunie autour de la veuve, 82 ans, d'un éphémère ex-président de la République. Et d'innombrables mouvements financiers secrets, illicites et illégaux des Neves montrent leur obsession pour l'argent, en mouvements perpétuels tous azimuts, dans les paradis fiscaux ou en suspects dessous-de-table.

Andrea Neves, Aécio Neves et Inês Maria Neves Faria devant le tombeau de Tancredo Neves en 2014. © YASUYOSHI CHIBA / AFP Andrea Neves, Aécio Neves et Inês Maria Neves Faria devant le tombeau de Tancredo Neves en 2014. © YASUYOSHI CHIBA / AFP
Outre le lien avec deux offshores déjà connues des enquêteurs de l'opération Lava Jato, Inês Maria Neves Faria, mère du député fédéral Aécio Neves (PSDB-MG), est bénéficiaire à l'étranger d'une troisième société dont les actifs s'élèvent à près de 4 millions de R$ (616.961 euros). L'existence de Domomedia Investment Holding, basée au Luxembourg, paradis fiscal européen, est documentée par un ensemble de données sans précédent obtenu par le journal français Le Monde et l'Organized Crime and Corruption Reporting Project (OCCRP), un consortium auquel Piauí est le seul organe de presse brésilien à participer.

Contrairement aux deux autres offshores, basées au Liechtenstein et au Panama, la société luxembourgeoise n'est jamais apparue dans les enquêtes du ministère public fédéral (MPF) sur Aécio Neves, qui a fait l'objet d'une enquête pour corruption dans le cadre d'une investigation judiciaire et répond à une action pénale, également pour corruption. Domomedia n'a pas non plus été reconnue par lui et sa famille lors de leur premier contact avec Piauí, qui a eu lieu le vendredi 5 février, au cours de laquelle ils n'ont pas répondu aux questions sur l'entreprise et ont émis une note générique. Mais, dans un aller-retour de notes et de déclarations jusqu'au 9 février, les versions de la famille Neves ont changé.

La mère d'Aécio Neves fait partie des 64.000 bénéficiaires effectifs des 140.000 entreprises installées au Luxembourg, révélées par Le Monde et l'OCCRP. En ayant accès à ce matériel, Piauí et l'OCCRP ont constaté que, parmi les bénéficiaires, il y avait au moins 358 Brésiliens ou résidents au Brésil dont les actifs totalisaient 112,6 milliards d'euros - soit 722,6 milliards de reais, en montants corrigés au mois de février 2020.

Inês Maria Neves Faria, qui aura 82 ans le 27 février, est associée des fils Aécio et Andrea Neves dans des entreprises au Brésil. Elle a ensuite été citée dans une enquête et des poursuites en cours contre Aécio devant la Cour suprême (STF). Dans l'enquête sur l'entreprise publique d'énergie Furnas, la mère apparaît comme la bénéficiaire effective d'une offshore au Liechtenstein et d'un compte bancaire lié à une offshore au Panama. Le MPF soupçonne que les deux entités ont été utilisées pour transférer de l'argent issu de pots-de-vin de Furnas et, selon un document joint aux actes de l'enquête, « la possibilité est grande » que, par leur intermédiaire, Inês Faria ait collaboré au versement d’avantage indu pour son fils.

L'action pénale, qui découle de la délation des dirigeants de J&F (structure de contrôle de la transnationale agroalimentaire brésilienne JBS), mentionne une propriété au nom d'Inês Faria à Rio de Janeiro et son partenariat avec Aécio et Andrea dans une radio à Belo Horizonte [capitale du Minas Gerais] comme partie  d'un système illégal de corruption. Le député fédéral nie catégoriquement l'implication de sa mère dans les accusations auxquelles il répond devant la justice.

Hors du radar qui scrute les enquêtes en cours, Domomedia est plus récente que les faits investigués dans l'enquête et dans l'action pénale. La société a été créée en 2017 par un bureau spécialisé dans ce type d'entreprise, comme c'est le cas de la plupart des entreprises dans les paradis fiscaux. Son capital initial était de 3.200 euros, soit 21.000 reais, selon les bilans financiers disponibles dans le système gouvernemental luxembourgeois. Inês Faria n'est devenue associée de Domomedia qu'en 2018. Au 31 décembre de cette année là, les actifs de la société s'élevaient à 56.000 euros, soit 363.000 reais.

