Brésil : Rogério Ferrari, photojournaliste exemplaire (1965/2021)

Il documentait les luttes sociales et les destructions par le capitalisme, sur la planète. Une quête photographique, pour ce natif de Bahia. Toujours en noir et blanc, ses cadres étaient aussi acérés que les armes des opresseurs qu'il dénonçait. Rogério Ferrari, qui ne cessait de voyager depuis ses 17 ans, est décédé à Salvador le 19 juillet, d'un rare type de cancer, détecté il y a cinq mois.

Photographie issue de "Parentes". © Rogério Ferrari Photographie issue de "Parentes". © Rogério Ferrari
Les photojournalistes d'envergure, dans le Nordeste du Brésil, se comptent sur les doigts d'une seule main.

Depuis 1986, l'un d'entre eux, Rogério Ferrari, précédemment diplômé en anthropologie à l'université fédérale de Bahia (UFBA), n'avait cessé d'être présent sur les points chauds du monde contemporain. La chute du mur de Berlin - où il a étudié et vécu -  les réfugiés au Kurdistan, la révolution de velours à Prague, l'occupation israélienne en Palestine et sa "lutte des pierres", le conflit au Sahara occidental, la rébellion zapatiste au Chiapas mexicain, et tant d'autres, s'enchaînèrent alors ...

Et Rogério avait mis, également, la main à la pâte, étant cueilleur de café au Nicaragua et coupeur de canne à sucre à Cuba, là où il avait aussi photographié la crise des Balseros, dans les années 90. Rien de ce qui était humain ne lui était étranger.

Ses objectifs avaient également maintes fois encadré les visages et les corps des Madres de la Plaza de Mayo, à Buenos Aires, où il avait séjourné. Il avait su, parallèlement, montrer les visages, les modes de vie et les souffrances de nombreuses ethnies d'indigènes, et ceux des Tsiganes, dans l'Etat de Bahia au Brésil.

Photographe free-lance pour les plus importants hebdomadaires du Brésil comme Veja et Carta Capital, Rogério Ferrari (photographies et témoignages), bardé de son éternel Nikon F4 et ses pellicules argentiques, l'avait été aussi pour des magazines en Argentine et au Mexique, et pour les agences de presse Reuters et Prensa Latina (Cuba).

A Bahia, il a travaillé pour le journal Bahia Hoje (1995-1998) et le quotidien Correio da Bahia (1978-).

A Salvador, il avait fondé le " Comitê de Solidariedade ao Povo Palestino da Bahia ".

A le croiser souvent dans la ville de Salvador de Bahia, nous savions que la publique discrétion de Rogério Ferrari était d'abord gage d'un professionnalisme hors pair.

Laissons voler ses propres mots, qu'il avait choisis pour se présenter, pour l'éternité :
" Sou sertanejo, sou nordestino, sou sem teto, sem terra, sou vaga-lume na cidade grande, sou adolescente nas minas de carvão; sou África, Ásia e América Latina "

ou bien ceux-ci :
"A fotografia (…) é fotografia com o propósito de participar, de comunicar para atuar. A imagem palavra. Enfatizo deliberadamente os retratos dos nossos parentes para dizer que somos mais índios do que pensamos e sabemos. Não são eles que não parecem índios, somos nós que não sabemos o quanto somos."

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Le blog de Rogério Ferrari, avec ses photographies : ICI

Rogério Ferrari a été le personnage principal, en 2015, du court-métrage "Muros", où le spectateur le suit à parcourir les favelas de Salvador de Bahia afin de mettre en parallèle Brésil et Palestine. La mise en scène de ce film de 25 minutes est signée Camele Queiroz et Fabricio Ramos (conversation en video sur le film).


Il y a eu plus d'une douzaine d'expositions individuelles de ses photographies, dans des villes du Brésil, entre 1988 et 2020.

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Photographie issue de "Palestina - A Eloquência do Sangue". © Rogério Ferrari Photographie issue de "Palestina - A Eloquência do Sangue". © Rogério Ferrari
Rogério Ferrari a publié plusieurs ouvrages :


en 2004, " Palestina - A Eloquência do Sangue " (photographies faites de janvier à mars 2002) Livre auto édité, 166 pages. L'essayiste Emir Sader en a fait une présentation, publiée.

en 2012, les 96 photographies de son " Ciganos " (Editorial Movimento Contínuo)

en 2018, “Parentes – Povos Indígenas na Bahia”.  (64 photographies em noir et blanc sur les indigènes Pataxó, Pataxó Hã Hã Hãe, Tupinambá, Pankaru, Pankararé, Tuxá, Atikun, Kaimbé, Tumbalalá, Kiriri, Kantaturé, Tuxi, Kariri-Xocó, Truká). Livre auto-édité, 140 pages.


Une dissertation de maîtrise, soutenue à l'UFBA en 2016, de la journaliste Cássia Candra Alves Nunes, intitulée " O que eu Faria com Aquilo que Entrava pelos Meus Olhos? – Gesto e poética na fotografia de Rogério Ferrari " est disponible sur le web. Ici, en PDF. 

- En France, le livre "Palestine" de Rogério Ferrari a été publié en 2008 par les éditions " Le Passager Clandestin ", avec une préface de l'historien et journaliste Dominique Vidal. (livre épuisé, en 2021).

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" Existências e Resistências "
par Rogério Ferrari
(interview en 2019 par le journaliste Rubens Lopes, à Porto Alegre)

Rogério Ferrari, en 2019.


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