Le Brésil, acteur du planétaire pillage du phosphate sahraoui

Depuis dix mois, 110.000 tonnes de minerai de phosphate, extrait au Sahara Occidental - 266.000 km2 occupés illégalement par le Maroc depuis 1975 - ont été débarquées dans des ports au nord et au sud du Brésil. Destination ? Deux ou trois grandes industries d'engrais agricoles. En 2021, cinq pays achètent le minerai issu de la terre sahraoui: Inde, Nouvelle-Zélande, Brésil, Chine et Japon.

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Trois cargaisons, soit au total environ 100.000 tonnes de minerais de phosphate provenant du Sahara Occidental occupé, ont été transportées au Brésil en 2020. L'ONG Western Sahara Resource Watch (WSRW) a suivi les navires jusqu'au port de Santos (São Paulo) et du port vers un site industriel à Cubatão (São Paulo), situé à 12 kilomètres de là.

Au port de Santos, les cargaisons ont été chargées sur une flotte de gros camions et suivies jusqu’aux portes gardées du site industriel (2,7 millions de m2) des entreprises Cesari Fertilizantes (Cefértil) du Groupe Cesari. Ce dernier possède seize (16) autres filiales réparties dans le pays.

Le groupe brésilien Cesari, propriétaire de Cefértil, a répondu à Brasil de Fato que Cefértil n'utilise pas de phosphates sahraouis. « En plus de cela, nos contrats d'industrialisation et de stockage contiennent des clauses spécifiques dans lesquelles le client est responsable de l'origine du produit », a expliqué la société. Cefértil est partenaire de Mosaic Fertilizantes, entreprise brésilienne liée au géant minier des Etats-Unis (Floride) The Mosaic Company,
le " plus grand producteur aux Etats-Unis d'engrais à base de phosphate. "

Copebras Indústria Ltda, extracteur de phosphore et producteur d’engrais phosphatés, appartient à la société minière chinoise China Molybdenum Co., Ltd, cotée à la bourse de Hong Kong et de Shanghai, dont la filiale au Brésil se nomme CMOC Brasil.


WSRW a observé depuis juillet 2019 plusieurs transports de cargaisons de minerais de phosphate du Sahara Occidental occupé vers le Brésil. En juillet 2019, le vraquier Orient Tribune a jeté l'ancre dans les ports de Salvador de Bahia (Bahia) et d'Antonina (Paraná). En octobre 2019, le Wulin a accosté à Santos (São Paulo). En avril 2020, le Golden Bonnie est arrivé à Santos avec environ 32.200 tonnes de phosphate, puis en juin de la même année, le Lalis D a suivi avec une cargaison de 33.000 tonnes.
Vers la fin de l'année 2020, a également accosté au port de Santos (São Paulo) le Regius avec une cargaison d'environ 33.400 tonnes. En 2020, trois navires ont donc quitté directement le territoire sahraoui depuis le port de El Aaiún vers celui de Santos (São Paulo), au Brésil.

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Des sources indépendantes, à Santos, ont d’autre part déclaré à WSRW que la cargaison était destinée aux entreprises Cefértil et Copebras.

Copebras Indústria Ltda, extracteur de phosphore et producteur d’engrais phosphatés, appartient à la société minière chinoise China Molybdenum Co., Ltd, cotée à la bourse de Hong Kong et de Shanghai, dont la filiale au Brésil se nomme CMOC Brasil.

WSRW a contacté par écrit (ici et ) les deux sociétés pour demander si le minerai provenant de la zone en conflit était destiné à leurs usines. Aucun n'a répondu. Le commerce avec le Brésil est nouveau, commencé en 2019, après l'arrêt des importations nord-américaines.

Le journal Brasil de Fato a écrit à Mosaic Fertilizantes pour connaître la nature de leur lien avec Cefértil et les actions qu'ils auraient effectuées pour éviter l'achat de phosphates extraits illégalement. “ Mosaic Fertilizantes confirme qu'elle a le Groupe Cesari comme partenaire en activités industrielles et de stockage et non pas comme fournisseur de matières-premières ” a répondu le service de communication de Mosaic Fertilizantes. Avant d'ajouter qu'" elle n'est reponsable de l'achat d'aucun des produits des navires en provenance du Sahara Occidental et destinés à Cesari l'année dernière [2020] "

Le Maroc contrôle environ 70 % du total des réserves de phospate dans le monde, ce qui représente 50 milliards de tonnes. La majeure partie du minerai est issue de la mine de Bou Craa, au Sahara Occidental.

Des droits pour leur territoire du Sahara Occidental sont réclamés par les Sahraouis et défendus par le Front Polisario, mouvement de libération sahraoui fondé en 1973. Les arrestations arbitraires de citoyens et de journalistes, dans ce territoire, n'ont jamais cessé.

L'occupation du territoire et l'exploration du phospate sahraoui violent la résolution 1514 des Nations Unies (ONU).

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(rédaction après lecture attentive d'un article sur le site de l'ONG belge Western Sahara Resource Watch et surtout d'une enquête de Daniel Giovanaz parue le 28/1/21 dans le journal on line Brasil de Fato)

 

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