Issu du "Luxembourg Business Registers", le site officiel des entreprises du Luxembourg : Inês Maria Neves Faria bénéficiaire effective de  Domomedia. © Piaui/OCCRP/LeMonde Issu du "Luxembourg Business Registers", le site officiel des entreprises du Luxembourg : Inês Maria Neves Faria bénéficiaire effective de Domomedia. © Piaui/OCCRP/LeMonde



Le 4 février, Piauí a demandé au service communication d'Aécio Neves pourquoi Inês Faria avait ouvert une société au Luxembourg, quelle était la source des fonds de la société et si l'opération avait été déclarée au service fédéral des impôts et à la Banque centrale, comme l'exige la loi. Le lendemain, les communicants ont répondu sans mentionner Domomedia. La note disait : « Madame Inês Maria Neves Faria a été mariée pendant environ 30 ans au banquier et homme d'affaires Gilberto Faria, ayant toute sa vie économique, financière et patrimoniale liée à lui, et non à ses enfants, comme cela est amplement documenté. »

Lundi 8 février 2021, cependant, l'avocat Fabio Tofic Simantob, qui représente Inês Faria, a sollicité Piauí avec une nouvelle version. Cette fois, il a reconnu que sa cliente est un bénéficiaire de Domomedia et a envoyé un document attestant qu'elle est devenue associée dans l'entreprise le 14 décembre 2018. Elle était la seule associée. L'objectif de sa cliente, a déclaré l'avocat, était de transférer à l'entreprise une propriété en France laissée par Gilberto Faria, décédé en 2008.

Simantob, qui est un avocat pénal et non un avocat d'affaires, a ajouté à l'époque que l'initiative avait été guidée par « des avocats, visant à préparer sa planification fiscale et sa succession » et a souligné que « Domomedia n'a jamais eu de compte bancaire ni de vie active ». Interrogé par Piauí si la société avait été déclarée au service fédéral des impôts, il a seulement répondu que « la propriété en France est dûment déclarée aux autorités brésiliennes ». À propos de Domomedia, rien.

Le 9 février, à 8 heures du matin, Piauí a demandé si Inês Faria avait effectivement transféré la propriété en France à la société luxembourgeoise, comme ce serait son intention. « Pas encore » a répondu Simantob par écrit. « La procédure a été suspendue en raison de la pandémie, qui a rendu impossible le voyage de Mme Inês Maria et sera reprise dès qu'elle pourra se rendre en Europe. » La pandémie a commencé en Chine au tournant de 2019 à 2020 et est arrivée au Brésil entre février et mars 2020. La mère du député est devenue bénéficiaire de l'entreprise en décembre 2018, un an avant l'éclosion de la pandémie.

Le 9 février au matin, Piauí a constaté qu'un nouveau bilan de Domomedia, se référant à l'année 2019 avait été inclus dans le système de données luxembourgeois six jours plus tôt. Selon le nouveau document, la société avait un total, fin 2019, comme capital, de 617.000 euros, soit près de 4 millions de reais. Face à cela, le magazine a de nouveau interrogé la famille Neves sur l'origine des ressources qui, d'une année à l'autre, sont passées de 56.000 euros à 617.000 euros. Piauí a également demandé à nouveau si Domomedia avait été déclarée aux autorités nationales et, pour la deuxième fois, si la propriété en France avait été transférée à la société au Luxembourg.

A midi, Me Simantob a envoyé un nouveau communiqué, avec une nouvelle version de l'affaire. Il a réaffirmé que le transfert de la propriété avait été interrompu « en raison de la pandémie », ce qui empêchait le client de se déplacer pour le signer en personne. Il a ajouté que les « procédures de transfert de la propriété du bien » ont commencé à être engagées, ce qui explique l'augmentation des valeurs de 56.000 euros à 617.000 euros. Dans la note, l'avocat précise que « la valeur comptable du bien était lancée chaque année par étapes, par décision et critères des responsables de la gestion de l'entreprise ». « Le bien immobilier en France (auquel correspondent les valeurs comptables mentionnées) est déclaré à la Banque Centrale et au service fédéral des impôts. Nous réitérons, par conséquent, l'information selon laquelle il n'y a pas eu de transaction financière réalisée par la société Domomedia, les montants mentionnés n'étant que comptables et non financiers. Ce qui atteste une fois de plus de la justesse de tous les actes pratiqués par Mme Inês Maria », a affirmé l'avocat Simantob.

Dans la note, l'avocat utilise l'expression « valeurs comptables », et non « financières », pour dire qu'il s'agissait d'informations à inclure dans le dossier de l'entreprise, mais n'indiquait pas le mouvement réel de fonds. Cependant, une fois encore, il n'a pas répondu si Domomedia avait été ou non déclarée aux autorités brésiliennes, se limitant à dire que le bien immobilier en France, seul le bien, est connu du service fédéral des impôts brésilien. Dans tous les contacts, notre équipe de reportage a demandé si l'entreprise avait été déclarée aux autorités brésiliennes, comme l'exige la loi. La famille d'Aécio n'a formellement répondu ni par oui ni par non. Piauí continue d'attendre les preuves de la déclaration, si elles existent.

Un avocat d'affaires consulté par notre équipe de reportage, qui a demandé à ne pas être identifié car il ne connaît pas les détails de l'affaire, a déclaré que Domomedia devrait être déclarée au service fédéral des impôts, que son bilan mentionne « valeur comptable » ou mentionne « valeur financière » , même si le bien lui appartenant en France a été déclaré. Par ailleurs, lorsque ses actifs commencent à être de plus de 100.000 dollars (environ 83 mille euros), ce qui s'est produit courant 2019, Domomedia devrait également fournir des informations à la Banque centrale, sous peine d'être encadrée, à la limite, dans des délits comme fuite de devises ou bien dissimulation de revenus.

Avoir une entreprise dans un paradis fiscal n'est pas illégal, tant que la transaction est déclarée au service des impôts sur le revenu. Selon l'article 11 de l'instruction normative de Revenu n° 1924, du 19 février 2020, tous les actifs doivent être déclarés, y compris les valeurs comptables, à l'exception de ceux de  montants infimes. Les résidents au Brésil doivent déclarer annuellement au fisc fédéral les actifs et les droits qu'ils détiennent à l'étranger, à l'exception des biens mobiliers inférieurs à 5.000 R$, des soldes des comptes courants et des investissements financiers inférieurs à 140 R$ et des actions et actions d'une société jusqu'à 1.000 R$.

Selon l'avocat fiscaliste et professeur à la Fundação Getulio Vargas (FGV) Edison Fernandes, l'actif de 56.000 euros renseigné par Domomedia en 2018 (quand Inês Faria intègre la société) est un crédit que l'entreprise devait toucher dans un délai d'un an maximum. « Quel que soit le type d'actif, la société doit être déclarée au service fédéral des impôts au Brésil », réaffirme-t-il. Fernandes convient également que les « valeurs comptables » ne sont pas des motifs pour ne pas être informées au service fédéral des impôts. Et ajoute : « Il n’y a aucun moyen de dire que les valeurs sont " simplement comptables ". Même si elles l'étaient, l'entreprise devait être déclarée. »

En raison de citations des offshores liées à Inês Faria au Liechtenstein et au Panama, les enquêteurs de l'opération Lava Jato ont tenté de fouiller la vie financière des Neves à l'étranger, mais n'ont jamais trouvé Domomedia au Luxembourg. L'ancien procureur général Cláudio Fonteles, qui a dirigé le ministère public fédéral (MPF) de 2003 à 2005, a déclaré que la société luxembourgeoise devrait être incluse dans le champ des enquêtes en cours sur Aécio : « Ce sont des situations similaires, qui ont un lien total avec les autres objets de plainte de Rodrigo [Janot, qui a été procureur-général du Brésil de 2013 à 2017] (...) Cela s'inscrit dans un vaste cadre qui se réfère au fait juridique et la mesure procédurale appropriée est que le ministère public ajoute la plainte qui a déjà été déposée ».

Le cabinet du procureur général du pays, désormais sous le commandement d'Augusto Aras, ne s'exprime pas sur le sujet. Interrogé par Piauí, il a déclaré que « en raison de la nature des informations demandées, elles font partie d'une enquête confidentielle et il n'est possible d'apporter des éclaircissements ». Le service fédéral des impôts nous a répondu la même chose. Et a précisé qu '« il ne commente pas les cas spécifiques en raison du secret fiscal, prévu à l'article 198 du Code national des impôts ».

Si le service communication d'Aécio Neves a déclaré que « la vie économique, financière et patrimoniale » d'Inês Faria n'est pas liée à ses enfants, son partenariat avec Aécio et Andrea dans le monde des affaires est bien connu. Aécio, sa sœur et sa mère sont associés dans une société qui achète, vend et loue leurs propres propriétés, IM Participações, dont le capital social est de 251.000 R$. Inês Faria et Andrea possèdent également Harmogim, une société de conseil en gestion d'entreprise au capital de 2,5 millions de reais. Il y a aussi la radio Arco-Íris, affiliée à la radio Jovem Pan à Belo Horizonte [capitale du Minas Gerais]. Malgré le veto constitutionnel contre les parlementaires détenant des concessions publiques de radio et de télévision, Aécio détenait une participation dans la station depuis 2010, qu'il déclara valant 700.000 R$ (95.000 €) en tant que dette envers sa mère et associée, ainsi qu'Andrea. En 2016, comme l'a révélé l'opération Lava Jato, il a vendu ses parts à Andrea pour 6,6 millions de reais et Inês Faria a annulé la dette - la transaction a attiré l'attention des enquêteurs, qui ont demandé de casser le secret bancaire des personnes impliquées. Dans son accord de délation, passé avec le ministère public, Joesley Batista, actionnaire de J&F, a déclaré que la radio avait été utilisée pour payer un dessous-de-table illégal à l'homme politique, de 50.000 R$, de 2015 à 2017. À ce jour, Arco-Íris est enregistré aux noms d'Andrea et Inês Faria, avec un capital de 200.000 R$.

Inês Maria Neves Faria était la fille de Risoleta et Tancredo Neves, président de la République élu décédé avant de prendre ses fonctions en 1985. Son premier mari, Aécio Cunha, père de ses trois enfants, a été député du Minas Gerais puis député fédéral, membre d'une riche famille du nord de l'État du Minas Gerais. Le second, le banquier Gilberto Faria, a également siégé à la Chambre. Tous deux ont exercé leurs mandats pendant la dictature militaire sous l'étiquette du parti Arena, parti qui soutenait le régime. Le mariage avec Faria, en 1984, a renforcé les liens avec Rio de Janeiro. La matriarche et ses enfants, au fil des ans, ont acquis des propriétés dans des quartiers de la zone sud de Rio de Janeiro comme Ipanema et São Conrado. Mais ils n'ont jamais quitté le Minas Gerais. Tout au long des deux mandats d'Aécio Neves comme gouverneur de L'Etat, Andrea était le bras droit de son frère, tandis que sa mère assistait aux cérémonies philanthropiques et artistiques, toujours avec discrétion.

Aécio est accusé de corruption et d'entrave à la justice en raison de la plainte de J&F (structure de contrôle de la transnationale agroalimentaire brésilienne JBS) lors de l'opération Lava Jato. Le 18 février 2017, selon la plainte du bureau du procureur général, Andrea Neves a rencontré Joesley Batista et a demandé 2 millions de reais pour payer des « honoraires d'avocat » pour la défense d'Aécio Neves dans l'opération Lava Jato. Elle a également proposé au propriétaire de JBS d'acheter l'appartement duplex, de sa mère, au dernier étage d'un immeuble dans le quartier huppé de São Conrado, à Rio de Janeiro, pour 40 millions de R$ - deux fois ce qu'il valait sur le marché, comme l'a révélé l'émission de télévision Fantástico à l'époque, de la TV Globo. Le 24 mars 2017, Aécio a lui-même renouvelé sa demande pour toucher l'argent.

Joesley Batista a décliné l'offre d'achat de l'appartement, mais a décidé de se conformer à la demande de 2 millions de reais - et a enregistré la conversation sous le conseil des procureurs de l'opération Lava Jato, dans le cadre d'un accord de délation contre remise de peine qu'il avait conclu. L'enregistrement audio prouve la réaction du sénateur d'alors Aécio Neves : « Vous allez me donner une putain d'aide. » L'enquête du ministère public indique que le pot-de-vin de 2 millions faisait partie d'une longue liste de dizaines de millions de reais transférés depuis 2014 à l'alors sénateur, qui, en revanche, « a utilisé son mandat au profit directement des intérêts du groupe [JBS] ». Dans la seule libération des crédits de l'impôt ICMS, Aécio a levé 24 millions de reais pour J&F, propriétaire de JBS, ont souligné les procureurs dans la plainte.

Aécio fait également l'objet d'une enquête sur la corruption dans Furnas Centrais Elétricas - une enquête qui s'est heurté aux activités de Aécio Neves à l'étranger. Le premier lien entre une société offshore et les Neves remonte à 2007, lorsqu'une enquête de la police fédérale a découvert un « centre bancaire clandestin » dirigé à Rio de Janeiro par un agent de change octogénaire appelé Norbert Muller. Selon un procureur qui a collaboré à l'opération, « Muller a évolué dans le concept d'agent de change, il était très raffiné ». Il disposait d'une organisation méticuleuse et d'une logistique professionnelle pour ouvrir des comptes secrets à l'étranger pour des dizaines de clients et effectuer des transactions de dólar-cabo, dans lesquelles le bureau de change livre des reais au Brésil pour recevoir des dollars offshore à l'étranger, ou vice versa. Parmi les clients de Muller figurait Inês Faria, qui est apparue comme bénéficiaire de la fondation Bogart & Taylor au Liechtenstein. La police fédérale (PF) a demandé des données à la principauté européenne, mais le secret imposé par le gouvernement de ce pays à ses offshores a empêché la poursuite de l'enquête, qui a finalement été classée par le ministère public du Brésil.

L'affaire ne reprendra qu'en 2014, lorsque, dans son accord de délation avec les procureurs de l'opération Lava Jato, l'agent de change Alberto Youssef a déclaré qu'Aécio et le Parti progressiste (PP) avaient une influence politique dans Furnas, une entreprise publique aux 21 centrales hydroélectriques, 2 thermoélectriques et 1 complexe éolien. Selon Youssef, depuis les années 1990, dans le gouvernement de l'également membre du parti PSDB Fernando Henrique Cardoso, président de la République, Aécio Neves et le parti PP ont nommé les directeurs de l'entreprise publique et par cet intermédiaire ont reçu un pourcentage des contrats signés entre Furnas et d'autres entreprises privées. Le rapport, jugé vague par le MPF, a été classé en mars 2015.

L'année suivante, un nouveau rapport, cette fois par l'alors sénateur du PT Delcídio do Amaral, apporta des détails sur Furnas et l'offshore du Liechtenstein, comme l'a révélé le mensuel Época. Delcídio a déclaré que lorsque Lula a assumé la présidence en 2003, Aécio, le gouverneur nouvellement élu de Minas, a demandé au PT de garder Dimas Fabiano Toledo comme directeur de l'ingénierie pour Furnas, le poste le plus puissant de l'entreprise publique. Selon le témoignage d'un lobbyiste auprès du MPF, revenait au directeur de gérer la répartition et le versement des pots-de-vin - un tiers irait au PT de São Paulo, un tiers à la direction nationale du PT et un tiers à Aécio Neves. Toledo perdra son poste en 2005, lorsque Furnas était impliqué dans l'affaire bruyante et accablante de corruption - nommée « Mensalão » - au sein du gouvernement Lula. En 2012, Toledo a été dénoncé par le ministère public pour corruption passive et blanchiment d'argent, mais l'affaire a été prescrite avant la condamnation.

Delcídio a dit plus encore : qu'il a entendu de José Mohamed Janene, ponte du parti PP mort [à 55 ans d'un AVC] en 2010, qu'Aécio était le bénéficiaire d'une fondation au Liechtenstein au nom de sa mère. Lors de recherches dans les archives du MPF, les procureurs sont tombés sur l'enquête menée par la police fédérale (PF) sur la fondation Bogart & Taylor et ont fait une nouvelle demande de coopération avec le gouvernement du Liechtenstein. Cette fois, la principauté a collaboré : en 2018, elle a envoyé des documents à Bogart & Taylor, de la mère d'Aécio, ainsi que d'un autre offshore au Liechtenstein, la Fondation Boca da Serra, contrôlée par Dimas Fabiano Toledo - les deux sociétés ont été créées par le même cabinet fiduciaire, Domar, basé à Vaduz, capitale de la principauté européenne.

D'après la documentation envoyée au Brésil, les avocats ont constaté que Bogart & Taylor avait été créée en avril 2001. Les correspondances et courriers de l'offshore devaient être adressés au bureau de l'agent de change Muller à Rio de Janeiro, mais « uniquement en cas d'extrême nécessité ». Le mois suivant, le premier compte bancaire a été ouvert au nom de la fondation à la banque LGT au Liechtenstein. Le principal bénéficiaire du compte était Inês Maria Neves Faria ; si elle venait à décéder, le bénéficiaire serait Aécio ; si l'homme politique mourait également, il serait remplacé par sa fille Gabriela, qui garderait 50 % de l'argent, et les sœurs d'Aécio, Andrea et Angela, qui en garderaient 25 % chacune - le mari, qui ne mourra que sept ans plus tard et à qui était liée sa vie économico-financière, n'apparaît pas parmi les bénéficiaires. Il y avait au moins trois dépôts sur le compte: 21.800 dollars de la panaméenne offshore Hornbeam Corporation en juin 2001; 17.300 dollars en janvier 2002 et dont l'origine n'a pas été indiquée dans le relevé bancaire ; et 15.000 dollars sur un autre compte de la banque LGT, contrôlé par l'agent de change Norbert Muller, de Rio de Janeiro. En 2007, le compte a été fermé après la découverte par les autorités et le solde de 13.300 dollars a été transféré à Nobilo, une autre société de gestion fiduciaire au Liechtenstein. Concernant Boca da Serra, contrôlée par Dimas Toledo, les extraits du compte bancaire de l'offshore à de la banque suisse UBS montrent que le solde a atteint 10,1 millions de dollars en 2012 et que, au cours des quatre années suivantes, il a diminué jusqu'à ce qu'il affiche 40.000 dollars. Les documents envoyés par le Liechtenstein ne contiennent aucune information sur la destination de cet argent.

Selon le MPF, manquaient les relevés bancaires de deux autres comptes dont le bénéficiaire était Inês Faria, tous deux à la banque LGT au Liechtenstein : un compte au nom de la même Bogart & Taylor, qui était actif entre avril 2001 et octobre de l'année suivante. ; et un autre pour le compte de Hornbeam, actif depuis bien plus longtemps, entre 1989 et 2009. Pour le MPF, ce dernier était le compte bancaire principal détenu à l'étranger par Inês Faria. Le MPF a estimé que les données indiquent l'utilisation de la fondation Hornbeam et de son compte bancaire, par Aécio Neves, dans la fraude à Furnas, mais souligne que « la poursuite de ces démarches n'est plus de la responsabilité du PGR, mais de l'organe ministériel qui agit devant la première instance ». Jusqu'au début de 2021, ces données n'étaient pas annexées à l'enquête Furnas, dans laquelle Aécio fait l'objet d'une enquête pour corruption passive et blanchiment d'argent.

À partir de 2004, Hornbeam Corporation a commencé à acheter des actions d'au moins quatorze autres offshores basées à Hong Kong et dans les îles Vierges britanniques, selon des documents de l'enquête journalistique internationale connue sous le nom de Panama Papers, scandale révélé par l'ICIJ (International Consortium of Investigative Journalists). Les quatorze offshores ont été créées à partir d'entreprises basées au Liechtenstein, parmi elles Nobilo, précisément celle qui a reçu de l'argent de Bogart & Taylor, des Neves, en 2007.

Selon l'accord de délation, contre remise de peine, de Marcelo Odebrecht et de l'un des directeurs du géant du BTP, entre 2008 et 2010, Aécio a reçu 65 millions de reais de pots-de-vin d'Odebrecht et du constructeur Andrade Gutierrez pour influencer le gouvernement fédéral dans le projet de construction ds usines hydroélectriques de Santo Antônio et Jirau, dans l'Etat du Rondônia. Dans le cas d'Odebrecht, qui a payé 30 millions de reais, le paiement, selon les délateurs, a été effectué par Dimas Toledo, désormais démis de la Furnas et agissant en tant qu'opérateur de Aécio Neves, en 21 versements, en espèces, remis au personnel d'un bureau, dans le quartier huppé d'Ipanema, à Rio de Janeiro, pour un total de 28,2 millions de reais. La différence, 1,8 million de reais, a été déposée sur un compte bancaire chez UBS à Singapour, Embercy Services Limited, contrôlé par Alexandre Accioly, homme d'affaires et ami d'Aécio. Dans cet épisode, Aécio Neves, Dimas Toledo et Accioly ont été dénoncés à la Cour suprême (STF) par les services du procureur-général du Brésil, pour corruption passive - l'action pénale n'a pas encore été jugée. La défense de Toledo n'a pas commenté l'offshore du Liechtenstein. Il a seulement informé que, pendant la période où il était directeur de Furnas, « il n'a jamais reçu aucun avantage indu, et encore moins fait des transferts de valeurs à qui que ce soit».

Accioly, qui a publiquement nié sa participation à l'organisation frauduleuse, est également le bénéficiaire final d'une entreprise au Luxembourg, tout comme Inês Faria. Les bilans obtenus par OCCRP et Piauí montrent que BTfit Overseas, dont l'entrepreneur est le bénéficiaire effectif, a transféré 97.000 dollars en 2015 et 58.000 dollars en 2016. Depuis, aucun bilan n'a été remis. Accioly et ses avocats ont été contactés par Piauí la semaine dernière, mais n'ont pas répondu aux messages envoyés.

Simantob, l'avocat d'Inês Faria, a déclaré dans un communiqué que le lien entre le nom de sa cliente et Hornbeam « était uniquement dû à une grave erreur de traduction, qui a déjà été prouvée par des témoignages, déjà en possession des autorités, présentée par des véritables et uniques propriétaires de la société, qui ont attesté l'absence de tout lien de madame Inês Maria avec la même ». Selon la défense d'Aécio, laissée dans les actes, l'erreur a consisté à identifier Inês Faria comme la bénéficiaire de l'intégralité du compte Hornbeam, quand en fait elle a été bénéficiaire d'un dépôt de 21.800 dollars (de ressources issus des actifs d'Inês Faria) versés par Hornbeam dans ce compte, comme capital minimum pour permettre l'ouverture de la Fondation Bogart & Taylor. Consulté à ce sujet, le PGR a déclaré qu'il se manifesterait dans le dossier, mais dans l'enquête en cours au STF, les procureurs affirment qu'Inês Faria est effectivement la bénéficiaire de Hornbeam et ne font aucune référence à une erreur de traduction.

La fondation Bogart & Taylor, selon Simantob déclarée dans la déclaration sur l'impôt sur le revenu, « a été créée pour financer les études des petits-enfants. Donc, le processus de création de la fondation a été interrompu en raison de la maladie de M. Gilberto Faria, qui décéda il y a quatorze ans, en 2007, comme la fondation. Au cours des six années d'existence, 36.000 dollars ont été payés, ce qui correspond à une moyenne de 6.000 dollars par an, utilisés exclusivement pour le paiement de frais de maintenance de l'offshore ».

Entre 2017 et 2018, la vie de la famille Neves a été bouleversée. Lorsque l'accord de délation de JBS a été révélée, Aécio Neves est passé du statut de candidat quasi élu à la présidence de la République à celui suspect radioactif. En une seule journée, le 18 mai 2017, Aécio a été démis de ses fonctions au Sénat par le STF, a quitté la présidence nationale du PSDB et a vu sa sœur Andrea écrouée. Avec elle, Frederico Pacheco, un cousin de sa mère, a été arrêté, qui s'était également présenté à JBS pour demander des avantages indus et a aidé à opérationnaliser l'organisation de la fraude. Le bureau du procureur général a demandé qu'Aécio lui-même soit arrêté, mais le STF a rejeté la demande, ordonnant au sénateur de remettre son passeport afin de ne pas quitter le pays et de ne pas parler aux autres personnes nommées dans l'enquête.

Lorsque sa mère a été mentionnée dans les médias en raison de l'appartement de Rio de Janeiro, Aécio a enregistré une vidéo dans laquelle il a confirmé la proposition de vendre la couverture à Joesley Batista, mais a nié que l'accord était trop cher. « J'ai fait ça parce que je n'avais pas d'argent, je ne gagnais pas d'argent dans la vie publique », s'est défendu Aécio.

Sur la base de la plainte de l'un des actionnaires de JBS, le parquet a déposé une plainte contre Aécio, Andrea, le cousin et un assistant parlementaire de l'ancien sénateur Zezé Perrella, début juin 2017. Le toucan a réussi à récupérer son mandat, tandis que sa sœur et son cousin ont été libérés.

En 2018, les enquêtes sur l'influence présumée d'Aécio Neves dans l'entreprise publique Furnas ont patiné. La police fédérale avait exclu sa participation au stratagème de fraude et le ministre Gilmar Mendes, du STF, avait clos l'enquête sans consulter le ministère public. Il ne restait que quelques semaines avant le début de la campagne électorale de cette année-là, et l'image publique d'Aécio Neves était sur la sellette. Il a abandonné la course à la présidence de la République et n'a pas même risqué un poste au Sénat : il a fini par tenter d'obtenir un siège de député fédéral à la Chambre des députés, en faisant sa campagne électorale dans les régions les plus pauvres du Minas Gerais. Il a receuilli des votes dans les bastions où la famille de son père était connue, dans la partie nord de l'État, et a été élu.

Dans le mois suivant l'élection, en novembre 2018, sur l'insistance du ministère public, le STF a rouvert l'enquête sur Furnas. La police fédérale (PF) a effectué deux perquisitions dans les propriétés de la famille Neves, la première le 11 décembre. Le 20 décembre, une semaine après qu'Inês Faria soit devenue actionnaire de Domomedia, le PF a procédé à la deuxième perquisition et saisie, y compris dans la propriété de la mère du député, cherchant des documents corroborant les allégations de Joesley Batista et de Ricardo Saud, un autre dirigeant de JBS qui dénonçait l'organisation de la fraude par la famille Neves. De 2014 à 2018, ont déclaré les délateurs, Aécio Neves a reçu illégalement 110 millions de reais du géant de l'agrolimentaire JBS.

Les enquêtes du ministère public fédéral autour d'Aécio avancent lentement. L'accord de délation de JBS sa géré une plainte pour corruption et obstruction à la justice contre le député fédéral - la procédure est en cours, mais reste en attente de jugement. Pendant ce temps, l'avenir de l'enquête sur Furnas reste incertain : en mai 2019, la Cour suprême (STF) a mis à son agenda un procès pour décider si l'enquête serait suspendue ou poursuivie, mais l'examen de cette affaire a été reporté sans qu'une nouvelle date ne soit produite. Toutes les personnes suspectes dans l'enquête répondent aux poursuites et actions pénales en liberté.




ALLAN DE ABREU
THAIS BILENKY
JOSÉ ROBERTO DE TOLEDO
FERNANDA DA ESCÓSSIA
LUIZ FERNANDO TOLEDO

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Note: Après la publication de cette enquête, le service communication du député fédéral Aécio Neves a envoyé une nouvelle note à la rédaction, que nous publions ci-dessous, dans son intégralité.

« Mme Inês Maria a été mariée pendant environ 30 ans au banquier Gilberto Faria, ses biens provenant de ce mariage.

Il n'y a pas eu, contrairement à ce que dit l'article, des changements de versions, mais de nouvelles réponses à de nouvelles questions.

Nous demandons qu’en raison de l’importance des faits, les informations suivantes ajoutées par le représentant de Mme Inês Maria soient ajoutées à l'enquête :
1 - Les valeurs de Domomedia ne sont pas financières, mais simplement comptables. Par conséquent, il n'y a pas d'argent, comme le suggère le rapport, qui est même indiqué dans le bilan, que possède le magazine [Piaui].
En d'autres termes, il n'y a jamais eu de transfert de valeurs financières, ni d'ouverture de compte bancaire, ni de vie active. La société a été créée pour recevoir, pour des raisons de planification fiscale, un bien immobilier existant depuis 35 ans en France, dûment déclaré aux autorités brésiliennes.
2 - Il n'y a aucun lien entre Mme Inês Maria et la société Horbeam, comme le démontrent les documents envoyés au magazine [Piaui]. Il n'y a eu qu'une seule erreur dans la traduction d'un document officiel qui l'a liée à cette entreprise. La société, comme l'attestent officiellement les propriétaires eux-mêmes, appartient à un cabinet d'avocats, étant utilisé par lui pour des affaires avec tous les clients de la société, n'ayant aucune relation avec Mme Inês Maria.
La fausse accusation qui lie Mme Inês Maria à cette société est anté.rieure aux éclaircissements fournis par le véritable propriétaire.
3 - L'enquête sur la fondation Bogart & Taylor a été classée par le MP et par la justice après avoir constaté l'absence d'irrégularité. Des extraits de celle-ci prouvent la régularité des procédures. La fondation a été déclarée aux autorités.

Quant à l'enquête impliquant le député fédéral Aécio Neves dans les investigations sur la société Furnas, dont le classement a été demandé par la police fédérale et le rapporteur de l'affaire, il n'a pas encore relevé d'irrégularités. Au contraire, après 4 ans d'enquête, il n'y a aucun rapport, preuve ou indice contre le député.

Equipe de communication du député Aécio Neves »

Correction : notre enquête a été mise à jour pour inclure des informations selon lesquelles la délation auprès du parquet (MP) a été faite par des directeurs de J&F (structure qui contrôle JBS).

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(Traduction manuelle)

 

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